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Addiction au sexe : «les supports pornographiques peuvent favoriser cette dépendance»

Le Dr Lazartigues, sexologue et psychiatre, fait le point sur l'addiction au sexe, qui génère une véritable dépendance. 

Addiction au sexe : \ M-Production/iStock


  • Publié le 25.06.2022 à 18h00
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- Pourquoi docteur : En 2018, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avait classé "les comportements sexuels compulsifs" comme un "désordre mental", sans pour autant parler de "maladie addictive". Prochainement, l’autorité sanitaire va inclure, dans sa 11ème classification internationale des maladies, le diagnostic de ce trouble, basé sur des critères similaires à ceux proposés pour détecter une addiction sexuelle. En quoi s’agit-il d’une bonne chose ?

Anne-Marie Lazartigues : J’approuve cette démarche, car elle confirme le caractère maladif de ces comportements sexuels compulsifs. De plus, l’inscription de ce trouble pourra améliorer la prise en charge des patients souffrant d’une addiction sexuelle.

- Colin Farrell, Tiger Woods, Michael Douglas… Bon nombre de célébrités ont confié souffrir d’une addiction sexuelle. Mais qu’est-ce que c’est réellement ?

Pour rappel, une addiction correspond à un comportement répétitif et compulsif que l’on continue d’avoir même si l’on peut observer ses effets négatifs dans la durée. Cette dernière s’inscrit dans un cycle. Dans le cadre d’une addiction sexuelle, le patient est obsédé par le fait de vouloir, par exemple, se masturber plusieurs fois ou de regarder des contenus pornographiques. Il va chercher à satisfaire ses besoins à n’importe quel moment de la journée, même si ces comportements sexuels compulsifs peuvent poser un problème vis-à-vis des personnes qui l’entourent, car cela a un impact sur le circuit de la récompense et va entraîner des effets neurobiologiques.

- Cette dépendance au sexe est-elle plus fréquente chez les hommes ou les femmes ?

En général, les hommes sont plus demandeurs que les femmes. Ainsi, ils sont plus susceptibles de souffrir d’une addiction sexuelle. Durant les thérapies de couple, dans environ 90 % des cas, un des membres du couple se plaint que l’autre ne s’adapte pas à ces désirs sexuels. La plupart du temps, ce sont les hommes qui tiennent ce discours. Ils disent que s’ils se contentaient de suivre les désirs sexuels de leur femme, ils feraient l’amour une fois par semaine ou une fois par mois, selon les âges, tandis qu’ils aimeraient le faire plus souvent.

- Quels facteurs favorisent la survenue de ce trouble addictif ?

Chez les jeunes, lorsque leurs premières relations sexuelles sont satisfaisantes, ils vont souvent vouloir satisfaire leurs désirs sexuels, cela peut entraîner l’apparition d’une addiction au sexe. Par exemple, aller sur les sites ou les applications de rencontre peut devenir compulsif, car ces plateformes permettent de répondre à leurs besoins. Les supports et les produits pornographiques peuvent également favoriser cette dépendance au sexe.

- Comment se manifeste une addiction sexuelle ?

Ce trouble addictif se traduit par une incapacité à résister à ses envies et à ses désirs sexuels. Les patients qui en souffrent continuent d’avoir des comportements sexuels fréquents et intenses, tels qu’une masturbation excessive, la séduction compulsive ou encore la fréquentation excessive de clubs ou saunas échangistes, malgré les risques physiques, émotionnels et sociaux. Tout au long de ce cycle répétitif, la personne ne parvient pas à se contrôler.

- Quelles sont les conséquences délétères d’une addiction sexuelle ?

Cette dépendance au sexe augmente les risques de contracter des infections sexuellement transmissibles (IST), car au cours des nombreuses relations sexuelles, qui permettent de satisfaire les désirs, il peut arriver d’oublier de se protéger. Cette addiction peut également éloigner le patient de ses proches, car elle demande du temps. Elle peut aussi entraîner des sentiments de honte et une déprime et conduire à une dépression.

- Comment est-elle prise en charge ?

Il n’existe pas de traitement médicamenteux pour soigner l’addiction sexuelle, sauf si son origine est associée à un trouble de la personnalité. Pour traiter cette dépendance au sexe, le patient consulte un addictologue, un sexologue ou un psychiatre. Il peut réaliser une thérapie de pleine conscience ou se tourner vers une approche psychanalytique afin de travailler sur l’analyse de ses comportements, des situations à risques et trouver des comportements dits « alternatifs » (évitement, relaxation…).

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