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QUESTION D'ACTU

Appel d’offres IHU

Recherche : les chercheurs en colère contre le gouvernement et l’Inserm

Le gouvernement a modifié les règles d'un appel à projets de recherche majeur et l'a repoussé à l’été 2018. Une décision qui a déclenché la colère des chercheurs.

Recherche : les chercheurs en colère contre le gouvernement et l’Inserm Ecole polytechnique Université Paris-Saclay/Flickr

  • Publié 09.10.2017 à 18h57
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Un appel à projets des Instituts hospitalo-universitaires (IHU) devait clôturer le 10 octobre. À la clef : l’attribution de 200 millions d’euros, sur deux ou trois projets de recherche de grande ampleur, impliquant notamment hôpitaux, universités et Inserm. Seulement, le 2 octobre dernier, un communiqué conjoint des ministères en charge de la Santé et de la Recherche est venu tout remettre en cause.

Il annonçait officiellement, à huit jours du terme, le report de l’appel d’offre « à l’été 2018 ». Le communiqué précisait également que seulement deux projets seraient choisis, avec une dotation respective maximale de 50 millions d’euros, et que leur mode de gouvernance serait revu. Une décision confirmée par un arrêté au journal officiel, daté du 6 octobre.

Ce demi-tour soudain a déclenché la colère des chercheurs impliqués dans le projet. Ils reprochent au gouvernement ce changement de dernière minute, alors qu’ils travaillent depuis des mois sur l’appel d’offre. Ils reprochent au passage des manipulations politiques entre les instituts, sur la gouvernance des projets et de la recherche médicale en général.

Le président du jury démissionne

« Cela m’a plongé dans une grande confusion, car personne ne m’en avait parlé, s’étonne auprès d’AEF le Pr Richard Frackowiak, chef du service de neurologie au CHU de Lausanne (Suisse), et président du jury international des IHU. La confirmation est arrivée sous forme de communiqué de presse, ce que je trouve bizarre pour une pareille annonce. »

Le neurologue a alors pris la décision de démissionner de son poste de président du jury. « Je suis forcé de démissionner, explique-t-il pour APMNews. L’indépendance du jury est rejetée, la gouvernance sur la base d’une fondation est rejetée, [ainsi que] les compromis qui essaient d’être constructifs. »

Pour lui, ce mode de gouvernance permettait une bonne coordination entre les différents acteurs de la recherche impliqués dans les projets, et autorisait la bonne autonomie de ces projets. Mais cette autonomie était vue d’un mauvais œil par le directeur de l’Inserm, a-t-il ajouté.

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"Une république bananière"

Ce qui se raconte à demi-mots est en réalité une accusation de conflits d’intérêts entre la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et le patron de l’Inserm, Yves Lévy, qui n’est autre que son mari.

Le Pr Philippe Froguel, diabétologue au CHRU de Lille est, quant à lui, bien moins diplomate. Dès l’annonce du report, il a vivement réagi sur son compte Twitter, estimant que cette décision traduisait « un vrai mépris pour les centaines de médecins-chercheurs et administratifs qui ont préparé les dossiers IHU ».

Contacté par Pourquoidocteur, il ne mâche pas ses mots. « Les 19 candidatures, c’est aussi l’implication de milliers de scientifiques, et de millions d’euros investis. Moi, je n’en ai rien à faire de la gouvernance, s’indigne-t-il. Les raisons politiques du report sont dérisoires. Nous avons l’impression d’être dans une république bananière, c’est lamentable. »

Vers un compromis ?

« Je pense qu’au niveau du gouvernement, les dirigeants ne comprennent pas les enjeux. Pour eux, la recherche médicale semble être une variable d’ajustement, poursuit-il. Il y a des discussions sur qui décide de la recherche médicale en France et, dans cette affaire, l’Inserm imagine tirer un bénéfice. »

Sollicitée par la rédaction de Pourquoidocteur, la direction de l’Inserm n’a pas souhaité répondre aux accusations du Pr Froguel. Le chercheur espère désormais que les responsables des 19 projets seront reçus par le gouvernement, et qu’ils parviendront à « arriver à quelque chose de raisonnable ».

En attendant, le report de l’appel à projets sème le doute sur l’indépendance des organismes de recherche français. « Ce n’est pas une très bonne chose pour la réputation de la France », confie le Pr Frackowiak, regrettant que ces histoires politiques se mettent en travers de la recherche scientifique française, dont il loue la qualité.

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