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Pendant huit mois

Sida : l'effet protecteur d'un inhibiteur sur les singes

Des chercheurs américains ont mis au point une substance injectable efficace pendant des mois contre l'infection par le virus du sida.

Sida : l'effet protecteur d'un inhibiteur sur les singes SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

  • Publié 19.02.2015 à 16h37
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Des chercheurs américains ont mis au point une substance anti-sida, qui s’est révélée efficace pendant des mois sur des singes et pourrait mener à un traitement à effet prolongé contre le VIH chez les humains. Ces travaux sont relatés dans la revue Nature.

Les scientifiques ont mis au point un « inhibiteur très puissant et à large spectre » agissant sur le VIH-1, le principal type de virus du sida présent dans le monde. La substance en question est un composé baptisé eCD4-Ig. Elle est le fruit de plusieurs années de recherche principalement réalisée par The Scripps Research Institute, un centre de recherche à but non lucratif basé en Floride.

Aucun singe contaminé
La molécule agit en neutralisant deux récepteurs du VIH nécessaires au virus pour entrer dans les cellules. Ce double mode d'action assure au produit une efficacité inhibitrice plus grande contre les différents types de virus du sida, y compris ceux réputés « difficiles à neutraliser ». 
Selon l’expérimentation conduite sur des macaques, un seule injection du produit offre une « très, très forte protection » contre le VIH et ce, pendant au moins huit mois.

En effet, au cours de l’expérience, les macaques ont été soumis à des doses de plus en plus fortes de la version singe du virus du sida (SHIV-AD8). Or, aucun des animaux n'a développé d'infection, contrairement aux singes témoins non traités avec eCD4-Ig. Pour assurer cet effet prolongé, le composé a été associé à un virus de type adéno-associé (AAV). Ce virus inoffensif est capable de s'introduire dans les cellules pour leur faire fabriquer indéfiniment la protéine protectrice et créer ainsi un effet anti-sida de longue durée.

Efficace un an après
Selon les chercheurs, l’effet protecteur serait efficace pendant au moins 34 semaines, malgré des doses de SHIV quatre fois supérieures à celles ayant suffi à infecter les macaques témoins. Un an après leur traitement, les macaques continueraient d’être protégés, malgré des doses huit à 16 fois supérieures aux doses infectieuses.

« Cette protection est bien meilleure que n'importe quelle protection décrite pour des vaccins conventionnels ou non conventionnels, estime le Pr Michael Farzan, qui a dirigé l’étude. Bien sûr, des études supplémentaires sont nécessaires sur la sécurité du produit, aussi bien chez les macaques que chez l'homme ». L’expérimentation sera présentée lors de la grande conférence annuelle CROI sur les rétrovirus et infections opportunistes qui se tiendra à Seattle aux Etats-Unis du 23 au 26 février.

« Excellente communication de l’équipe scientifique »
Pour autant, il ne convient de ne pas exagérer sa portée  immédiate. En effet, l’application du composé à l’homme pourrait prendre plusieurs années. L’innocuité sur l’animal et l’humain de cette protéine artificielle, eCD4-Ig, n’a pas encore été démontrée, si ce n’est sur quatre singes. Quant à son efficacité sur l’être humain, elle reste, pour le moment, de l’ordre du fantasme.

« En fait, la vraie originalité de cette étude est d’avoir ciblé deux transmetteurs, estime le Pr Jean-François Molina, chef du Service des Maladies Infectieuses et Tropicales de l'hôpital Saint Louis. Normalement, la thérapie génique permet d’en bloquer un seul, mais le virus a tendance à en utiliser un autre. Là, on en bloque deux. Mais il ne faut pas oublier que le VIH a une très forte capacité d’adaptation. Il est fort probable qu’il se fixera sur un autre transmetteur ». D’autre part, souligne-t-il, les succès de la thérapie génique restent encore limités à ce jour.

Par ailleurs, Jean-François Molina relève certains biais dans l’étude. « Les macaques ont été infectés par voie intraveineuse, par exemple. Or, au sein de la population humaine, la transmission du virus se fait surtout par voie muqueuse ». Au delà d’une « excellente communication de l’équipe scientifique », il convient donc de resituer l’étude dans son contexte. La bataille contre le virus du Sida n’est pas encore gagnée…

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