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QUESTION D'ACTU

1 couple sur 10 y a recours

La contraception définitive facilitée

Appréhension des femmes, embarras d'une partie des médecins, restrictions de l'assurance maladie, la contraception définitive ne séduit que 10% des couples. Marisol Touraine souhaite faciliter l'accès à cette méthode.

La contraception définitive facilitée PURESTOCK/SIPA

  • Publié 16.07.2012 à 06h00
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Préservatif, pilule, anneau, implant… Les contraceptifs temporaires n’ont plus de secret pour la plupart des couples. Mais les contraceptifs définitifs ? La question effraie. Sur les forums internet, rares sont les femmes ou les hommes qui osent en parler. « Je ne souhaite pas me faire ligaturer les trompes même si je ne souhaite plus d'enfant aujourd'hui, témoigne Juliette, 35 ans et 3 enfants. Qu’en sera-t-il demain ? On ne sait pas ce que la vie nous réserve… On peut changer de partenaire et avoir envie d'un projet de bébé commun.  Elise, 40 ans, a dû subir une interruption volontaire de grossesse (IVG) « malgré la pilule », selon elle, son gynécologue « ne lui avait jamais parlé des méthodes de contraception définitive ».
Pourtant depuis la loi de 2001 sur l’IVG et la contraception, toute personne majeure peut avoir accès aux techniques de contraception définitive. Pour le Pr Francis Puech, le président du Collège national des gynécologues obstétriciens (CNGOF), « C’est vrai qu’un médecin peut refuser de pratiquer l'intervention, mais il a l'obligation de vous adresser à un confrère ». La sérilisation à visée contraceptive a été jusqu’en 1999 considérée comme une mutilation par le Code de déontologie médicale.
Pour Francis Puech, « aujourd’hui les réticences viennent aussi des patientes, quant aux hommes c’est pire, ils ont tendance à fuir. Les raisons sont psychologiques et culturelles, la peur du regret pour les femmes, la peur de perdre une part de virilité pour les hommes ». D’ailleurs, le législateur a imposé en 2001 un délai de réflexion obligatoire de 4 mois entre la première consultation où la personne majeure fait volontairement ce choix et l’acte médical.

Pr Francis Puech, président du  Collège national des gynécologues obstétriciens: « Actuellement la loi dit que toute personne peut demander une contraception définitive. »


La contraception définitive reste aussi un tabou par manque d’information et d’éducation. En septembre 2011, le Planning Familial rappelait qu’en France « le manque d’informations, les difficultés d’accès, les coûts et les idées reçues restent des freins majeurs à la maîtrise de la fécondité. A quand une éducation à la sexualité pour tous à raison de 3 séances par an et par année d’âge, comme la loi de 2001 le prévoit ? A quand le remboursement de tous les moyens de contraception, seul garant d’un véritable choix ?  A quand l’accès et la gratuité pour tous les jeunes, filles et garçons, en toute confidentialité, de tous les moyens de contraception ? »  Cela vaut aussi pour la contraception définitive. Les chiffres sont là. En France, 10% des couples en moyenne choisissent la stérilisation comme moyen contraceptif, contre 49% aux Etats-Unis et 61 % au Canada.

Un remboursement pour toutes les femmes

Les choses vont peut-être changer. Il ya quelques jours, la ministre des Affaires sociales et de la Santé s’est dite favorable à « un accès facilité à la contraception définitive ». Marisol Touraine souhaite ainsi que l’assurance maladie rembourse toutes les méthodes de contraception définitive, quel que soit l’âge de la femme.
Il existe aujourd'hui deux techniques possibles. « Le gynéocologue peut sectionner ou ligaturer les trompes à l’aide de fils non résorbables, des clips ou des anneaux, explique le Pr Puech. L’intervention chirurgicale se fait par coelioscopie, en milieu hospitalier. 
Mais depuis 2002, il existe une autre méthode qui consiste à obstruer les trompes à l’aide d’un petit ressort. La pose se fait aussi en milieu hospitalier mais en ambulatoire, par les voies naturelles, donc sans incision, ni cicatrice. Il faut 3 mois pour que l’obstruction soit totale, délai pendant lequel une autre contraception est nécessaire. Et un contrôle est ensuite obligatoire pour vérifier que les trompes sont bien bouchées. » Le problème, c’est que cette dernière méthode plus simple n’est plus remboursée par l’assurance maladie pour les femmes de moins de 40 ans, sauf si elles présentent une contre-indication à la grossesse et une intolérance aux contraceptions temporaires. Du coup, les femmes de moins de 40 ans qui souhaitent librement avoir accès à cette technique non invasive doivent débourser près 1 300 euros…

Cette mesure prise en août 2010 par l’assurance maladie, qui va à l’encontre de l’esprit de la loi de 2001 sur l’IVG et la contraception, pourrait être annulée prochainement. C’est le souhait des professionnels de santé qui n’ont pas compris les réticences de l’assurance maladie à l’égard d’une technique non chirurgicale efficace et indiquée pour toutes les femmes quel que soit leur âge selon un avis de la Haute Autorité de santé (HAS) en 2007.

Pr Francis Puech: « La méthode est en définitive moins coûteuse pour la sécurité sociale. »


Le CNGOF a saisi en 2011 le Conseil d’Etat. Le Planning familial a aussi milité contre cette « mesure discriminatoire » de l’assurance maladie en déposant un recours auprès du Défenseur des droits. Un recours accepté par le Défenseur des droits qui a aussi rappelé qu’en France « le taux d’IVG est encore élevé pour les femmes ayant plus de 35 ans ». En 2004, plus de 29 000 femmes âgées entre 35 et 39 ans ont eu recours à une IVG selon la DREES. « Il est permis de penser qu’un dispositif plus simple et moins coûteux serait de nature à limiter le nombre d’IVG et répondrait ainsi à un objectif de santé publique », soulignait Dominique Baudis, le Défenseur des droits.
Et du côté des hommes, la contraception définitive est-elle remboursée ? « Oui, la vasectomie, qui consiste à bloquer les canaux déférents, est en grande partie remboursée par l’assurance maladie, rappelle le Pr Puech. Comme toute opération chirurgicale, cela peut comporter des risques mais il faut savoir que la vasectomie entraîne environ 20 fois moins de complications que la ligature des trompes chez la femme. »

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