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QUESTION D'ACTU

Lassitude et souffrance

Malaise dans les hôpitaux Français : pas que les urgences et pas que les moyens financiers

Il ne se passe pas une semaine, sans un épisode médiatique dramatique rapporté aux urgences. Toutefois ces services ne sont que la partie émergée d’un iceberg, qui menace de se retourner, avec un raz de marée de conséquences dont nous serons tous les victimes, si rien n’est entrepris rapidement. "Lassitude et souffrance" vient d'avouer le directeur des hôpitaux de Paris. Les réformes doivent suivre. Vite.

Malaise dans les hôpitaux Français : pas que les urgences et pas que les moyens financiers Pablo_K

  • Publié 18.03.2018 à 16h28
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  • Mise à jour le 18.03.2018 à 22h57
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Ne parler de la détresse des hôpitaux qu’à travers le problème des urgences, serait comme rendre une entreprise compétitive en se contentant de nettoyer le hall d’accueil et désembouteiller le standard ; important mais pas essentiel ; utile mais pas suffisant.

Parce que si des malades souffrent dans les couloirs de nos urgences, ce qu’il se passe derrière est moins médiatique mais beaucoup plus préoccupant. La machine hospitalière fait eau de tous ses pores. Les témoignages sont moins spectaculaires que les quelques drames rapportés aux urgences, mais la somme de souffrances des malades  et de découragement des soignants sans équivalence.

On connaît les recettes pour rendre l’hôpital digne de la qualité des gens qui y travaillent et il n’y aura pas de grande réforme sans investissements, non seulement en locaux et en équipements techniques, mais d’abord en moyens humains. C’est le début de l’ordonnance et tout le monde semble d’accord, y compris les responsables actuels de la santé. Les médecins hospitaliers Parisiens, qui viennent de rédiger une lettre ouverte au directeur des Hôpitaux de Paris, le résument bien :

« Le déficit de l’APHP, comme celui de la majorité des hôpitaux de France n’est pas dû à l’incompétence des directeurs, à l’irresponsabilité des médecins, à la paresse des personnels, aux abus des patients, tous arc-boutés sur leurs « privilèges ». Il est voulu et programmé par la puissance publique qui d’une main diminue d’année en année les tarifs et les dotations (recherche, enseignement, centres de références, précarité) tandis que de l’autre, elle accepte quand elle ne décide pas elle-même l’augmentation des charges (prix des médicaments et des dispositifs médicaux, coût des équipements, remboursement des emprunts, partenariats public-privé, inflation des règles administratives auxquels il faut ajouter les mises aux normes et l’entretien des bâtiments, les revalorisations catégorielles…que l’hôpital se doit de financer).

Mais penser qu’un chèque – dont d’ailleurs on connaît mal le montant -  pour faire autre chose que du rafistolage, serait la solution au problème est sans doute naïf.

Réorganiser en profondeur

La réorganisation est aussi urgente que les finances.

Il faut, par exemple, mettre fin aux doublons en regroupant les services d’hôpitaux localement concurrents – l’Hôtel-Dieu à Paris en étant l’emblème -  en ayant le courage de fermer des petits hôpitaux sous utilisés. Mieux répartir les forces. Etre impitoyable sur les faiblesses et les dérives

Il est indéniable qu’il faut revoir complétement les urgences débordées par certains malades qui n’en ont pas besoin, mais qui cherchent un conseil ...que leur donnait autrefois la médecine générale.

Que le problème se cristallise sur les urgences n’est pas surprenant parce qu’il s’agit d’un espace où le temps de passage – même s’il peut parfois paraître interminable – est par définition très court. Il ne permet pas à ceux qui y passent, de s’attacher au personnel soignant pour témoigner que le problème vient plus de l’organisation que la qualité des soins. Qui sont globalement parmi les meilleurs dispensés sur cette planète. C’est sans doute pour cette raison que le mécontentement réel est moins médiatique dans les services hospitaliers qui récupèrent les malades après leur passage par les urgences.

Une bombe à retardement

On ne dressera pas en un article l’immensité du chantier qui attend le ministère de la santé.  

En revanche, les  solutions, pour la plupart, sont connues. Souvent douloureuses, et l’on peut penser qu’elles demanderont beaucoup de courage, donc d’impopularité, de la part de celui qui prendra la décision ; ce qui, probablement, a interdit leur mise en œuvre ces dernières années, bien que la situation ne soit pas nouvelle. Désormais à court terme, l’immobilisme, est une analyse un peu rapide et stupide : la situation est urgente ; très urgente. On ne répétera jamais assez que l’hôpital est une bombe à retardement, à mèche très courte.

Nous ne sommes pas à l’abri de voir la grogne se transformer en colère et en désespoir, avec leur cortège de drames inévitables… Et nombreux !

Emmanuel Macron qui veut réformer vite et bien, possède avec l’hôpital, un chantier de premier choix. Avec de vrais motifs de réforme et au total des résultats probablement rapides et populaires car concernant toute la nation, sans distinction… Une des qualités majeurs de l’hôpital public est de ne pas (encore) faire de distinction entre ceux qui ont besoin de soins.

Certes, le coup de balais attendu fera grincer des dents, en redistribuant de façon inévitable les cartes de l’emploi dans tous les hôpitaux. Il ne faut jamais oublier que le président du conseil d’administration est toujours le maire de la ville et l’hôpital le premier employeur. Mais beaucoup moins d’administratifs, et beaucoup plus de soignants, font que le nombre total des salariés ne devrait pas changer.

Quelles que soient les décisions rapides à prendre, elles ne doivent pas casser les motivations, l’énergie et la conscience professionnelle des soignants.

Et chez les autres ?

Comme toujours les Français, peuple leader chez les râleurs, pensent que l’herbe du voisin est plus verte… Ce qui est sans doute vrai dans les pays du Nord de l’Europe où les moyens ont toujours été plus importants et les problèmes mieux pris en amont. On parle moins des hôpitaux Allemands, mais le problème y est sous-jacent. Et que dire du Canada, où les soins sont gratuits comme chez nous mais où on attend encore plus.

C’est vrai qu’il existe un endroit où le service est parfait : les Etats-Unis. Au royaume de la carte bleue, dans la plupart des grands hôpitaux, le simple fait de présenter la certitude d’un moyen de paiement garanti – même dans les unités d’urgence – ouvre la porte d’un service quasi parfait. Mais cela ne concerne qu’une partie des Américains. Le « Trumpcare » en laissera plus de 50 millions sans protection. Pour eux notre système est probablement l’Eldorado.

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