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QUESTION D'ACTU

Exposition précoce

Pornographie : "Les adolescents ont des modèles sexuels biaisés"

ENTRETIEN - Un ado sur deux consulte des sites pornographiques. Le Dr Laurent Karila revient sur l’impact de ces images et les risques pour des jeunes sans expérience sexuelle. 

Pornographie : \ leolintang/epictura

  • Publié 20.03.2017 à 17h59
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Rien qu’au titre, on imagine le tableau. Petits concupiscents, esprits lubriques abreuvés de porno à peine sortis du berceau… C’est qu’il y a quelques années encore, l’adolescent devait ruser, échapper à la vigilance parentale pour visionner les rares images d’un film X diffusé une seule fois par mois – et encore fallait-il avoir la chaîne cryptée. Souvenez-vous, c’était les années 1990. Le jeune pubère pratiquait l’onanisme en s’inspirant du catalogue La Redoute, page lingerie.

Puis il y a eu le Smarphone et Youporn. Sept caractères dans une barre de recherche et l’univers de la pornographie se dévoile, avec ses méandres les moins fréquentables. Alors, l’ancienne génération s’interroge. Quel impact ont ces images sur l’affect, le comportement et les représentations des adolescents ? Quel lien tissent-ils entre les scènes sexuelles qu’ils regardent sur Internet et celles qu’ils vivent dans la réalité ?

Un jeune sur deux

L’Observatoire de la Parentalité et de l'Éducation Numérique (Open) s’est penché sur ce « phénomène qui suscite autant de craintes que d’idées reçues ». Les travaux confirment ce que l’on sait : les jeunes consultent ces sites. La moitié des 15-17 ans interrogés déclarent avoir déjà surfé sur l’une des multiples plateformes de X, soit une hausse de 14 % en quatre ans, avec une très nette préférence pour les sites gratuits, petites bourses oblige. La première visite a lieu, en moyenne, à 14 ans et 5 mois.

L’enquête montre que les adolescents ont conscience d’une exposition potentiellement problématique aux images pornographiques. Ainsi, plus d’un sondé sur deux (55 %) considère qu’il était « trop jeune » la première fois qu’il a visionné ces scènes. Quant à la mise en pratique de ces images… elle semble réelle. Près d’un ado sur deux (45 %) a tenté de reproduire des scènes vues dans des films pornographiques.

Le Dr Laurent Karila, psychiatre à l’hôpital Paul Brousse et porte-parole de SOS Addictions, revient sur cette exposition pornographique, sa réalité, son impact et ses risques.

Les adolescents déclarent avoir été exposés « trop jeunes » à la pornographie. Que cela signifie-t-il ?

Laurent Karila : Cela veut dire qu’ils ne sont pas prêts, que cela laisse des petites séquelles émotionnelles, psychologiques. Il s’agit d’images violentes, pour quelqu’un qui n’est pas mûr. Certaines personnes parviennent à l’exprimer, elles expliquent que cette exposition a été difficile pour elles ; d’autres ne le disent pas, mais il y a alors un risque que d’autres troubles se développent.

Le problème des sites pornographiques, c’est qu’on peut voir tout type d’images, sans aucun contrôle et sans expérience sexuelle. Plus on en voit tôt, plus c’est difficile à aborder. Visionner une scène pornographique à un âge très précoce, sept-huit ans, c’est psychiquement similaire à un abus sexuel, à cause de la violence des images. Certains ados, plus vieux, les verront par curiosité et cela n’aura pas d’impact. Mais d’autres, plus vulnérables, vont mal gérer cela. En tout cas, une exposition précoce à la pornographie est susceptible de porter atteinte à la santé mentale.


Les adolescents ont tendance à reproduire au sein de leur sexualité les scènes des films X. En quoi est-ce problématique ?

Laurent Karila : Pour des jeunes adolescents, la pornographie génère une vision inappropriée de la sexualité. Après, cela devient des modèles sexuels biaisés, parce que les jeunes intériorisent des stéréotypes un peu dégradants sur le corps, sur la violence dans la sexualité. Il y a aussi toute cette logique de performance complètement biaisée par le montage des films X. Les garçons peuvent se mettre en référence d’être performants au niveau sexuel ; ils voient aussi qu’il y a un nombre de partenaires important, que les pratiques sexuelles sont extrêmement variées… Or, quand on analyse la sexualité standard des gens, on observe qu’il y a très peu de positions sexuelles utilisées, par exemple.

Il y a un risque d’addiction chez certains garçons. Par ailleurs, la pornographie peut être une source d’anxiété pour beaucoup d’adolescents, parce qu’ils ne sont pas préparés à ce type d’image. Enfin, par mimétisme, on peut voir émerger des comportements irrespectueux. 


Les jeunes filles regardent aussi des films X. Est-ce qu’on connaît les risques d’une exposition précoce chez elles ?

Laurent Karila : Des études sur les conséquences d’une exposition des jeunes filles à la pornographie montrent un risque – qui ne concerne pas tout le monde, mais quand même – de troubles du comportement alimentaire, à cause des corps qu’elles voient dans les films, filiformes, tatoués, percés, ayant subi de la chirurgie esthétique… On a par exemple vu aux Etats-Unis une recrudescence des chirurgies plastiques chez les jeunes filles au niveau des seins, du vagin (des lèvres)…

On est dans une génération « speed », où tout va vite et où ces jeunes intègrent tous les éléments d’une vie adulte. Il faudrait vraiment que  ces sites pornographiques fassent quelque chose pour la prévention jeunesse.

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