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QUESTION D'ACTU

L'interview du week-end

«Le syndrome post-réanimation est composé de trois entités»

Qu’est-ce que le syndrome post-réanimation ? Deux médecins nous l’expliquent dans l'interview du week-end. 

\ Georgiy Datsenko / istock.




Alors que l’épidémie de Covid-19 reprend, Guillaume Thiéry, professeur de médecine intensive réanimation et chef de service de réanimation polyvalente au CHU de St-Étienne, et Nicolas Terzi, professeur des Universités à l'Université de Grenoble et praticien hospitalier au CHU Grenoble Alpes, nous livrent leurs connaissances sur le syndrome post-réanimation, encore mal connu du grand public et des professionnels de santé.

Pourquoi docteur - Depuis quand connaît-on l’existence du syndrome post-réanimation ?

Guillaume Thiéry et Nicolas Terzi - L’épidémie de Covid-19 a mis en lumière le syndrome post-réanimation, mais il a été décrit officiellement pour la première fois en 2012.

Est-ce une pathologie bien connue ?

Non, car jusqu’à il y a peu, les médecins s’intéressaient uniquement à ce qui se passait en réanimation, et pas à l’après. Par ailleurs, les médecins généralistes ne font pas toujours le lien entre le séjour en réanimation et les symptômes dont se plaignent les patients après leur sortie.

Le syndrome post-réanimation touche-t-il seulement les personnes contaminées par la Covid-19 ?

Non, le syndrome post-réanimation peut toucher toutes les personnes ayant été en réanimation, que ce soit à cause de la Covid-19 ou d’une autre pathologie.

Qu’est-ce qui peut favoriser l’apparition d’un syndrome post- réanimation ?

Le syndrome post réanimation peut être favorisé par trois facteurs : le caractère invasif des techniques de suppléances d’organe utilisées, la sévérité de la pathologie qui implique l’hospitalisation en réanimation et la durée du séjour en réanimation. Si l’intervention médicale est lourde, si la maladie causale est grave et si la réanimation est longue, la personne aura plus de risques de développer un syndrome post-réanimation. On sait aussi que lorsque la personne en réanimation ne peut pas voir ses proches, comme cela a été le cas au début de l’épidémie de Covid-19, elle récupère moins bien.

Y a-t-il un profil de personnes plus touché que d’autres ?

Non, les femmes ne sont pas plus touchées que les hommes et inversement. Idem concernant les jeunes et les moins jeunes.

Sait-on combien de personnes souffrent du syndrome post-réanimation après avoir été hospitalisées à cause de la Covid-19 ?

Largement plus de la moitié des patients qui ont été hospitalisés en réanimation à cause de la covid-19 souffrent d’un syndrome post-réanimation, à des degrés divers.

Quels sont les symptômes du syndrome post-réanimation ?

Le syndrome post-réanimation est composé de trois entités : les séquelles physiques, les séquelles cognitives et les séquelles psychologiques.

Les séquelles physiques peuvent inclure une perte musculaire, une fatigue chronique, des raideurs au niveau des articulations, des troubles de la déglutition, des difficultés respiratoires, des problèmes pour uriner et une vie sexuelle perturbée, même si ce dernier aspect est encore peu connu.

Les problèmes cognitifs peuvent être des difficultés de concentration, de lecture ou d’organisation des idées.

Psychologiquement, les personnes atteintes d’un syndrome post-réanimation peuvent aussi faire des cauchemars, souffrir d’anxiété et de dépression, ou encore développer un syndrome de stress post-traumatique.

Combien de temps durent-ils ?

Les patients peuvent souffrir de symptômes jusqu’à cinq ans après leur hospitalisation, et certaines séquelles sont malheureusement définitives. Néanmoins, la majorité des problèmes peuvent disparaître s’ils sont bien pris en charge.

Peuvent-ils être handicapant dans la vie de tous les jours ?

Oui, un syndrome post-réanimation peut empêcher de reprendre une vie familiale, amoureuse, sociale ou professionnelle normale.

Que conseillez-vous aux personnes qui sortent d’un séjour en réanimation ?

Il ne faut pas qu’elles minimisent leurs symptômes, en se disant par exemple que c’est normal d’être tout le temps fatigué après un séjour à l’hôpital. Si des difficultés persistent, il faut consulter son médecin généraliste, en lui précisant qu’il y a eu un passage en réanimation, et en lui demandant de prendre contact avec les équipes de réanimation qui ont géré le problème.

Un suivi psychologique leur est-il proposé ?

Malheureusement non, c’est un maillon faible du système, dû surtout au fait qu’il n’y a pas assez de moyens mis dans la psychiatrie en France, donc pas assez d’offres de soin.

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