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Traitements

Vent de suspicion chez les diabétiques

Plusieurs études mettent en cause le traitement de référence chez les diabétiques de type 2. Des attaques dénoncées par plusieurs spécialistes mais qui jettent le trouble chez les patients.

Vent de suspicion chez les diabétiques DURAND FLORENCE/SIPA

  • Publié 24.04.2012 à 10h05
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Depuis près de 15 ans, les diabétiques de type 2 sont traités grâce à la metformine. C’est le medicament de référence pour les deux millions de français dqui vivent avec un diabète non-insulino dependant. Prescrit depuis des années en première ligne, la metformine est pourtant dans l’oeil du cyclone. Le 10 avril dernier, une équipe de chercheurs français a publié une étude qui sème le doute. Pour eux, la balance bénéfices-risques ne pencherait pas toujours du bon côté. Selon certaines études, la metformine augmenterait de 64% la mortalité cardiovasculaire, dans d’autres travaux, elle la diminuerait de 32% ! “On ne dit pas du tout que le traitement n’est pas bon, precise Catherine Cornu, endocrinologue au CHU de Lyon et co-auteur de l’étude. Nous disons juste que l’évaluation des traitements dans le diabète est mal partie depuis le début.”
Une autre revue scientifique reconnue enfonce le clou. Le British Medical Journal (BMJ) a réalisé une méta-analyse, autrement dit, il a épluché plusieurs études portant sur le même sujet : l’association metformine et insuline. Et là aussi les questions sans reponse s’accumulent et du coup, le doute s’imisce. Certes, l’efficacité de la bithérapie sur la perte de poids ou sur la baisse du taux d’hémoglobine glyquée est confirmée, mais ça coince du côté de la mortalité. A ce jour, selon les auteurs, il n’y a aucune preuve d’un éventuel bénéfice de cette association sur la mortalité. En fait, les études manquent cruellement pour trancher cette question. Et il faudrait qu’elles portent sur des millions de malades.

Mais, pour le Pr Serge Halimi, diabétologue au CHU de Grenoble, cette attaque contre la metformine reflète une tendance plus générale, celle de la suspicion généralisée sur l’ensemble des traitements contre le diabète.

 

Cette attaque en règle contre les traitements du diabète, dénoncée par le Pr Halimi, pourrait bien avoir vécue. Pour preuve, les associations américaines et européennes du diabète viennent de publier de nouvelles recommandations. Pour elles, la metformine n’est non seulement pas remise en cause mais elle est même confirmée dans sa position de première ligne. Dès que le diagnostic de diabète est posé, le patient doit être mis sous Metformine. Et si ce traitement ne suffit pas, les deux associations estiment qu’il faut ajouter de l’insuline ou n’importe quel autre antidiabétique. Cependant, ces recommandations émises le 19 avril n’ont évidemment pas réussi à effacer des années de remise en cause.
D'ailleurs, du côté des patients, le temps de la confiance aveugle dans les traitements est bien finie. Plusieurs événements récents ont écorné cette confiance. Dans les années 2008, 2009, 2010, deux antidiabétiques – la rosiglitazone et la pioglitazone – ont été mis en accusation. L’un pour ses risques cardiovasculaires et l’autre pour ceux concernant le cancer de la vessie. Ils ont fini par être tous les deux retirés du marché. Une decision qui n’a pas toujours fait l’unanimité dans la communauté médicale. Pour beaucoup de diabétologues, la pioglitazone constituait en effet le seul traitement possible pour les patients résistants à l’insuline.
Autant dire que la publication par l’Agence française des sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), en janvier 2011, de la liste des 77 médicaments sous surveillance a semé le trouble. “Les patients étaient complètement égarés, se souvient le Pr Serge Halimi. Selon les regions, ils arrivaient dans nos cabinets avec leur quotidien régional sous le bras et ils nous montraient les gros titres. J’ai quatre medicaments sur cette liste, docteur, que dois-je faire ? J’ai essayé de leur expliquer la difference entre medicaments sous surveillance et medicaments dangereux”, explique le diabétologue. Cette médiatisation des risques lies aux medicaments fait des vagues chez tous les malades souffrant de maladies chroniques. C’est le cas notamment dans l’hypertension.

Jean-Jacques Mourad, president du comité français pour l’hypertention artérielle : “Une lecture en diagonale de résultats d’études peut avoir des conséquences négatives sur l’observance du traitement.”



Pour lever les doutes sur la metformine, la solution la plus radicale consisterait sans doute à mener des études. Mais pour être pertinentes, il faudrait qu’elles portent sur des milliers et des milliers de patients et qu’ils soient suivis pendant des années. Une perspective qui semble peu probable.

Serge Halimi : “Qui va se lancer dans une étude sur une molecule qui est déjà génériquée ? ”.




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