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QUESTION D'ACTU

600 000 Français concernés

Schizophrénie : un algorithme pour personnaliser les traitements

ENTRETIEN - Nicolas Glaichenhaus, immunologiste, a mis au point un programme informatique capable de prédire la réponse aux antipsychotiques des patients schizophrènes.

Schizophrénie : un algorithme pour personnaliser les traitements lucianmilasan/epictura

  • Publié 09.12.2016 à 07h49
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Alors que la schizophrénie a été décrite pour la première fois il y a plus d’un siècle, elle demeure l’une des maladies psychiatriques les plus mystérieuses. Hallucinations visuelles ou auditives, délires, raisonnements illogiques… Près de 600 000 Français souffrent de ce handicap psychologique majeur pour lequel il existe encore peu de solutions thérapeutiques efficaces.

Aujourd’hui, près de deux-tiers des patients atteints de cette maladie complexe ne répondent pas aux traitements ou souffrent d'effets secondaires. Dès lors, favoriser le développement d’innovations diagnostiques et thérapeutiques est une voie majeure de la recherche en psychiatrie. Un domaine qui vient d’être mis à l’honneur par le Prix Marcel Dassault. Pour sa 5ème édition, le jury international a récompensé les travaux de Nicolas Glaichenhaus, professeur d’immunologie à l’université Sophia Antipolis de Nice. Avec son équipe, il développe un algorithme mathématique qui permettra de choisir le meilleur traitement pour les patients schizophrènes à partir d’une simple prise de sang. Un premier pas vers la médecine personnalisée en psychiatrie. Rencontre.


Quel est le lien entre le système immunitaire et la schizophrénie ?
Nicolas Glaichenhaus :
C’est vrai que le lien peut surprendre. En fait, il est suspecté depuis 20 ans. Les médecins ont notamment observé que les enfants nés de femmes infectées par le virus de la grippe lors de leur grossesse ont plus de risque que les autres de développer la schizophrénie.

Nous nous sommes également rendus compte que dans le sang des patients schizophrènes, dépressifs ou bipolaires, les concentrations de cytokines - des substances produites par le système immunitaire et qui leur permet de communiquer entre elles et organiser leurs actions contre les bactéries et les virus -, étaient différentes des personnes non atteintes par ces maladies.

A ce moment-là, on pensait tous qu’il s’agissait d’association, mais nous avons réalisé qu’il existait un lien de cause à effet lorsque les cytokines ont été injectées chez des patients atteints de cancer. Ces molécules ont été utilisées pour booster le système immunitaire afin qu’il soit capable de combattre les tumeurs. Et cela a plutôt bien fonctionné, mais les médecins ont observé d’énormes effets secondaires : les patients tombaient dans des états dépressifs terribles et avaient des hallucinations. Ces observations faites en vie en réelles nous ont démontré que les cytokines pouvaient directement influer le comportement et entraîner des troubles vus dans les maladies psychiatriques.

 

Ecoutez...
Nicolas Glaichenhaus, professeur d'immunologie à l'université Sophia Antipolis (Nice) : « Contrairement à d’autres domaines de la médecine, il n’existe aucun biomarqueurs en psychiatrie... »

 

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D’où votre idée d’utiliser les cytokines pour développer un test diagnostic et pronostic dans la schizophrénie ?
Nicolas Glaichenhaus :
Notre idée était toute bête. Nous nous sommes dit qu’en dosant les cytokines dans le sang des patients, nous pourrions aider les médecins à poser leur diagnostic ou à les guider dans le choix du traitement aux malades. Car, aujourd’hui, les psychiatres ont à leur disposition plusieurs antipsychotiques mais ces médicaments ne fonctionnent que chez un tiers des malades.
Mais ils ne peuvent pas prédire l’efficacité des médicaments. Ils sont donc obligés de les prescrire aux patients et d'attendre de voir si leur état s’améliore. Dans le cas où le traitement est inadapté, l’état du patient se dégrade, ce qui peut le mener à être dangereux pour lui-même ou les autres. Il est donc très important de choisir d’emblée le traitement adapté à la bonne personne.

Pour y arriver, nous avons développé un algorithme mathématique de prédiction. Pour cela, nous avons étudié 332 patients psychotiques, à qui nous avons donné le même médicament et réalisé des prélèvements sanguins avant et après le traitement. Et sur la base de ces premières données, nous pouvons dire si un patient répondra à l’antipsychotique de première ligne en fonction de sa concentration de cytokines avant le traitement. Mais aujourd’hui, ce ne sont que des résultats préliminaires.

Grâce à ce prix, vous allez pouvoir poursuivre votre projet ?
Nicolas Glaichenhaus : Nos résultats sont encourageants mais le chemin est encore long. Aujourd’hui, notre algorithme de prédiction est fiable à 75 %, ce qui est encore bien insuffisant pour être utilisé dans la vie courante. Nous devons donc doser un plus grand de cytokines, améliorer nos méthodes mathématiques et valider notre algorithme sur des cohortes prospectives de patients. Il est également très important que nos travaux soient confirmés par d’autres équipes sur des cohortes indépendantes dans d’autres pays. Ce ne sera qu’après cette étape que nous saurons que notre test peut être utilisé.

Nous espérons aussi pouvoir développer des algorithmes permettant au médecins de différencier un malade dépressif d’un patients atteint de trouble bipolaire qui se manifeste par des épisodes de dépression mais aussi de manie. Une approche similaire pourrait également d’aider les psychiatres à identifier les patients schizophrènes et ceux souffrant de troubles schizo-affectifs (hallucinations accompagnées de trouble de l’humeur).

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