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QUESTION D'ACTU

Commission d'enquête Covid

Le Pr Raoult règle ses comptes avec la recherche française

Le mercredi 24 juin, le clivant Pr Didier Raoult, directeur de l’institut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses de Marseille (IHU), a répondu durant 3 heures aux questions de députés dans ke cadre de la commission parlementaire sur le crise du coronavirus. Une tribune pour l'infectiologue qui en a profité pour défendre ses travaux et dénoncer les "conflits d'intérêts" du monde médical ainsi que l'organisation "archaïque" de la recherche en France.

Le Pr Raoult règle ses comptes avec la recherche française DR

  • Publié le 25.06.2020 à 19h45
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Les députés voulaient l'entendre sur la gestion de la crise sanitaire, mais le très médiatique Prf Didier Raoult ne leur a parlé que de science. Devant les membres de la mission d'information Covid aux pouvoirs d'une commission d'enquête, l'infectiologue marseillais n'a pas dit un mot sur les décisions prises par le gouvernement ou le président de la République. Dans la droite ligne de son analyse "la santé publique c'est 70 à 80% de politique et 20 à 30% de médecine" il a refusé de commenter les décisions prises. "La décision du confinement est politique car nous n'avons pas de données médicales ou de données d'écosystème dessus, a-t-il déclaré en prenant à rebours la recommandation du Dr Delfraissy le président du Conseil scientifique interrogé quelques jours plus tôt par la commission. Les décisions médicales sont préemptées par les politiques." Pour lui, les politiques gèrent l'organisation de la société, les médecins soignent et les scientifiques cherchent même s'il reconnait que la politique sanitaire est à la croisée de ces trois univers. Mais il a malgré tout à plusieurs reprises semblé ménager Emmanuel Macron - le président de la République - et Olivier Véran - le ministre de la santé en assurant avoir toujours été dans un échange permanent avec eux ou leur cabinet. "Avec les pressions multiples c'est difficile d'avoir une ligne continue quand le vent souffle dans tous les sens", a-t-il déclaré lorsqu'il a été invité à commenter les déclarations parfois contradictoires de l'exécutif sur la contagion du virus parmi les enfants ou la politique des tests en France.

Le Professeur Raoult est moins tendre avec ses confrères. Pour lui, le Conseil scientifique formé à la demande du Président début mars n'en est pas un. "Normalement on fait travailler ensemble des personnes qui n'ont pas l'habitude de collaborer et on base les échanges sur les données, les données et rien que sur les données, s'exclame-t-il. J'ai proposé 10 noms des meilleurs spécialistes du coronavirus en France mais aucun n'était présent ! Un conseil scientifique doit parler de science, ce n'est pas à lui de réfléchir sur le confinement." Selon Didier Raoult, les autres membres du Conseil se connaissaient et avaient l'habitude de travailler entre eux "j'étais un ovni" a-t-il avoué. Un entre-soi qu'il juge néfaste et une perte de temps selon lui. 

Sombre tableau de la recherche

Durant les trois heures d'entretien, le directeur de l'Institut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses de Marseille (IHU) a éludé les questions sur la responsabilité des politiques mais s'est montré intarissable sur les questions médicales. Passionné, il a oublié les questions et son auditoire quitte à multiplier digressions, anecdotes mais surtout les aspects techniques qui le rendent parfois peu compréhensible. Cependant, sa charge contre ses confrères a été très franche et brutale. Selon lui, le Conseil scientifique et de nombreux acteurs de la santé sont "dans une situation de conflit d'intérêt". Face à ces graves accusations le rapporteur de la mission parlementaire Éric Ciotti lui demande de désigner des personnes, mais le docteur a évité de répondre en l'invitant à consulter la base de donnée publique Transparence-santé et plus particulièrement l'outil "Euros for docs" qui facilite la lecture de ces données de déclarations de liens entre entreprises et acteurs du secteur de la santé en France.

De même, le chercheur a fait peser de lourds soupçons sur l'entourage du ministre de la santé. "Je suis sceptique sur le choix des médicaments et de l'entourage du ministre [NDLR : de la santé]". Sur demande du rapporteur, Pr Raoult a mis en cause directement le directeur de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) ainsi que le président de la Haute autorité de santé (HAS) sans les nommer. À la question du politique, le médecin à refuser de dire qu'Olivier Véran était "sous influence" car "il arrive au milieu d'une crise dans un cabinet qu'il n'a pas choisi". 

À une autre échelle, le Pr Raoult a jugé "archaïque" l'organisation des centres nationaux de référence (CNR) - laboratoires spécialisés dans la lutte contre les maladies transmissibles. Il a regretté notamment le sous-équipement des laboratoires et noté qu'il y a une course aux découvertes liées à la technologie dans laquelle l'Europe semble "passer à côté", sauf son intitut. "L'IHU est compétitif avec les chinois mais nos outils sont dépassés, souffle-t-il. Ce qu'ils font en 20 minutes nous avons besoin de 2h40." Mais ce qui selon lui grève le plus l'efficacité de la recherche française est la guerre que se livrent les directeurs des CNR entre eux. "Ce sont des blaireaux qui vous mordent si vous vous approchez de leur niche !" a-t-il fini par lâcher pour expliciter son amertume: "on m'a interdit de faire des tests!".

Il a affirmé s'être rendu compte que la défaillance française face aux crise sanitaire lors de l'affaire des enveloppes contaminées en 2001. Cette année, a-t-il rappelé, des politiques américains ont reçu des enveloppes piégées avec la maladie du charbon qui a tué 5 personnes une semaine après les attentats du 11 septembre. Selon le chercheur, l'Institut Pasteur - qui possèdent des souches de cette maladies - n'avait ni les moyens humains - il évoque le retrait de techniciens -, ni les outils pour créer rapidement des tests - contrairement à son institut marseillais assure-t-il. Un pêché d'orgueil ? Souvent flatté par les parlementaires, le chercheur a essayé de garder la tête froide tout en défendant "qu'il est un grand scientifique" mais il ne s'est risqué à aucun pronostic sur l'évolution de la Covid-19. "On ne sait pas" est souvent revenu dans ses réponses lorsqu'il a été interrogé sur l'apparition, la propagation et le comportement du virus. "Je suis un bon observateur, pas un prophète - même si je suis barbu !" a-t-il rit.

Préconisations et tensions sur l'hydroxychloroquine

Sur la question du financement de la recherche, le Pr Raoult a demandé aux députés de s'assurer que les budgets votés à l'Assemblée nationale aillent bien aux chercheurs car selon lui les directeurs des laboratoires n'ont "aucun compte à rendre". De la même façon, il a demandé de revoir le modèle de financement de la recherche qui "dépend souvent du développement de nouvelles molécules ensuite commercialisées", or il rappelle que les découvertes sont de plus en plus rares et que les recherches s'intéressent de plus en plus à un nouvel usage d'anciennes molécules.

Dans sa ligne de mire : l'hydroxychloroquine - la molécule dont il est un ardent défenseur est au cœur de nombreuses controverse. À plusieurs reprises il a défendu son travail, n'hésitant pas à suggérer un complot de lobbies pharmaceutiques. C'est ainsi qu'il explique la multiplication d'études "non-publiées et sans données" dans les médias - "de l'intox", les menaces de mort qu'il a reçu - le Canard enchaîné a rapporté en mars que le docteur avait déposé plainte 'contre X' mais lui affirme que cette personne hostile reçoit beaucoup d'argent de l'industrie pharmaceutique - ainsi que le récent scandale de la publication d'une étude dans The Lancet à charge contre l'hydroxychloroquine puis retiré face "aux doutes" sur sa pertinence de la communauté scientifique. "La même semaine, ils ont reçu trois études sur l'hydroxychloroquine : la notre où on l'étudie sur 3 700 patients sans déplorer de morts, celle des 'pieds-nickelés' américains et une autre de l'association des rhumatologues qui attestent qu'il n'y a pas de risques cardiaques, assure-t-il. The Lancet a refusé deux études et publié celle des pieds-nickelés ! C'est peut-être le hasard ou une incompétence terrible, The Lancet aurait pu faire un éditorial pour dire que d'autres études disent le contraire. Je ne sais pas si c'est un choix délibéré" avance-t-il malicieusement.

Face aux questions répétées des députés sur le choix de ne pas respecter la norme de la double randomisation aveugle, le chercheur a mis en doute cette méthode. Selon lui, elle n'a pas fait la preuve de son efficacité par rapport méthode plus ancienne et serait, à l'entendre,  "une norme imposée par l'industrie pharmaceutique avant de reconnaître qu'elle est plus chère et longue à mettre en place que la méthode comparative". Puis au bout de 3 heures d'interrogatoire, le professeur jusque là très courtois avec les élus finit par s'énerver : "La méthodologie ce n'est pas de la science c'est un outil, lâche-t-il. Quand on fait des essais sur plus de 1 000 personnes c'est que l'on essaie de prouver autre chose [NDRL : que l'objet de son étude]" dit-il sans expliciter sa pensée. "En maladie infectieuse il y a eu très peu de traitements trouvés à base de randomisation, juste un pour le VIH qui n'a servi à rien ! C'est de l'intox ! Je ne suis pas le seul à le penser. Ceux qui prêchent le contraire n'en ont pas fait puisqu'il n'existe pas d'essais comparatif randomisés en France !" a-t-il lâché. 

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