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QUESTION D'ACTU

Analyse du cycle cellulaire

Cancer de la prostate : un test pour éviter la moitié des traitements

Un nouveau dépistage du cancer de la prostate permet de distinguer les tumeurs à haut risque et celles qui n’évolueront pas. Il permet d’éviter la moitié des traitements qui sont inutiles.

Cancer de la prostate : un test pour éviter la moitié des traitements SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

  • Publié 05.11.2013 à 19h46
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En France, un cancer de la prostate sur deux est traité inutilement, faute de dépistage efficace. Le National Cancer Research Institute (NCRI) a présenté ce 5 novembre, à l’occasion de son congrès annuel, un nouveau test génétique qui distingue le degré de virulence du cancer de la prostate avec une biopsie. Ce test est mis au point par la start-up Myriad Genetics

 

Quelle est la nouveauté ?

Pour évaluer l’agressivité potentielle d’un cancer de la prostate, un seul outil est disponible aujourd'hui. Il s’agit d’une analyse sanguine qui mesure le niveau de PSA, antigène prostatique spécifique. Le seuil de normalité est de 4ng/ml de sang. Au-delà, des examens complémentaires sont requis pour détecter un éventuel cancer (toucher rectal, biopsie…). Mais ce test n'est pas efficace : il n'exclut pas le risque de cancer sous le seuil, et les patients au-dessus du seuil n'ont pas forcément de cancer invasif.

 

Le « Prolaris score » est un nouveau test qui se porte sur certains gènes impliqués dans le cycle de vie des cellules. Il s’appuie sur la progression du cycle cellulaire (CCP), c'est-à-dire qu'il analyse comment les cellules évoluent de leur naissance à leur division. En observant le niveau d’activité de ces gènes qui dirigent la division cellulaire, les médecins peuvent prédire si la tumeur deviendra agressive ou non. Les résultats présentés au congrès du NCRI s’appuient sur cinq études de cohortes. Dans chaque cas, les patients étaient en majorité diagnostiqués à faible risque (67% en moyenne) et à chaque niveau de risque officiel, le Prolaris score fournissait des résultats variables entre patients de même niveau. Il fait donc preuve d'une grande précision.

 

Le potentiel d’un tel test n’est pas négligeable : il permet de prédire quels patients ont besoin d’un traitement pour leur cancer (prostatectomie, curiethérapie…) et ceux qui doivent simplement être surveillés. Selon le Pr François Desgrandchamps, urologue à l’hôpital Saint-Louis de Paris, ce test pourrait être associé au score de Gleason, qui analyse la structure tissulaire de la prostate, pour prévoir quelles tumeurs sont à risque.

 

Ecoutez le Pr François Desgrandchamps, urologue à l’hôpital Saint-Louis (Paris) : « Ce nouveau test qui fait appel à l’expression des gènes du cycle cellulaire permet d’améliorer encore la prédictivité de l’agressivité des cancers de la prostate. »

 

Quel est son intérêt ?

Insérer le Prolaris score dans le processus de dépistage du cancer de la prostate présente plusieurs avantages. Il permet un dépistage plus précis que les méthodes actuelles mais aussi plus fiable. Selon une étude publiée en avril 2013 dans le Journal of Clinical Oncology, la fiabilité du test était estimée à 77%.

 

On estime que la moitié des cancers de la prostate sont traités inutilement. Le Prolaris score, en différenciant les cancers de haut grade et ceux indolents, favorise une meilleure prise en charge des patients. Dans la plupart des cas, le cancer de la prostate évolue lentement, voire pas du tout, et de façon asymptomatique. Cela n’empêche pas la majorité des patients diagnostiqués de recevoir un traitement lourd et avec des effets secondaires. Pourtant, selon des essais randomisés, les chances de survie ne varient pas après une opération ou une chimiothérapie sur des tumeurs à croissance lente. Ce test pourrait régler la question : si la tumeur est à risque, le patient est traité rapidement. Si ce n’est pas le cas, le patient n’a pas à subir des traitements lourds.

 

Ecoutez le Pr François Desgrandchamps : « On ne perd pas de chances de guérison si le cancer évoluait et on évite à beaucoup de patients des traitements inutiles. »

 

Le parcours ne change pas

Ce test comporte toutefois des limites. Il demande à ce qu’une biopsie soit réalisée, puisqu’il analyse la tumeur elle-même. Le parcours de dépistage n’est donc pas modifié : le dosage du PSA est effectué. Selon les résultats, le patient doit subir des IRM et des biopsies de la prostate pour diagnostiquer le cancer. Ce n'est qu'à se niveau qu'intervient le Prolaris score.

 

Les méthodes non-invasives sont très attendues des médecins spécialisés. Elle permettraient de déterminer en amont si la tumeur est agressive ou non. En février dernier, la revue Cancer Medicine publiait une recherche sur les gènes de fusion pour identifier la virulence des tumeurs. Une équipe de chercheurs propose un test urinaire pour détecter des marqueurs du cancer,  avec le même résultat que le Prolaris score. Le Pr Desgrandchamps salue toutefois « un petit plus » par rapport au score de Gleason.

 

Ecoutez le Pr François Desgrandchamps, urologue : « L’idéal pour nous, c’est un test urinaire qui permet de savoir a priori qui aura besoin d’une biopsie. »

 

L’Europe comme l’Amérique du Nord encouragent à un meilleur dépistage et moins de traitements pour ne plus faire souffrir inutilement les patients. La mise en place d’un score basé sur le cycle cellulaire pourrait éviter la moitié des traitements contre le cancer de la prostate et donc éviter aux hommes des effets secondaires lourds et inutiles. Une mesure d’autant plus urgente que la Haute Autorité de Santé (HAS) ne juge pas le dosage du PSA comme un dépistage efficace.

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