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QUESTION D'ACTU

Soignants

La maltraitance à l'hôpital sort de l'ombre

Les langues se délient, la maltraitance ordinaire dans les établissements de santé est en hausse parmi les plaintes au Défenseur des droits en 2011. Ce critère est intégré dans la certification des hôpitaux.  

La maltraitance à l\'hôpital sort de l\'ombre

  • Publié 29.06.2012 à 08h25
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Entendre l’équipe médicale discuter de votre cas comme si vous n’étiez pas là,  attendre à demi-nu dans un couloir d'hôpital pendant plusieurs heures sans que personne ne vous apporte une couverture, être délaissé toute une journée dans un lit souillé sans possibilité d’atteindre la sonnette pour alerter …
Ces maltraitances, dites ordinaires par opposition aux actes volontaires et délictueux, sont en hausse parmi les plaintes reçues en 2011 par le Défenseur des droits. Dans le rapport remis lundi au président de la République par Dominique Baudis, 3000 plaintes concernaient la santé et les questions de maltraitance et de violence représentaient 22% des ces requêtes.
On observe depuis quelques années une augmentation légère mais constante, de l’ordre de 2% par an, de la part de la maltraitance dans l’ensemble des plaintes émises par les Français. Est-ce le reflet d’un système de santé si dépassé qu’il laisse s’installer des pratiques de négation de la dignité du patient ? La sociologue Véronique Ghaldi, qui a enquêté sur cette maltraitance ordinaire en 2010,pour la Haute autorité de santé, a une explication plus optimiste. Non, le système de soins n’est pas plus maltraitant qu’auparavant. C’est la maltraitance qui n’est plus passée sous silence, notamment par les proches des plus vulnérables : enfants, personnes âgées, handicapés et détenus.

Véronique Ghaldi, sociologue et chef de projet à la Haute autorité de santé : « La parole s’est libérée, maintenant les proches osent dénoncer la maltraitance »



Le cercle vicieux de la violence
Cette parole libérée est un soulagement pour les professionnels eux-mêmes. Les aides-soignantes et les infirmières font partie des professions les plus investies dans la promotion de la bientraitance au moment des toilettes notamment. Du côté des médecins, la problématique est plus complexe. C’est souvent la mauvaise communication ou la dissimulation d’informations par le médecin qui sont perçues comme méprisantes et maltraitantes par le patient.
Cette nécessaire évolution du discours médical est plus lente à se mettre en œuvre. Mais côté professionnels aussi, le tabou est tombé, on ne s’abrite plus derrière la minimisation. Le contexte actuel de l’hôpital, qui cristallise toutes les tensions du système de soins et de la société elle-même, peut faire le lit de comportements maltraitants. Les soignants soumis à un quotidien de plus en plus difficile où l’agression verbale ou physique par un patient n’est plus exceptionnelle en viennent à transférer leur agressivité vers les autres malades, comme une forme d’autoprotection.

Loïc Ricour, directeur du pôle Santé du défenseur des droits : «  Les professionnels transfèrent sur les malades la violence qu’ils subissent au quotidien »



Une équipe ne peut donc pas décider de façon isolée de « devenir bientraitante ». Tous les échelons de la hiérarchie doivent s’impliquer. « C’est une politique, une philosophie du soin qui doit se déployer de la direction jusqu’au lit du malade », résume Véronique Ghaldi. Et ce d’autant plus qu’un fonctionnement d’établissement bientraitant permet de repérer beaucoup plus rapidement les actes de maltraitance volontaire plus graves commis par des soignants. Pour l’AD-PA, l’association des directeurs au service des personnes âgées, la lutte contre la maltraitance doit même venir du sommet de l’Etat avec la réforme de la prise en charge de la dépendance et la création d’une prestation universelle d’aide à l’autonomie, c’est-à-dire l’ajout d’une 5e branche à notre système de protection sociale.

 

Romain Gizolme, chargé de mission pour l’Association des directeurs au service des personnes âgées : « Les moyens humains actuels ne permettent pas la bientraitance »


Les hôpitaux jugés sur la bientraitance

Les orientations du gouvernement Ayrault sur la question de la dépendance devraient être plus précises au terme de la Conférence sociale qui doit réunir ministres et partenaires sociaux les 9 et 10 juillet. En attendant, des changements sont déjà à l’œuvre contre la maltraitance.
La Haute autorité de santé a intégré la lutte contre la maltraitance dans les critères de certification des hôpitaux et prépare un guide pratique et des outils pour le déploiement d’une politique de bientraitance pour la rentrée. La Croix-Rouge a mis en place en avril une équipe mobile dont la vocation est d’aller sur le terrain pour prévenir les situations de maltraitance, notamment contre les personnes âgées, au sein des établissements qu’elle gère. Et il existe désormais un numéro vert le 3977 contre la maltraitance des personnes vulnérables qui a permis de mettre en évidence qu’elle vient parfois d’où on ne l’attend pas : 80% des cas signalés de mauvais traitements sont infligés dans l'intimité du domicile des personnes âgées par leurs aides à domicile et leur propre famille.

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