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QUESTION D'ACTU

"Le malade imaginaire"

Hypocondrie : quand la phobie d’être malade gâche des années de vie

Avoir peur d’être atteint d’un cancer, de faire une crise cardiaque ou de développer une maladie grave… Selon un sondage, 13% des Français sont angoissés à l’idée d’être malade ou de le devenir, même sans en présenter les symptômes. Quand cette angoisse vire à l’obsession, on parle d’hypocondrie. De quoi s’agit-il exactement ? Comment la soigner ? On fait le point.

Hypocondrie : quand la phobie d’être malade gâche des années de vie KatarzynaBialasiewicz/iStock

  • Publié 13.08.2018 à 13h34
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"Tout a commencé quand mon cousin est mort à 38 ans d’un mélanome malin foudroyant. Depuis, j’ai peur de ne pas dépasser cet âge. Je suis toujours fatiguée, je souffre de fourmillements, de douleurs articulaires, de symptômes étranges et inexpliqués. J’ai consulté une vingtaine de spécialistes, fait des examens multiples. Mais aucun médecin, même s’il me dit 'rien d’anormal', ne parvient à me rassurer."

Ce témoignage, publié par le site Psychologies, n’est pas unique. Sur Internet, en particulier sur les forums, fleurissent des centaines de récits similaires : ceux de personnes en parfaite santé mais qui ne peuvent s’empêcher de se croire atteints de maux divers et développent une peur panique des maladies.

Une véritable pathologie

Loin d’être anodine, cette peur d’être malade ou de le devenir est, lorsqu’elle tourne à l’obsession, une véritable pathologie : on parle alors d’hypocondrie, dont l’étymologie signifie "sous" (hypo) et "cartilage des côtes" (khondros). "On parle d'un problème d'hypocondrie lorsque la personne n'arrive pas à se rassurer sur son état de santé. À la différence des anxieux, les hypocondriaques ne parviennent pas à apaiser les inquiétudes qu'ils ont en eux, même après une ou plusieurs visites chez le médecin. De plus, même lorsque leurs symptômes ne correspondent pas à des recherches sur Internet et qu'ils sont en bonne santé, les doutes persistent et reviennent très vite. C'est une forme d'anxiété dans laquelle le patient craint toujours d'être malade ou contaminé par les autres", nous expliquait en 2014 le Pr Antoine Pelissolo, psychiatre à l'hôpital Henri-Mondor (Créteil).

Selon une étude réalisée en 2014 par l’Ifop pour Capital Image, l’hyponcondrie toucherait en moyenne un Français sur 10, de manière plus ou moins sévère. Ainsi, 13% des Français interrogés connaîtraient l’angoisse d’être atteints d’une maladie ou d’en développer une. En cause, selon le sondage : la surinformation autour de pathologies que l’on trouve dans les médias, et en particulier sur Internet. Loin d’apaiser leurs angoisses, les recherches sur les forums au moindre coup de mou ou petit bobo auraient pour conséquence de conforter les doutes et les peurs des hypocondriaques, alors persuadés d’avoir développé une maladie grave.

Des réels risques pour le cœur

Si les hypocondriaques craignent pour leur santé, cela ne signifie pas forcément qu’ils passent leur vie chez le médecin. Au contraire, par peur d’un mauvais diagnostic, nombreux sont ceux qui préfèrent se tenir éloignés des cabinets médicaux, quitte à repousser des examens qui s’avèrent nécessaires.

"Cela peut faire repousser le dépistage, même lorsqu'il est nécessaire. Dans ce cas, c'est très problématique. Et chez ces patients, l'hypocondrie, ou l'anxiété, est associée à une phobie, celle des maladies et la peur de les attraper. C'est aussi une des raisons pour laquelle le patient ne sort pas, il préfère vivre reclus chez lui. Chez ces cas extrêmes, l'hypocondrie est inhibitrice, et maintient le patient dans une attitude passive, loin de tous les cabinets médicaux", explique le Pr Pelissolo.

Dans certains cas, l’hypocondrie peut être à l’origine de troubles. Selon une étude publiée en 2013 dans le British Medical Journal, les "malades imaginaires" ont 73 % plus de risque que les autres de développer des maladies cardiovasculaires. Et plus l’hypocondrie est importante, plus ce risque est élevé. "Cette étude illustre le dilemme auquel sont confrontés les médecins. Ils doivent rassurer leurs patients que leurs symptômes liés à l’anxiété sont sans danger, alors que la littérature scientifique met en évidence les conséquences sur le long-terme des troubles anxieux", constatent les chercheurs.

Surmonter son angoisse par la thérapie

Souvent tournée en dérision et minimisée, l’hypocondrie peut pourtant s’avérer extrêmement handicapante pour les personnes qui en souffrent. "Cette peur d’attraper des maladies graves s’est amplifiée par la suite. Elle a gâché onze ans de ma vie. Dès que j’avais un souci de santé, je m’inventais tous les maux du monde, consultant tous les sites Internet, tous les spécialistes du département, multipliant les examens…", raconte à Ouest France Nathalie, 44 ans.

Heureusement, l’hypocondrie n’est pas une fatalité. Lorsqu’elle est diagnostiquée chez un patient, celui-ci est généralement invité à suivre une thérapie cognitivo-comportementale. Il peut aussi bénéficier d’un suivi psychiatrique s’il s’agit d’une forme sévère d’hypocondrie. "Quand on met en place une thérapie, en général, on obtient de bon résultats chez les hypocondriaques. Mais ça demande un fort investissement de la part du patient. Plus on intervient vite, plus la durée de la guérison est courte. Concernant les médicaments, ils ne sont pas indiqués dans la cadre d'une hypocondrie. Si un médecin en prescrit, c'est qu'il y a une autre pathologie derrière. Soit une dépression, voir même des phobies !", rassure le Pr Pelissolo.

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