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QUESTION D'ACTU

Santé mentale

Abus sexuels pendant l’enfance : quelles séquelles mentales et physiques ?

Une nouvelle étude de l’université de Montréal montre que, chez les victimes d’abus sexuels pendant l’enfance, les effets psychologiques et physiques sont étroitement liés.

Abus sexuels pendant l’enfance : quelles séquelles mentales et physiques ? stevanovicigor/iStock

  • Publié le 02.10.2020 à 12h00
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L'ESSENTIEL
  • Une approche interdisciplinaire a permis de constater que les jeunes filles et jeunes femmes ayant subi des violences sexuelles pendant leur enfance sont plus suceptibles de développer des troubles psychiatriques, mais aussi de consulter pour des problèmes urinaires et génitaux.

Quels sont les effets physiques et psychologiques à long terme des abus sexuels subis pendant l’enfance? Jusqu’à présent, rares étaient les études à s’être penchées sur les séquelles physiques et psychologiques de ces violences sexuelles sur les victimes mineures. Depuis quelques années cependant, des travaux ont établi que les survivants d’abus sexuels étaient affectés des années durant.

Ainsi, en 2018, une étude du département de psychologie de l’université de Montréal (Canada) avait montré que les filles ayant subi des abus sexuels recevaient 2,1 fois plus de diagnostics de problèmes urinaires et 1,4 fois plus de diagnostics de problèmes génitaux que les filles de la population générale.

Cette constatation a donné lieu à de nouveaux travaux visant à comprendre pourquoi et comment les survivantes d'abus sexuels souffraient de problèmes génito-urinaires récurrents. Publiés cette semaine dans la revue Health Psychology, ils tendent à montrer que c’est la détresse psychologique dans laquelle se trouvent les victimes qui est en partie responsable de l'incidence plus élevée de problèmes génito-urinaires, notamment les infections urinaires, les vaginites et les douleurs pendant les rapports sexuels ou les règles.

Problèmes uro-génitaux et psychiatriques

“La principale conclusion de cette étude est que le traitement unilatéral — qui ne s'attaque qu'aux séquelles psychologiques ou au traumatisme physique — est inadéquat, affirme Pascale Vézina-Gagnon, co-autrice de l’étude. Nous devons suivre une approche combinée du traitement qui ne considère pas ces questions comme séparées."

Pour étudier le lien entre séquelles physiques et psychologiques, les chercheurs ont utilisé les données médicales fournies par la Régie de l'Assurance maladie du Québec et le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. L'étude a porté sur 661 filles âgées de 1 à 17 ans qui ont survécu à un ou plusieurs cas d'abus sexuels avérés et sur un groupe de comparaison composé de 661 filles de la population générale.

“Les résultats montrent que les filles qui ont été abusées sexuellement étaient plus susceptibles de consulter un professionnel de la santé pour un plus large éventail de problèmes psychiatriques — anxiété, troubles de l'humeur, schizophrénie ou toxicomanie — que les filles du groupe de comparaison, explique Pascale Vézina-Gagnon. Ces consultations étaient également associées à des rendez-vous médicaux ou des hospitalisations plus fréquentes pour des problèmes génitaux et urinaires dans les années qui ont suivi le signalement de l'abus sexuel.”

Par ailleurs, les chercheurs ont constaté que les filles ayant subi des abus sexuels pendant l’enfance consultaient ou étaient hospitalisées pour des problèmes psychiatriques multiples, ce qui explique les problèmes de santé génitaux (62 %) et urinaires (23 %) ultérieurs

Pour une approche interdisciplinaire

Comment expliquer ce lien entre séquelles psychologiques et physiques ? Les chercheurs ont formulé deux hypothèses expliquant ces résultats. “La première est que l'association est due à une réponse hypervigilante. Les survivants d'abus sexuels qui sont affectés par plusieurs problèmes de santé mentale (…) peuvent devenir hypervigilants ou plus susceptibles de remarquer des symptômes liés à leur santé génitale ou urinaire, ce qui les amènerait à consulter leur médecin plus fréquemment", avance la professeure Vézina-Gagnon.

“En revanche, poursuit-elle, la deuxième hypothèse est que l'association est due à un comportement d'évitement. Les survivants peuvent remettre à plus tard ou éviter de demander de l'aide ou de consulter un médecin pour des problèmes génito-urinaires, augmentant ainsi le risque que ces problèmes se détériorent ou deviennent des maladies chroniques. Les soins gynécologiques peuvent déclencher des souvenirs d'abus passés (en raison du déséquilibre de pouvoir entre les patients et les médecins, de l'enlèvement des vêtements, des sentiments de vulnérabilité et de la douleur physique) et cela peut donc être particulièrement difficile pour ces filles."

Pour les auteurs de l’étude, ces résultats montrent qu’il est nécessaire de mieux “considérer la relation entre la physique et mentale” en orientant notamment les victimes d’abus sexuels vers des soins interdisciplinaires. Selon eux, “une intervention précoce et ciblée visant à réduire la détresse psychologique des survivants peut être utile pour empêcher les problèmes génito-urinaires de se détériorer ou de se transformer en maladies chroniques.”

Selon un rapport de l'OMS datant de 2014, 20% des femmes et 5 à 10% des hommes dans le monde ont subi des violences sexuelles pendant leur enfance.

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