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QUESTION D'ACTU

La chronique du Docteur Jean-François Lemoine

Journée internationale de protection des données. Que faire ?

Tous les 28 janvier, depuis 2007, l’opinion mondiale se sensibilise à l’épineux problème de la protection des données… On entend beaucoup de protestations mais peu de solutions ! La belle affaire !

Journée internationale de protection des données. Que faire ? metamorworks / iStock

  • Publié le 28.01.2020 à 07h00
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Cette date ne doit rien au hasard, car c'est également un 28 janvier, mais en 1981 cette fois, que le traité européen a été signé à Strasbourg. Il a pour titre « Convention pour la protection des personnes à l'égard du traitement automatisé des données à caractère personnel » et il est « depuis plus de 30 ans la pierre angulaire de la protection des données en Europe et au-delà », explique le Conseil de l'Europe.

En France, la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL) existe depuis 1978. Elle est chargée de veiller à la protection des données personnelles contenues dans les fichiers et traitements informatiques ou papiers, aussi bien publics que privés. Pleine d’ambition au départ, elle ne gère en fait que des problèmes locaux et représente, souvent, un frein au développement de certaines entreprises françaises confrontées à la liberté totale des start-up californiennes… Sans parler de la Chine ou de la Russie, états de non-droit digital. Elle a théoriquement un rôle d'alerte, de conseil et d'information vers tous les publics mais dispose également d'un pouvoir de contrôle et de sanction. Théorie…

Ce qui, d’ailleurs, doit bien faire rire les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), ces monstres à milliards de tête et de cerveaux, qui empilent, trient et font vivre commercialement toutes les données que leur offrent des centaines de millions de connexions anonymes quotidiennes. Vous, moi… En quoi les données d’un consommateur français peuvent-elles bien les intéresser ? Il y a en a tellement ! Réflexion naïve de la préhistoire informatique, c’est-à-dire, il y a moins de vingt ans ! C’était sans compter la puissance exponentielle des serveurs dont disposent ces entreprises. L’homme crée les algorithmes utiles. La machine fait le reste.

Les débouchés sont hallucinants. Dans certaines villes, votre passage smartphone allumé devant un magasin vous avertit de la présence de l’objet que vous avez récemment cherché sur internet. Vos désirs secrets se transforment en pubs, pop-up, ou mailings.

Une seule parade, un peu dérisoire mais radicale : ne plus utiliser de smartphone ; choisir un navigateur qui s’engage à la confidentialité (il en existe un en France… qui n’est d’ailleurs pas au mieux de sa forme). Mais comment faire adopter cette stratégie, en particulier à nos enfants dont le smartphone est devenu un organe greffé au bout d’une main ?

Ce n’est pas le rôle d’une chronique comme celle-ci de dicter des marches à suivre. En revanche, elle peut essayer de positiver, en espérant persuader nos gouvernants (qui commencent à être touchés dès qu’il y a une élection) de légiférer, si toutefois ces GAFA ne sont pas devenus plus puissant qu’eux… C’est en revanche notre rôle d’anticiper ce qui pourrait sortir de positif devant la récolte de toutes ces données. Il y a un domaine fondamental de la médecine qui n’attend que cela : l’épidémiologie, qui permet de faire de la « médecine avec les preuves ». Pour cela, on avait besoin d’études longues, coûteuses, et sur des années, pour savoir si – par exemple – il est utile de donner de l’aspirine à tous les quadras pour diminuer le nombre d’infarctus, ou encore si la consommation de brocolis protège de la survenue d’un cancer de l’intestin. Aujourd’hui, en quelques clics, la réponse imparable s’affichera sur les ordinateurs ultra puissants des GAFA ! Google, la société la plus en avance dans ce domaine, montre, une fois de plus, qu’en matière de technologies de la santé, la Silicon Valley est devenue un acteur incontournable. Par exemple, un des projets consiste à mettre au point un système de nanoparticules pour détecter précocement les maladies, et en particulier les cancers.

Rien à dire devant une telle philanthropie… Sauf que les intentions ne sont pas totalement désintéressées.
La première est totalement égoïste. En vieillissant, les créateurs historiques de ces empires se sont rendus compte qu’ils étaient comme vous et moi, des empereurs mortels ! Absolument insupportable quand vous avez mis le monde à vos genoux et que vous êtes d’une richesse incommensurable… Alors l’ordre a été donné aux services de recherche de créer une division santé aux crédits illimités et à éthique zéro. Pour trouver, au plus vite, une réponse à la question angoissante de l’immortalité. On pouvait imaginer que se comparer à dieu sans compter pourrait avoir des conséquences dramatiques chez les actionnaires de ces sociétés. Pas vraiment un problème : les profits colossaux générés par ces recherches et l’utilisation commerciale des données individuelles sont là pour les calmer. Ce n’est pas du délire de penser que, dès que l’interprétation du décodage du génome de chacun de nous sera l’affaire de quelques secondes, il ne sera pas facile de trouver un assureur qui aura connaissance des risques santé potentiels pour la vie entière et pourra assurer « à la carte ». A moins que l’on impose ce décodage à tous nos homme politiques pour savoir s’ils ont les capacités physiques et intellectuelles pour diriger le pays ; ce qui pourrait motiver le législateur…

Pendant ce temps, tout en bas, le business continue de prospérer… Chez Facebook, on reste pragmatique : sachez simplement que chez eux, officiellement, un utilisateur européen vaut un peu plus de 5 dollars par trimestre en moyenne. Quand on compte en milliards d’humains, le reste…

 

Docteur Jean-François Lemoine

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