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QUESTION D'ACTU

Scandale sanitaire

Lactalis : où en est l'affaire des laits infantiles contaminés aux salmonelles ?

Dès fin 2017, de nombreux lots de laits infantiles Lactalis ont été rappelés dans plusieurs pays suite à une contamination d’au moins 40 nourrissons par des bactéries salmonelles. Où en est l'affaire ? On fait le point.

Lactalis : où en est l'affaire des laits infantiles contaminés aux salmonelles ? Chalabala / istock

  • Publié 12.09.2018 à 12h45
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Où en est l’affaire Lactalis ? Fin 2017, de nombreux lots de laits infantiles Lactalis avaient été rappelés suite à une contamination d’au moins 40 nourrissons par la bactérie Salmonella Agona. Le parquet de Paris avait alors ouvert, le 22 décembre 2017, une enquête préliminaire pour "blessures involontaires", "mise en danger de la vie d'autrui" et "tromperie aggravée".

Dernièrement, les parents d'un enfant ayant consommé du lait infantile contaminé aux salmonelles ont déposé plainte pour "dissimulation de preuves" mercredi 29 aout dernier. Cela fait suite au vol de trois ordinateurs et d’une tablette lors d'un cambriolage d’une annexe parisienne de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), l'un des services en charge de l'enquête sur du scandale sanitaire qui touche le groupe laitier.

"Le jour où les investigations vont vraiment commencer, il ne restera plus rien"

Depuis lors, Quentin Guillemain, qui a fondé l'association de défense des victimes de Lactalis, a appelé en février au boycott, toujours d’actualité, des produits Lactalis encore commercialisés en grandes surfaces. Sur Twitter, il évoque "la rupture de confiance" entre les parents et la marque. A ce titre et au nom des familles, il appelle "les consommateurs à éviter d'acheter et de consommer les produits des marques de Lactalis actuellement en vente en France et à l’étranger".

Plus d’une centaine de plaintes de parents en colère ont été déposées par son intermédiaire, plus celle pour "dissimulation de preuves". "Notre but, c’est de faire en sorte que les preuves de cette affaire ultra-sensible arrêtent de disparaître, et qu’un juge d’instruction indépendant se saisisse enfin de ce dossier. 10 mois après, on en est encore à l’enquête préliminaire. Qui a volé ces documents ? Dans quels buts ? L’usine où le lait a été contaminé a repris sa production, alors qu’elle aurait du être sous scellés. Le jour où les investigations vont vraiment commencer, il ne restera plus rien", se révolte le jeune père de famille.

Douze infractions relevées

L’association de consommateurs Foodwatch, spécialisée dans le domaine de l'alimentaire, a saisi dans le même temps le pôle santé publique du tribunal de grande instance de Paris, accompagnée de plusieurs parents. Ensemble, ils dénoncent douze infractions qui engagent la responsabilité de tous les acteurs impliqués dans l'affaire Lactalis : le fabricant, la grande distribution, les laboratoires mais également les pouvoirs publics à qui revenait le contrôle de l’usine. "Ils ont tous manqué à leurs obligations en matière de prévention des risques sanitaires mais aussi dans la gestion particulièrement défaillante de cette crise alimentaire majeure. Des consommateurs ont été ainsi trompés et des enfants mis en danger", dénonce Karine Jacquemart, directrice de Foodwatch.

L'association pointe les incohérences de discours de ces différents acteurs qui se rejettent la responsabilité depuis plusieurs mois : de Lactalis qui a fait preuve d’irresponsabilité en rachetant l’usine de Craon (Mayenne) en 2006, sachant pertinemment que la salmonelle avait déjà contaminé des nourrissons, aux grandes enseignes qui ont continué à commercialiser des produits laitiers interdits. Foodwatch cite en effet "les rappels au compte-gouttes et en catimini en décembre, des produits dangereux toujours en vente en janvier malgré les rappels et des acteurs qui se renvoient la balle sans assumer leurs responsabilités". Fin janvier, Bercy a affirmé que 22 établissements et 60 sites de commerce en ligne vendaient encore des lots interdits. Est également visé le laboratoire Eurofins qui a réalisé (et validé) les tests de contrôle des produits finis sans mentionner aux autorités la présence de salmonelles.

Une infection par les salmonelles peut devenir mortelle

L’infection par des bactéries du genre Salmonellose se manifeste par une gastro-entérite, parfois aigüe, qui se résout généralement spontanément en quelques jours. Toutefois, les conséquences peuvent être graves chez certaines populations sensibles, notamment les personnes atteintes de malnutrition, souffrant de certaines maladies (achlorhydrie, hypochlorhydrie ou maladie néoplasique), sous traitement contre l’acidité gastrique, ou encore sous antibiothérapie à large spectre.

Enfin, chez les nourrissons ainsi que chez les personnes au système immunitaire affaibli (maladie auto immune, immunosuppressive, traitement médical immunosuppresseur, etc.), une infection par les salmonelles peut devenir très grave, voire mortelle. "On parle de 40 nourrissons contaminés, mais ce chiffre ne correspond pas à la réalité", nous a confié Quentin Guillemain. "Il faut y ajouter tous ceux qui n’ont pas fait de réaction, tous ceux qui n’ont pas fait d’analyse, tous ceux dont les parents n’ont pas porté plainte parce que cela coûte de l’argent… Pour moi, tous les nourrissons qui ont ingéré du lait infantile contaminé aux salmonelles sont des victimes de Lactalis. On parle donc de centaine d’enfants", conclut-il.

Des conséquences non négligeables sur l’entreprise

Début Juillet, l'usine Lactalis a reçu l'autorisation de reprendre sa production de lait infantile sur son site de Craon, et des tests sont en cours avant que le lait puisse être commercialisé à nouveau. Les députés en charge de l’affaire sanitaire ont par ailleurs rendu leur rapport, qui préconise de renforcer les contrôles et de sanctionner plus lourdement les entreprises défaillantes.

La crise a eu des conséquences non négligeables sur l’entreprise, notamment au niveau de l’emploi. "Il y a un premier dossier sur le site industriel de Craon pour lequel il n'y a aucun impact sur l'emploi et depuis le début nous avons signé un accord avec les partenaires sociaux pour éviter qu'il y ait un impact sur l'emploi. Sur la partie commerciale, on a informé les partenaires sociaux qu'il y avait des postes qui allaient être supprimés parce que ne plus vendre un produit durant six mois allait avoir un impact sur la reprise. Lactalis est un grand groupe et fort heureusement la taille de notre groupe nous permet de vivre cette crise avec plus de sérénité que si nous étions une entreprise de taille moyenne", résume Michel Nalet, porte-parole du groupe.

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