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Tabou

Cancer du sein : les femmes algériennes rejetées par leur mari après une mastectomie

En Algérie, de nombreuses femmes touchées par un cancer du sein et ayant subi une mastectomie sont abandonnées par leur mari. Considérées comme des "demi-femmes" par la société qui considère toujours la maladie comme un tabou, elles témoignent pour dénoncer cette stigmatisation.

Cancer du sein : les femmes algériennes rejetées par leur mari après une mastectomie KatarzynaBialasiewicz/iStock

  • Publié 02.01.2019 à 11h03
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En Algérie, les femmes atteintes d'un cancer du sein subissent une double peine. En plus de devoir se battre contre le cancer et d’apprendre à apprivoiser leur corps après une mastectomie, elles doivent aussi bien souvent affronter un traumatisme "pire que la maladie" : être abandonnées par leur époux.

Alors qu’en Algérie, le cancer du sein est le cancer le plus fréquent avec 9 000 à 10 000 cas recensés chaque année, dont 3 500 décès, estime Farid Cherbal, professeur de génétique du cancer à l’université d’Alger, nombreuses sont les femmes touchées à être rejetées par leur famille après l’ablation d’un ou des deux seins. C’est ce que révèle un article de l’AFP qui donne la parole à ces femmes, dont la maladie est encore aujourd’hui considérée comme "honteuse".

Considérées comme des "demi-femmes" après une mastectomie

Parmi celles qui ont accepté de témoigner, se trouve Linda, une assistance médicale mère de trois enfants, et abandonnée par son mari après une mastectomie. "Le cancer ? C’est rien comparé au fait d’être rejetée après 18 ans de mariage", explique-t-elle. Appelée "nass mraa" (demi-femme) ou "lamgataa" (la mutilée) par son mari après l’opération, elle a heureusement pu compter sur le soutien de ses enfants ainsi que de l’association Nour doha (Lumière du jour), qui vient en aide aux malades du cancer.

Selon sa présidente Samia Gasmi, le cas de Linda est loin d’être isolé. Nombreuses sont les femmes algériennes qui, en plus de devoir affronter le cancer en subissant de lourds traitements, se retrouvent sans soutien de la part de leur mari. "Certaines sombrent dans la dépression", affirme-t-elle. "D’autres se retrouvent dans des centres d’accueil car elles n’ont nulle part où aller."

Ça a été le cas de Saïda. Aujourd’hui âgée de 55 ans, elle raconte qu’alors qu’elle était encore à l’hôpital après son opération, son mari a vidé leur compte en banque et demandé le divorce et la garde de leurs enfants. Ayant trouvé refuge dans une chambre d’hôtel, elle finit par récupérer ses enfants. Mais cet épisode l’a détruite. "On s’était connus à la fac, nous avions fait un mariage d’amour ; il participait même aux manifs pour les droits des femmes, mais n’a pas hésité une seconde à me jeter comme de la merde !"

Safia, une enseignante de 32 ans, a elle fait un choix radical pour s’éviter toute déconvenue ou traumatisme. "J’ai préféré rompre avant que lui ne le fasse, ma belle-famille ne voulait plus de moi. Je n’avais ni la force ni l’envie de lutter."

Le cancer du sein et ses tabous

Parfois, la peur de perdre leur vie de couple et leur famille pousse les femmes à mettre leur santé en péril. Samia Gasmi raconte qu’une femme a préféré "mourir avec ses deux seins plutôt que d’accepter une ablation". Une autre s’est mise à porter le hijab avant la chimiothérapie pour ne pas être jugée par sa belle-famille.

"Elles considèrent leur maladie comme honteuse", analyse la présidente de l’association Nour doha. Elles ont d'ailleurs toutes accepté de témoigner, mais seulement de manière anonyme. Pour les femmes, la mastectomie est synonyme de perte d'une partie de son identité et de sa féminité. D’où le tabou qui entoure encore le traitement du cancer du sein, abonde Yamina Rahou, sociologue au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) d’Oran. Pour elle, ces femmes souffrent non seulement "d’être amputées d’une partie (du corps) qui symbolise la féminité", mais aussi "du fait de ne plus être en conformité avec l’image de la femme".

Quant au comportement de ces hommes qui rejettent leur femme après un cancer du sein, il n’a, selon le théologien Kamel Chekkat, rien à voir avec l’islam. "Ce n’est pas un problème de religion mais d’éducation. La religion exhorte les époux à se soutenir mutuellement." En Algérie, la reconstruction mammaire après un cancer du sein s'avère difficile : les établissements publics de santé la proposent gratuitement mais il est rare d'y accéder, tant les services sont saturés. L'opération est également pratiquée dans les instituts privés mais s'adresse à des malades capables de payer l’intervention chirurgicale, très onéreuse.

Comme dans le reste du monde, le nombre de cancers du sein diagnostiqués par an en Algérie augmente 5 fois plus qu'il y a 20 ans. Cette progression s'explique notamment par l'accès à de meilleurs moyens de dépistage, et par une augmentation de l'espérance de vie.

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