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QUESTION D'ACTU

Suicide, harcèlement, mises au placard

Harcèlement à l'hôpital de Grenoble : le médiateur lui demande d'humaniser son "style de management"

Le rapport du médiateur Edouard Couty, commandé par la ministre de la Santé Agnès Buzin pour faire la transparence sur les conditions de travail au CHU de Grenoble, est accablant pour le style de management. Un management qui est pourtant fort contraint par les conditions financières imposées par le Ministère.

Harcèlement à l'hôpital de Grenoble : le médiateur lui demande d'humaniser son \ scanrail/epictura

  • Publié 09.01.2018 à 10h45
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  • Mise à jour le 09.01.2018 à 12h24
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Après le suicide en novembre dernier, dans un bloc opératoire, d’un neurochirurgien de 36 ans, la gestion déshumanisée de la direction du CHU de Grenoble est épinglée dans un rapport du ministère de la Santé. Rédigé par Edouard Couty, médiateur national missionné par la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzin au lendemain du drame, pour établir un "diagnostic sur la situation de l’établissement et sur la nature et les difficultés rencontrées", le rapport a été rendu public.
Au terme de trois jours d’audition sur place, Edouard Couty dresse la liste vertigineuse d’une série de défaillances, notamment dans le management des personnels soignants. "Le style de management, qui maintient de manière permanente une certaine pression sur les équipes et qui priorise le résultat […] doit s’infléchir", écrit-il, faisant référence à des "problématiques budgétaires".

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Conflits, pressions, maltraitance et burn-out

Selon nos informations, certaines spécialités considérées comme "non-rentable" au regard du système de rémunération en vigueur dans les hôpitaux, la T2A, sont particulièrement sous pression. Ainsi, à Grenoble, la pédiatrie et la diabétologie ne seraient pas assez rentables pour la direction.
Un diabétologue raconte, dans une lettre co-écrite avec un confrère pédiatre qui nous ait parvenue, les reproches qui lui étaient faits lors des bilans annuels : "savez-vous combien votre activité a fait perdre d'argent au pôle cette année ? Il n'y a quasiment pas eu d'hospitalisation de vos diabétiques aux urgences et en réanimation..." ou encore, " des consultations de 45 min de diabétologie, ce n'est pas rentable! Il faut faire des consultations plus rapides ou plus souvent, ou bien faire venir les patients en hôpital de jour en rajoutant des examens complémentaires...". De même, ajuster les traitements de ses patients par mail n’était pas "valorisé" financièrement, et donc non-rentable pour les caisses du CHU.
"Nous alertons depuis des années notre hiérarchie sur l'augmentation incessante de notre charge de travail. Depuis des années la réponse est la même : aucun moyen n'est possible pour financer du temps supplémentaire de soignant médical ou paramédical", dénoncent les deux médecins.
La situation est telle, que de nombreux personnels sont partis ou se sont mis en arrêt. Une plainte a été déposée contre X par un chirurgien de l’établissement cette semaine, pour harcèlement moral. Après 17 ans passés au CHU de Grenoble, il raconte sa mise au placard dans le Dauphiné et que "les difficultés ont commencé en 2010", suite à "la restructuration des hôpitaux de 2007". Il évoque un "conflit entre l’ancienne et la nouvelle générations et un climat de tension qui est allé crescendo, avec des réunions houleuses, voire même des actes de violence et une souffrance qui s’est vue à tous les niveaux".

Vers une nouvelle organisation ?

Dans son rapport, Edouard Couty dénonce un "décalage trop important" entre "le discours institutionnel et la réalité du terrain", dans un contexte économique "très contraint". "Il manque une attention particulière aux difficultés et aux souffrances des personnels", note le médiateur.
Lors d’une réunion au ministère de la Santé la semaine dernière, la direction du CHU s’est vue signifier l’obligation de mettre un "plan d’action" en place pour retrouver "le calme et la sérénité". La direction a promis qu'elle mettrait une nouvelle organisation en place d’ici "deux à trois mois". Mais que pourra-t-elle faire si rien n'est changé au niveau du modèle économique de l'hôpital. Presque tous les Centres Hospitaliers Universitaires français on vu leur déficit s'aggraver depuis que la T2A (la tarification à l'activité) a été mise en place. C'est le modèle économique de l'hôpital-entreprise qui ne marche pas de l'avis de tous les experts.

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