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Embryons humains

Cardiopathie héréditaire : la mutation corrigée grâce à CRISPR-cas9

Des chercheurs américains ont réussi à "corriger" l'ADN d'embryons humains pour supprimer une mutation responsable d'une maladie héréditaire.

Cardiopathie héréditaire : la mutation corrigée grâce à CRISPR-cas9 SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

  • Publié 04.08.2017 à 12h28
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Entre espoirs et craintes. C’est là que se situe CRISPR-cas 9, la technique d’édition de gènes, développée par Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna. La méthode est « simple » (comparée à d’autres techniques de génie génétique !) et peu coûteuse : deux arguments de poids pour séduire les chercheurs. Mais surtout, elle est très puissante et pourrait, dans l’absolu, permettre de « corriger » des anomalies génétiques aux conséquences graves, voire létales.

Ces ciseaux moléculaires signeraient-ils donc la fin des maladies génétiques ? Peut-être bien. Mais il y a souvent loin des résultats expérimentaux aux applications cliniques. Pourtant, là, tout va vite, très vite, trop vite pour certains. Après des recherches menées en Chine qui avaient ému la communauté scientifique internationale, ce sont cette fois-ci des chercheurs de Portland qui ont annoncé avoir réussi à corriger une mutation responsable d’une maladie cardiaque grave, chez des embryons humains.

Efficacité confirmée

Ces travaux, publiés dans la revue scientifique Nature, ont porté sur une forme héréditaire de cardiomyopathie hypertrophique. Cette maladie, qui conduit à l’épaississement des parois du cœur, peut provoquer des symptômes graves, voire des morts subites.

Shoukhrat Mitalipov et ses collègues de l'Oregon Health & Science University ont fécondé des ovocytes provenant de donneuses en bonne santé avec le sperme d’un homme porteur d’une mutation sur le gène MYBPC3, connue pour être responsable de la maladie. Les scientifiques ont ensuite comparé le devenir de ces embryons après 3 jours de développement, avec ou sans traitement par CRISPR-cas9.

Au total, un peu plus de 50 embryons « édités » ont été comparés à une vingtaine d’embryons contrôle. Et les scientifiques ont constaté une grande efficacité de la technique : les deux tiers environ des embryons traités contenaient deux copies normales du gène MYBPC3, contre 50 % seulement pour les embryons contrôles.

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Un timing crucial

Les chercheurs ont poussé leurs investigations plus loin et sont parvenus à démontrer que le moment auquel les embryons étaient traités avait une grande importance. Utiliser CRISPR-cas9 dès la mise en contact entre ovules et spermatozoïdes permettrait d’éviter la production de « mosaïques », c’est-à-dire des embryons contenant à la fois des cellules saines et des cellules mutées. Or, ces mosaïques constituent un des obstacles majeurs à l’utilisation de CRISPR-cas9 chez l’humain. Autre limite de la méthode : l’induction de modifications du génome « hors-cible ». Mais là encore, les chercheurs américains précisent qu’un séquençage complet du génome n’a montré aucune mutation indésirable parmi les embryons traités.

Ces résultats constituent sans conteste une avancée majeure dans la connaissance et la maîtrise de CRISPR-cas9. Un des co-auteurs de l’étude, Sanjiv Kaul, estime ainsi que la méthode pourrait être transposable à de nombreuses mutations, notamment celles touchant les gènes BRCA1 et BRCA2, rapporte Paul Benkimoun dans Le Monde. Mais les scientifiques gardent la tête froide : « L’édition de gènes doit encore être optimisée avant qu’une application clinique sur les cellules germinales puisse être envisagée », indiquent-ils dans leur publication.

Une des limitations au développement de CRISPR pourrait venir des financements. Si les Etats-Unis autorisent les recherches sur l’embryon humain, elles ne peuvent recevoir de financements publics. En France, l’Académie nationale de médecine a adopté en 2016 une position favorable au développement de recherches utilisant CRISPR, même sur l’embryon humain. Mais la législation française interdit toujours « toute intervention sur la structure de l’ADN ayant pour conséquence de modifier le génome de la descendance ». Les prochaines avancées viendront peut-être du Royaume-Uni, qui a adopté une législation plus permissive sur la question.

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