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QUESTION D'ACTU

Accident de décompression

Travailleurs hyperbare : "Les séjours sont moins risqués que les interventions courtes"

ENTRETIEN – A Hong Kong, les travailleurs d’un chantier hyperbare sont plongés pendant un mois sous pression. Une nouvelle organisation du travail qui pose question.

Travailleurs hyperbare : \ Crédit : Pressureworx Hyperbaric Consultants

  • Publié 11.02.2017 à 07h55
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A 50 mètres de profondeur, dans la baie de Hong Kong, une gigantesque foreuse creuse lentement son sillon. D'ici la fin de l'année 2018, un tunnel sous-marin reliera la ville à l’île de Landeau et à son aéroport international. Cet ambitieux chantier est mené par Bouygues Construction. Pour éviter l’effondrement de la structure sous la pression de l’eau, l’air est comprimé à cinq bars au niveau des têtes du tunnelier. Des équipes de tubistes se relaient toutes les six heures pour les entretenir, puis retournent dans un « caisson-logement » pressurisé pour passer la nuit (voir le témoignage de Bastien). La mission dure 28 jours pendant lesquels ils seront maintenus en permanence sous pression, avec un mélange gazeux composé d’azote, d’hélium et d’oxygène.

Ces séjours prolongés permettent d’éviter les décompressions quotidiennes que subissent les hyperbaristes en intervention ponctuelle. Elles représentent aussi un gain de productivité considérable : le temps quotidien d’intervention des agents est presque doublé. Mais cette méthode est-elle plus sûre ? Si elle a déjà été éprouvée par le passé, elle n’a jamais été expérimentée à si grande échelle pendant une période si longue. Bernard Gardette, physiologiste hyperbare, ancien directeur scientifique de la Comex, spécialisée dans l’ingénierie sous-marine, revient sur cette organisation du travail.

Les séjours hyperbares sont-ils vraiment plus sûrs que les interventions ponctuelles ?

Bernard Gardette : Oui car les plongeurs ou les tunneliers effectuent souvent des interventions longues et difficiles. Ils doivent faire des décompressions tous les jours et mettent ainsi leur organisme à l’épreuve. Or, le risque d’accident de décompression en plongée professionnelle, bien que rare (inférieur à un sur mille), augmente avec la profondeur, la durée et la pénibilité du chantier. D’où l’intérêt de réduire le nombre de ces décompressions.

L’argument de la productivité a souvent été mis en avant – et il est fondé – mais les séjours hyperbares sont également moins risqués pour la santé des plongeurs. Par ailleurs, cette organisation par roulement de quatre semaines a déjà été utilisée dans le cadre de croisements de tunnels, en Allemagne, il y a quelques années. Les personnes qui ont mis au point les procédures à Hong Kong se sont inspirées du chantier allemand.

La décompression répond à des procédures mondiales, qui se sont fortement améliorées depuis les années 1970. Forcément, elles deviennent moins sûres pour des séjours très longs ou très profonds, mais ce n’est pas le cas du chantier de Hong Kong, de 50 mètres de profondeur. Globalement, elles demeurent fiables.

Ecoutez...
Bernard Gardette, médecin hyperbare : « Les tables ont beaucoup évolué et sont mises en place de manière empirique. On remonte deux fois moins vite aujourd'huiqu’il y a 30 ans »

 

A-t-on du recul sur les effets d’une longue exposition à un environnement hyperbare ?

Bernard Gardette : Oui car dès les années 1970, sur les plateformes pétrolières, la plongée à saturation (profonde et de plusieurs jours) a progressivement remplacé la plongée d’intervention, jusqu’à ce que les robots remplacent les hommes. Puis elle a été utilisée par les tunneliers.

On connaît les pathologies liées aux mauvaises décompressions, comme l'ostéonécrose dysbarique, reconnue comme maladie professionnelle. Mais cette atteinte osseuse est très liée au fait qu’à l‘époque, les tables de décompression se mettaient en place de manière empirique, elles n’étaient pas aussi fines qu’aujourd’hui. D’ailleurs, le nombre de cas est en recul.

On a également observé un vieillissement pulmonaire accéléré, des troubles neurologiques et de mémorisation chez les travailleurs hyperbaristes, mais on ignore si cela est lié à la saturation ou aux conditions de travail difficiles des chantiers (stress, bruit…). Le lien avec les séjours hyperbares n’a pas été démontré.

Ecoutez...
Bernard Gardette : « Que vous restiez deux heures ou huit jours, c'est la même chose, votre organisme est saturé en gaz. »

 


Pendant les longs séjours, a-t-on observé certains symptômes chez les hyperbaristes ?

Bernard Gardette : Au gré des études, on a surtout observé des problèmes d’hygiène à l’intérieur du caisson, qui faisaient encourir un risque infectieux. Quand vous êtes enfermés dans une pièce, les bactéries se développent rapidement et peuvent être pathogènes. Dans nos travaux, nous avons par exemple montré que ces bactéries se concentraient à niveaux très élevés dans le rideau de douche. Des procédures de nettoyage ont été mises au point ; il faut notamment éviter les produits toxiques car l’air pressurisé augmente la toxicité des détergents.

L’autre point non négligeable, c’est l’aspect psychologique. Lors de ces longs séjours, les hyperbaristes vivent à plusieurs, confinés dans un petit espace. C’est un peu comme d’embarquer dans un tout petit bateau pour une traversée de l’Atlantique avec des inconnus… Il peut y avoir des problèmes d’humeur et de mésentente, renforcés par la voix déformée par l’hélium, source parfois d’incompréhension.

>> Lire la suite : "Hyperbarie : 28 jours de travail sous l'eau"

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