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QUESTION D'ACTU

20 600 employés d'EDF-GDF étudiés

Cohorte Gazel : la pression nuit à la santé des salariés

Mieux vaut prendre soin de ses employés : un environnement professionnel stressant, favorise l'émergence de facteurs de risque cardiovasculaires.

Cohorte Gazel : la pression nuit à la santé des salariés photographee.eu/epictura

  • Publié 05.12.2016 à 07h55
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Quand le travail devient synonyme d’épuisement… Mort subite au travail (karoshi), suicides et burn-out sont régulièrement évoqués dans la presse. La tendance semble progresser. Les scientifiques se penchent eux aussi sur le délicat sujet des conditions de vie professionnelle. Mais souvent étudiant un facteur à la fois.
Une première étude livre un panorama global du lien entre pénibilité au travail et facteurs de risque cardiovasculaire. A paraître dans l’édition de décembre de l’American Journal of Epidemiology, les résultats ont été repérés par nos confrères du Point. L’un des auteurs de l'étude, Pierre Meneton, détaille avec nous les principaux éléments de cette recherche.

Des pathologies cardiovasculaires

Pendant un quart de siècle, plus de 20 600 salariés du groupe EDF-GDF ont été suivis par cette équipe de l’Inserm. Intitulée « GAZEL », la cohorte livre de précieux détails sur l’impact de l’environnement professionnel. Pas moins de 30 indicateurs de sa qualité ont été passés en revue. Ils vont de la régularité des horaires à la pénibilité physique en passant par le sentiment de récompense et les difficultés nerveuses.
« Par rapport aux salariés moyens français, cette cohorte est plutôt privilégiée, concède Pierre Meneton. L’étude a débuté en 1989, le statut de fonctionnaire était en vigueur. »

Pour autant, la vie n’est pas toute rose dans la fonction publique et le fournisseur d’énergie n’est pas épargné. Certains des volontaires se sont plaints de conditions de travail « très dégradées ». Par rapport à ceux qui considèrent qu’elles se sont « peu dégradées », ils sont 40 % plus à risque de souffrir d’un facteur de risque d’incidence cardiovasculaire.

Cela correspond au développement d’une hypertension ou d’un excès de cholestérol, par exemple. Les éléments déclencheurs sont nombreux : huit indicateurs sont prédicteurs d’un accident cardiovasculaire avant la retraite – dont l’exposition au bruit ou aux tensions. « Beaucoup de ces indicateurs sont corrélés les uns aux autres : déplacer des charges lourdes est corrélé au ressenti d’un travail physiquement fatiguant », précise Pierre Meneton.

Une approche contre-productive

Un autre constat important émerge. L’obésité est un facteur de risque sous-estimé et sous-étudié. 18 indicateurs des conditions de travail influencent le risque de développer une surcharge pondérale. Des conditions de vie très dégradées augmentent le risque de 50 %.
« On retrouve de manière très claire une association avec l’obésité, souligne Pierre Meneton. Ce serait une cause à part entière de l’épidémie d’obésité qu’on observe dans les pays occidentaux. » Cela complique aussi l’évolution des personnes qui en souffrent, plus à risque de développer des maladies chroniques associées.

L’esprit n’est pas épargné. Un travail pénible accroit aussi de 60 % le risque de troubles du sommeil et de 113 % celui de dépression. Dans ce cas également, nombreux sont les indicateurs qui noircissent le tableau. En réalité, l’impact des conditions de travail sur la santé est vaste. Et pourtant, « les effets de l’environnement professionnel sur la survenue des problèmes cardiovasculaires ne se fait pas de manière non spécifique », indique le Pr Meneton. Le mécanisme répond à une logique précise.

Au vu de ces résultats, un double constat émerge. Des populations moins « protégées » risquent d’être encore plus exposées à ces facteurs de risque. Mais surtout, les pratiques qui consistent à mettre les employés sous pression semblent totalement contre-productives.
« C’est croustillant, sourit Pierre Meneton. La dépression ou les troubles du sommeil, avec les problèmes d’endormissement diurne, affectent directement la vie au travail… y compris la productivité au nom de laquelle les techniques de management sont mises en place. » Voilà qui devrait pousser à repenser le modèle. Il n’est pas certain qu’une seule étude y parvienne. Les plus malicieux auront une pensée émue pour Henri Salvador. En 1965 déjà, il chantait « Le travail c’est la santé, rien faire c’est la conserver. »

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