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QUESTION D'ACTU

Enquête sur la population

Addictions : les jeunes Français de plus en plus accros aux drogues dures et au porno

10% des jeunes Parisiens déclarent avoir déjà consommé des drogues dures (ecstasy, cocaïne, GHB, MDMA) et 15% des 14-17 ans affirment regarder du porno au moins une fois par semaine, tout comme un cinquième des 14-24 ans (21%).

Addictions : les jeunes Français de plus en plus accros aux drogues dures et au porno artursfoto /iStock

  • Publié 10.06.2018 à 15h00
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Une vaste enquête réalisée auprès de 1000 jeunes* par la Fondation pour l’innovation politique, le Fonds actions addictions et la fondation Gabriel-Péri, démontre que les jeunes Français sont de plus en plus friands de rapports dures et de pornographie.

Ecstasy, cocaïne, GHB et MDMA

Les drogues dures, d’abord. 3% des 14-17 ans déclarent avoir déjà consommé des produits hautement dangereux comme de l’ecstasy, de la cocaïne, du GHB et de la MDMA. La proportion grimpe à 5% parmi les 18-24 ans. Dans cette classe d’âge, ils sont 3% à en consommer au moins une fois par semaine. "L'augmentation de la consommation des drogues festives qui apparaît plus du double que dans les enquêtes habituelles, suscite une inquiétude particulière", estime, à juste titre, le président du Fonds Actions Addictions, Michel Reynaud.

Comme pour le cannabis, entre milieu rural et milieu urbain, il existe des écarts significatifs de consommation pour la consommation de drogues dures : 2% des jeunes vivant en milieu rural ont déjà testé ces produits, alors qu’ils sont 4% dans les villes de plus de 100 000 habitants et... 10% en agglomération parisienne ! 

Augmentation "préoccupante" des overdoses létales

Rien que pour la cocaïne, particulièrement répandue chez les jeunes Parisiens, une surconsammation peut entraîner des troubles cardiaques, une dépression respiratoire ou des convulsions. À long terme, la consommation soutenue de cocaïne peut aussi causer un épuisement de la réserve en neurotransmetteurs de l'usager, qui risque d'avoir de la difficulté à ressentir du plaisir (anhédonie). 

La cocaïne est aussi la drogue qui occasionne le plus de décès par surdosage. Plus globalement, l’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies (OEDT) note pour les années 2015-2016 une augmentation "préoccupante" des overdoses létales liées à la consommation de drogues dures en Europe, et ce pour la troisième année consécutive.

Consommation hebdomadaire de pornographie

La pornographie, ensuite. 15% des 14-17 ans affirment regarder au moins une fois par semaine du porno, tout comme un cinquième des 14-24 ans (21%). Plus d’un tiers (37%) déclarent avoir déjà visionné ce type de programme, avec une forte différence entre les garçons (46%) et les filles (28%). Cet écart se creuse avec l’âge. Chez les 14-17 ans, 18% des garçons regardent au moins une fois par semaine du porno, contre 12% des filles ; à partir de 18 ans, la consommation hebdomadaire concerne 33% des hommes, contre 16% des femmes. 

L’âge de la première visite sur ces sites recule : 14 ans et 5 mois, soit trois mois de moins qu’en 2013 d’après une étude Ifop pour l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique. "Cela veut dire qu’ils ne sont pas prêts, que cela laisse des petites séquelles émotionnelles, psychologiques, nous expliquait en 2017 le Dr Laurent Karila, psychiatre à l’hôpital Paul Brousse et porte-parole de SOS Addictions. Il s’agit d’images violentes pour quelqu’un qui n’est pas mûr. Certaines personnes parviennent à l’exprimer, elles expliquent que cette exposition a été difficile pour elles ; d’autres ne le disent pas, mais il y a alors un risque que d’autres troubles se développent".

Selon lui, "la pornographie génère une vision inappropriée de la sexualité. Après, cela devient des modèles sexuels biaisés, parce que les jeunes intériorisent des stéréotypes un peu dégradants sur le corps, sur la violence dans la sexualité". Puis la logique de performance complètement biaisée par le montage des films X, peut faire naitre des complexes chez certains jeunes garçons. "Ils voient aussi qu’il y a un nombre de partenaires important, que les pratiques sexuelles sont extrêmement variées… Or, quand on analyse la sexualité standard des gens, on observe qu’il y a très peu de positions sexuelles utilisées, par exemple", note le médecin.

Crises d’anxiété et troubles du sommeil

Bref, largement de quoi provoquer des crises d’anxiété, des troubles du sommeil, nourrir un sentiment douloureux de culpabilité et conduire à une représentation faussée ou déviante des rapports sexuels et amoureux. Une étude Allemande a par ailleurs démontré que le cerveau des gros consommateurs de films pornographiques réagit moins face aux stimuli sexuels et que leur lobe droit est plus petit que celui des autres.

Les addictions aux écrans sont liées entre elles : 56% des personnes qui regardent du porno au moins une fois par jour passent plus de 2 heures sur les réseaux sociaux et 46% plus de 2 heures à jouer à des jeux vidéo. 49% des jeunes qui jouent aux jeux vidéo au moins 5 heures par jour passent également plus de 5 heures par jour sur les réseaux sociaux, soit un total dépassant 10 heures quotidiennement devant un écran. 

Par ailleurs, plus les jeunes sont diplômés, plus leur consommation d’alcool est importante. Pour la tranche d’âge des 18-22 ans, 28% des jeunes qui ont un BEPC-BEP-CAP-CEP consomment de l’alcool au moins une fois par semaine, contre 37% de ceux qui ont un bac + 2. 

Des résultats "inquiétants"

Concernant le tabac, plus le revenu mensuel net du foyer est bas, plus le pourcentage de jeunes qui fument plusieurs fois par jour est élevé (21% en dessous de 1 250 euros, 17% entre 1 251 et 2 000 euros, 13% entre 2 001 et 3 000 euros, 12% au-dessus de 3 000 euros). 

Les niveaux de consommation de drogues dures, de porno, d'utilisation des écrans, d'alcool, de tabac, de cannabis et de jeux vidéo par les jeunes français de 14 à 24 ans sont tous jugés "inquiétants", conclut le rapport. 

*Ont été interrogés 1 000 jeunes de 14 à 24 ans et deux autres échantillons représentatifs : 2 005 adultes de 18 ans et plus, et 402 parents d'enfants de 14 à 24 ans.

 

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