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Institut national d’études démographiques

Mortalité : pourquoi la courbe va repartir à la hausse

ENTRETIEN. La France vieillit et le nombre de décès devrait augmenter. Les baby-boomers atteignent en effet les âges avancés auxquels on meurt.

Mortalité : pourquoi la courbe va repartir à la hausse Alain Rouiller/Flickr

  • Publié 09.03.2016 à 14h33
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L’espérance de vie recule en France. Cette annonce, survenue début janvier, a fait l’effet d’un choc dans le pays. En effet, les Français nés au cours de l’année 2015 peuvent espérer vivre 0,3 ans de moins que leurs camarades un an plus vieux. Mais comment expliquer ce déclin ?
Deux chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (Ined) se sont penchés sur le sujet. Ils publient les résultats de leurs observations dans le dernier numéro de Population & Sociétés.

Entre l’épidémie de grippe, le mois de juillet caniculaire et la vague de froid du mois d’octobre, l’année 2015 a été éprouvante pour les personnes fragiles. En témoigne le surplus de décès observé sur cette période, 7 % supérieur à 2014. Dans le même temps la fécondité, elle, marque le pas. On pourrait donc croire à un phénomène ponctuel.

La fin d'une stabilité

En fait, une tendance plus générale à l’augmentation de la mortalité s’esquisse en France. Elle vient rompre une relative stabilité qui régnait depuis le milieu des années 1940. « Pendant presque 70 ans, la mortalité se maintenait autour de 550 000 décès par an, souligne Gilles Pison, auteur de l’article et professeur au Muséum national d’histoire naturelle. C’est étonnant car au cours de la même période, la population a augmenté de plus de moitié et elle a vieilli. »

Ce phénomène répondait à deux événements de fond : l’allongement de la vie et ce que les auteurs qualifient d’ « effet des classes creuses ». Ces classes, ce sont les personnes nées pendant la Première Guerre mondiale, deux fois moins nombreuses qu’à l’accoutumée.

Ecoutez...
Gilles Pison, professeur au Muséum d’histoire naturelle : « Quand ces générations sont arrivées aux âges élevés où se concentrent la majorité des décès, cela a entraîné le maintien du nombre annuel de décès à un niveau relativement faible. »

 

Le vieillissement des baby-boomers

Mais l’effet s’essouffle. La plupart de ces personnes nées entre 1915 et 1919 sont décédées. Une nouvelle vague de fond émerge : celle des baby-boomers, aujourd’hui vieillissants. « Ils sont en train de devenir des papy-boomers et arrivent aux âges où l’on meurt ce qui va gonfler le nombre annuel de décès, même si la durée de vie continue de s’allonger », explique Gilles Pison.

S’y ajoutent des phénomènes annuels qui risquent de renforcer la courbe ascendante, comme pour l’année 2015. L’analyse de l’Ined le montre, les grosses épidémies de grippe s’accompagnent d’un pic de mortalité (1927, 1929, 1962, 1969, 2015).

Ecoutez...
Gilles Pison : « L’épidémie en cours, qui est pratiquement à son sommet, est assez peu meurtrière. En revanche, celle de l’an dernier a été très meurtrière, d’où ce pic de mortalité. »


Outre la grippe saisonnière, la météo peut affecter les variations de mortalité. En 2003, année historique de canicule, les épidémiologistes ont ainsi assisté à un « effet de moisson » : « Les personnes âgées et fragiles qui auraient dû mourir en 2004 sont mortes prématurément, ce qui a déprimé les chiffres sur l’année », résume Gilles Pison. Autant de fluctuations qui induisent des variations sur une année. La tendance de fond, elle, est claire : la mortalité va bel et bien augmenter en France.

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"Nous sommes entrés dans une nouvelle période, qui est à l’augmentation des décès" [ Gilles Pison, chercheur à l' Institut national d'études démographiques (Ined) ]

Posté par Pourquoi docteur sur jeudi 10 mars 2016
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