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QUESTION D'ACTU

La chronique du Docteur Lemoine

Pour ou contre le portable avant l’âge de 12 ans…

Les associations de défense des citoyens militent pour obtenir l’interdiction du téléphone avant l’âge de 12 ans. Une démarche louable, qui n’a probablement que peu de chances d’être entendue, mais qui rappelle que le débat existe, et que certaines règles doivent être respectées.

Pour ou contre le portable avant l’âge de 12 ans… Love portrait and love the world/iStock

  • Publié le 06.04.2020 à 08h00
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Les arguments existent depuis longtemps pour limiter l’usage de ces téléphones, pas seulement chez les enfants, mais chez tout le monde !

Par principe de précaution d’abord ; parce qu’aucune étude réellement sérieuse n’a réussi à démontrer un effet neutre ou négatif. Certains vers de terre ont mal supporté ; c’est démontré. Mais la généralisation à l’humain n’a pas été apportée. Et le recul devient assez important pour être un peu rassurés.

En revanche les dégâts collatéraux, plutôt du domaine de la psychiatrie, sont avérés, sans oublier le désastre de leur utilisation au volant, qui elle est parfaitement interdite mais mal respectée.

Débat des « pour ou contre », en ce qui concerne une éventuelle interdiction avant 12 ans :

Contre l’interdiction.

Les enfants : c’est une évidence mais il ne faut pas oublier le pouvoir de persuasion de l’enfant-roi, qui au-delà de ce que lui apporte réellement le téléphone, en fait sa possession, un des must de mode, comme en son temps le walkman pour ses parents ou le transistor pour ses grands-parents.

Ensuite c’est un outil qui permet de braver les interdits : ceux de bavardage à toute heure avec les réseaux sociaux, et de contenu, avec l’accès à Internet.

Les parents : le monde angoissant décrit par les médias, fait d’agression et de racket, devient beaucoup plus supportable, lorsque l’on a la garantie de savoir, à chaque instant, où se trouve le chérubin (des applications de géolocalisation sont déjà très populaires) et de pouvoir être certain qu’au moindre problème, le portable va sonner. Il n’y a pas beaucoup d’arguments contre cela…

Enfin, il ne faut pas oublier les fabricants de téléphones, qui sont des sociétés plus puissantes que les Etats et qui vont certainement agiter, face à la menace sur un marché très important, leurs forces en lobbying ; autant auprès des élus, que sur les réseaux sociaux, dont ils sont les inventeurs et les principaux bénéficiaires.

Pour l’interdiction.

D’abord l’interdiction de deux modèles, le Kidicom Max et le RX-901 de Simvalley, qui ont été créés exclusivement pour cette cible des moins de 12 ans et dont les fabricants savent trouver de solides arguments publicitaires sentimentaux, pour interpeller les parents. Les enfants n’ont, eux, besoin d’aucun argument pour se convaincre. Juste d’un peu d’aide marketing pour forcer la décision des parents.

Cette démarche des associations est motivée par la double exposition des enfants aux ondes et aux écrans.

Pour les ondes, comme nous l’avons déjà écrit, les preuves manquent sur une nocivité organique. En revanche, les arguments ne manquent pas pour leur imputer – là encore à tous âges – une responsabilité sur les troubles du sommeil, la concentration, la somnolence pendant la journée et surtout des troubles de la mémoire. Des effets encore plus dévastateurs chez les tout petits.

Un des aspects pas forcément souligné par ces organisations est l’inquiétude des pédopsychiatres sur la mise à disposition – via le smartphone – de contenu, en particulier pornographique, dont on ne va pas tarder à mesurer l’incidence.

En pratique :

Il est peu probable qu’une interdiction du portable avant 12 ans soit décidée par les élus. En revanche, il faut militer sur deux notions.

Si le téléphone portable paraît un achat indispensable, il ne faut en aucun cas que ce soit un smartphone. Impérativement un téléphone sans accès internet. Ce sera une protection en partie contre les dérives de contenu…

Ensuite, mais cela est valable pour toute la famille, répéter sans arrêt les règles de bon usage du portable : limiter la durée de communication à 3 minutes, attendre 15 minutes entre chaque appel. L’usage du kit main libre qui éloigne le téléphone de la tête est recommandé non pas en voiture où il est interdit mais au domicile ou dans la rue.

Enfin ne pas oublier qu’avant 12 ans, c’est pour l’enfant une période clef pour se livrer, sans limites ni restrictions, à une pratique fondamentale pour sa vie future : jouer dehors avec ses copains jusqu’à ce que la fatigue le terrasse ; car avant le téléphone, l’inactivité et sa conséquence l’obésité sont les deux menaces principales contre sa santé.

 

Docteur Jean-François Lemoine

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