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Opérer jour et nuit

Le manque de sommeil des chirurgiens n'entraîne pas d'erreurs

Il n’y a pas plus de complications, d’accidents ou de décès lors des interventions pratiquées par des chirurgiens qui ont opéré toute la nuit précédente, affirme une étude canadienne.

Le manque de sommeil des chirurgiens n'entraîne pas d'erreurs M.LIBERT / 20 MINUTES / SIPA

  • Publié 06.11.2013 à 07h30
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Ce n’est pas la peine de scruter avec angoisse les cernes de votre chirurgien avant d’entrer au bloc opératoire. Une étude canadienne publiée dans la revue le JAMA sur plus de 10 000 patients démontre qu’il n’y a pas plus de risque à être opéré par un chirurgien qui vient de passer sa nuit à opérer plutôt que par un de ses confrères frais et reposé.


Les auteurs se sont concentrés sur une opération, l’ablation de la vésicule biliaire, réalisée soit par des chirurgiens qui avaient opéré entre minuit et 7h du matin, soit par des chirurgiens de repos la nuit précédant l’opération. Résultats ? Pas de différence significative pour les patients : pas plus de complications nécessitant d’ouvrir largement l’abdomen alors que la vésicule se retire normalement grâce à une caméra via de toutes petites incisions (2,2% contre 1,9%), pas plus de blessures iatrogéniques, c’est à dire de vaisseaux ou d’organes accidentellement touchés pendant l’opération (0,7% contre 0,9%) et pas plus de décès (0,1%), que le chirurgien ait dormi la veille ou pas.


Le manque de sommeil affecte les tâches monotones

Dans l’éditorial qui accompagne cette étude, deux chirurgiens de Boston, les Prs Zinner et Fresichlag, apportent une explication : le manque de sommeil affecterait plutôt les tâches monotones. « Les pilotes ne s’endorment pas pendant les décollages ni les atterrissages, les routiers ne s’endorment pas pendant qu’ils font une manœuvre ni les astronautes lorsqu’ils rentrent dans l’atmosphère. Opérer est une tâche qui requiert un haut niveau de concentration, des années d’entrainement et qui n’est pas monotone », précisent les deux spécialistes. Ils soulignent également les vertus réparatrices de la sieste, en citant notamment une étude de la NASA montrant que 40 minutes de sieste suffisent pour augmenter le niveau de performance d’un astronaute de 34% et son niveau de vigilance de 100%.


Les auteurs de l’éditorial plaident donc pour que l’on fasse confiance aux chirurgiens pour décider eux-mêmes s’ils sont en mesure d’opérer ou non. « Chaque chirurgien doit auto-évaluer objectivement son niveau de fatigue et déterminer honnêtement si ses compétences chirurgicales après une nuit à opérer seront les mêmes qu’après une bonne nuit de sommeil. La sécurité des patients et le bien-être des chirurgiens ne méritent pas moins », écrivent les Prs Zinner et Fresichlag. Encore faut-il que la situation ne se reproduise pas plusieurs jours d’affilée, ce qui est, en théorie, interdit par la loi en France, pour les chirurgiens et pour leurs internes.

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