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QUESTION D'ACTU

Article publié dans Circulation

Dépression : un facteur de risque sévère pour le coeur

Douze experts demandent aux cardiologues d’ajouter la dépression dans la liste des facteurs de risque cardiaque au même titre que l’obésité, le tabac ou le diabète.  

Dépression : un facteur de risque sévère pour le coeur HOUIN GERARD/SIPA

  • Publié 26.02.2014 à 12h29
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Et si la dépression était aussi mauvaise pour le cœur que pour l’esprit ? C’est en tout cas ce que suggèrent 12 spécialistes américains dans un article publié dans la revue de cardiologie Circulation. Ce groupe d'experts, comprenant notamment des chercheurs de l'Ecole de Médecine de l'Université Washington de Saint-Louis, recommande à l’American Heart Association, l’une des plus influentes Sociétés savantes de cardiologie, d'inclure officiellement cette pathologie psychique dans la liste des facteurs de risque sévère pour le cœur.

 

Ecoutez le Dr Jean Pierre Houpe, cardiologue à Thionville : « Ils font une tribune pour conseiller aux cardiologues de s’occuper de la dépression non pas avant, mais après l’infarctus, car c’est un facteur de mortalité globale et cardiovasculaire. »

 

Des centaines d’études montrent un lien entre dépression et coeur

Et pour appuyer leur demande, ces spécialistes s’appuient sur un examen approfondi de la littérature scientifique. Ce groupe a donc passé au crible des centaines d'études analysant le lien entre dépression et problèmes cardiaques. Selon eux, la plupart d’entre elles montrent que la dépression est un facteur de risque d’infarctus ou de décès causée par une maladie cardiaque.  

«Ces résultats ne nous surprennent pas, a déclaré le Pr Robert M. Carney, psychiatre à la Faculté de médecine de Saint- Louis de l'Université de Washington. Bien que nous nous doutions que nous allions trouver ce lien, après avoir analysé toutes ces études et effectué une évaluation minutieuse, nous sommes plus que jamais confiants que la dépression est un facteur de risque de mortalité chez les personnes qui ont une maladie cardiaque ».
D’après de nombreux spécialistes et pas seulement ces psychiatres américains, contrairement à la cancérologie par exemple, la cardiologie ne s’intéresse pas encore suffisamment à l’état psychologique de ses patients.

 

Ecoutez le Dr Jean Pierre Houpe : « Après un infarctus ou l’annonce d’un diabète, il y a une phase de deuil, le patient se rend compte que sa vie ne sera plus la même, donc ça perturbe les buts de vie et cela entraîne de la dépression. »

 

Mieux traiter la dépression chez les cardiaques

Le Pr Carney a cependant fait remarquer que contrairement à la perte de poids ou à la réduction de la pression artérielle, aucune étude à leur connaissance, n’a encore pu démontrer que le traitement de la dépression réduit le risque cardiaque. « Malheureusement, très peu d'analyses se sont penchées sur cette question, a t-il précisé. Une seule étude a inclus suffisamment de patients pour déterminer si le traitement de la dépression réduit le risque crise cardiaque. Le résultat a été négatif, mais c'était la première étude de ce genre ». Selon ces experts, d'autres essais cliniques sont nécessaires pour identifier les traitements pouvant améliorer simultanément la santé cardiaque et la dépression.

 

Ecoutez le Dr Jean Pierre Houpe : « Avec les antidépresseurs, le patient va mieux mais son risque cardiaque ne diminue pas. En revanche, l’activité physique ou certaines prises en charge psychologiques, elles, pourraient l’améliorer. »

 

Traiter la dépression autrement pour améliorer la survie

Pour les auteurs de cet article, les traitements disponibles dans la dépression ne fonctionnent malheureusement pas chez tous les patients. Même les meilleurs permettent à seulement près d’un patient sur deux d’être en rémission.
Ainsi, en s’alliant aux cardiologues, les psychiatres espèrent probablement accélérer le développement de nouveaux traitements. Deux des auteurs de cet article vont d’ailleurs entamer prochainement un essai clinique évaluant une nouvelle approche thérapeutique avec peut être plus de succès dans la lutte contre la dépression ainsi que dans la réduction du risque d'événements cardiaques futurs. « Nous croyons que de meilleurs traitements de la dépression peuvent améliorer la survie, concluent les auteurs. Cependant, d'autres recherches seront vraiment nécessaires avant que nous puissions dire que traiter la dépression peut améliorer la santé cardiaque ou la survie chez les patients atteints de la maladie de cœur ».

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