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Journée de la Femme

Les femmes, un autre profil d'addiction

L’addiction ne touche pas les femmes comme les hommes. Si les produits sont similaires, les usages, les conséquences et les circonstances diffèrent.

Les femmes, un autre profil d'addiction kmiragaya/epictura

  • Publié 07.03.2017 à 07h43
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Le 8 mars, lorsqu’on célèbre la Femme, il est rare d’avoir envie d’évoquer ses addictions ; le constat se vérifie d’ailleurs toute l’année. La femme dépendante aux substances psychoactives dérange. Chez l’homme, déjà, l'addiction n’a pas bonne presse mais chez la femme, l’effet de stigmatisation se décuple.

« Mauvaise mère »

A cela, une explication d’abord sociétale. « Il y a cette image de femme qui perd sa capacité à prendre soin, avec l'idée qu'elle ne peut plus s'occuper d'un enfant, commente Cécile Bettendorff, chargée de projet à Fédération Addiction. C’est le thème de la mauvaise mère ; la société attend encore de la femme qu'elle prenne soin des autres, davantage que l'homme ».

Il faudra pourtant aborder la question si l’on veut être efficace en matière de lutte contre les conduites addictives. Les femmes sont les grandes absentes des structures de soins en addictologie. Elles ne représentent que 25 % du public des Csapa (1) et 20 % des Caarud (2) implantés en France. Dans le monde, seule une personne sur cinq bénéficiant d’un traitement contre l’addiction est une femme.

Et pourtant, elles ne se droguent pas moins, comme le montrent les dernières données de l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies). Si les usages étaient très genrés il y a quelques décennies, avec une consommation essentiellement masculine, cette différence tend bel et bien à s’estomper.
Alors comment les inciter à pousser la porte de ces structures de soins et tenir un discours qui prenne en compte leur spécificité ? C’était la question posée ce lundi lors d’une conférence de presse.

Ecoutez...
Cécile Bettendorff, chargée de projet à Fédération Addiction : « Une personne nous a raconté qu'en devenant dépendante à l'alcool, elle avait perdu son statut de femme. »

Rackets, agressions...

Car « les femmes ne sont pas des hommes comme les autres ». Elles absorbent les mêmes produits mais ne les consomment pas de la même manière et subissent d’autres conséquences liées à leurs pratiques. Elles devraient, à ce titre, bénéficier d’une prise en charge spécifique, ont expliqué les acteurs réunis dans l’espace Femme de la Boutique 18, l’un des rares centres en France à ne prendre en charge que des usagères.

Le rendez-vous visait à présenter à la presse un guide, sorte de référentiel à destination des professionnels pour un accompagnement des femmes en Csapa et en Caarud. Le document a été élaboré par la Fédération Addition et ses réseaux locaux, financé par la Mildeca (3). Il permet d’abord de dégager les particularités de l’addiction au féminin.

Celle-ci dépend des situations, mais souvent, on la retrouve faite de prostitution et de violences. « En tant qu'usagère de crack, les femmes se font racketter, violemment agresser, en particulier celles qui se prostituent car elles sont censées avoir de l'argent régulièrement, explique Bénédicte Bertin, coordinatrice de l’Espace Femme. Elles ne peuvent pas aller voir directement un dealer et doivent passer par un intermédiaire qui se sert au passage. Certaines sont maintenues sous dépendance. »

Grossesse

L’image de la précarité est tenace mais réductrice. Parler d’addiction, c’est évoquer aussi ces « femmes très bien insérées qui travaillent et consomment des produits », rappelle Cécile Bettendorff. Cela implique de sonder l’organisation du travail et la place qu’y occupe la femme, « plus souvent victime de troubles musculo-squelettiques et de harcèlement », par exemple. Et donc, plus propice à s’échapper dans la drogue et les médicaments psychotropes. Les études montent ainsi que les médecins prescrivent davantage cette classe thérapeutique aux femmes qu’aux hommes. Quand les représentations façonnent le réel…

Et puis, bien sûr, il y a leur physiologie. La grossesse, sujet éternellement douloureux pour ces femmes qui ont déserté leur corps. « Les grossesses sont confirmées trop tard, au-delà du délai pour une éventuelle IVG, relate Bénédicte Bertin. Elles sont souvent en situation d’aménorrhée (absence de menstruations) car leur organisme est épuisé. Certaines se pensent ainsi protégées d’une grossesse non désirée ». Une fois enceinte, beaucoup vivent dans la crainte d’un placement de leur enfant.

Ecoutez...
Bénédicte Bertin, coordinatrice de l'Espace Femme de la Boutique 18 : « Nous travaillons avec des socio-esthéticiennes. C’est très difficile de parler de son corps quand il est mis en situation d’objet. »

Des professionnels réticents

Il faut lire le guide, disponible en ligne, pour savoir comment prendre en charge ces femmes. Mieux, il faut être soi-même professionnel ! Le référentiel indique qu’il convient d’aborder ces problématiques spécifiques pour mieux élaborer la réponse. Mais cela ne sera pas chose aisée.

« Les professionnels de santé sont assez réticents à cette approche différenciée, confie Odile Vitte, directrice d’un Csapa en Seine-et-Marne. Quand j’ai commencé en parler, j’ai reçu des messages incendiaires, on m’a taxée de sexiste ! ». Leur volonté d’égalitarisme et leurs propres représentations sociales peuvent constituer un frein à l’appropriation de cette méthode différenciée, dont tous ne veulent pas forcément.

La Mildeca, présente à la réunion, a bien conscience du chemin qu’il reste à parcourir. C’était la première apparition publique de son nouveau président, Nicolas Prisse, qui a succédé le 1er mars à Danièle Jourdain Menninger. Ce médecin de formation a tenté d’en savoir davantage sur la présence de professionnels de l’addictologie dans les structures typiquement féminines, comme les centres PMI (protection maternelle infantile). La réponse négative laisse comprendre que cette approche reste encore très cloisonnée.


(1) Csapa : Centre de Soins, d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie
(2) Caarud : Centre d'Accueil et d'Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues
(3) Mildeca : Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Addictions

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