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QUESTION D'ACTU

L'entretien de la semaine

«Avec les avancées dans la prise en charge du diabète, Il y a aujourd'hui des améliorations de glycémie spectaculaires !»

A l'occasion de la journée mondiale de cette maladie ce dimanche 14 novembre, une enquête a été réalisée sur la perception que les Français ont du diabète*. Pour plus de 80% d'entre-eux, le risque de développer la maladie n'est pas clairement identifié alors que sa prévalence continue d'augmenter. Et les patients soulignent l'importance de son impact psychologique et la stigmatisation qu'elle peut générer. Sur tous ces points, Pourquoi Docteur a recueilli les réactions du Pr Serge Halimi, diabétologue au CHU de Grenoble.

\ Kwangmoozaa/iStock

  • Publié le 14.11.2021 à 09h00
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- Pourquoi Docteur : Le diabète touche aujourd’hui plus de 3,5 millions de personnes en France. Comment évolue la prévalence de cette maladie ?

Pr Serge Halimi : Indéniablement, l’augmentation de la prévalence du diabète est une réalité mondiale. En France, après une période couvrant les deux ou trois dernières décennies où la hausse des cas de diabète de type 2, c’est-à-dire concernant principalement les adultes, a été assez constante, nous avons des données depuis à peu près deux ans qui montrent non pas un plateau mais une moindre augmentation du nombre de nouveaux cas. Mais le nombre de cas ignorés reste par définition mal connu. On ne peut avoir que des hypothèses quand on regarde certains échantillons de population mais on ne peut avoir qu’une fourchette qui reste entre 700 000 et 800 000 personnes qui seraient diabétiques sans le savoir ou qui auraient été diagnostiquées mais sans avoir déclaré leur diabète comme une affection de longue durée.

- Une enquête réalisée par l’IFOP pour le laboratoire Sanofi en octobre dernier indique que moins de 20% des Français sont sensibilisés au risque de développer un diabète. Ce risque serait-il sous-estimé ?

Ce chiffre est en effet assez surprenant. Nous pensions que l’on allait avoir de plus en plus de dépistages précoces et donc de personnes qui n’ignoraient pas leur maladie. Cette étude indique que nombre de personnes à risque d’être diabétiques ne le savent pas ou bien ne sont pas véritablement dépistées, dans une proportion en effet très élevée et sans doute plus élevée qu’il y a une dizaine d’années. C’est préoccupant. On peut penser que cela concerne certaines populations et pas d’autres : quand on est dans une région à forte médicalisation, peut-être ignore-t-on que dans d’autres territoires il y a un manque d’information, c’est possible.

- Malgré les avancées en termes de contrôle et de traitements, le diabète, selon cette même enquête, est encore perçu comme une maladie très contraignante. Pourquoi ?

Vu par le grand public, ceux qui ne sont pas diabétiques, le diabète est une maladie qu’on aimerait ne pas avoir ! Il y a une représentation, de cette maladie qui est avant tout celle de la piqure : pour tout un chacun, le diabétique est quelqu’un qui reçoit de l’insuline en injection, ce qui n’est pas le cas pour bon nombre de diabétiques dits de type 2. Mais il y a cette image qui reste assez ancrée. Et pour les malades de type 1, les jeunes, il est clair que c’est une maladie qui reste contraignante malgré les spectaculaires progrès réalisés dans la prise en charge. Néanmoins, être diabétique traité par insuline de façon quotidienne, cela reste une contrainte, on doit se traiter tous les jours.

Pour les autres diabétiques, ils gardent aussi à l’esprit que le fait d’avoir du diabète, c’est quand même vivre avec un fardeau, un risque, une épée de Damoclès.

- Au-delà de ses impacts physiques, le diabète provoque aussi des souffrances psychologiques. Celles-ci sont-elles suffisamment prises en charge ?

Peut-être pas assez. Je pense qu’il est important de développer davantage des consultations au cours desquelles le patient a le temps d’être écouté, des modes de prise en charge dans lesquels les autres acteurs de santé puissent intervenir. La nouvelle organisation des soins que j’appelle de mes vœux, c’est à dire de travailler plus en équipe, de développer des pôles de santé avec des médecins, des infirmières, des psychologues, c’est quelque chose qui permettrait de laisser plus de temps aux patients de parler d’eux et pas seulement de la maladie et de ses traitements. Ils en ont fondamentalement besoin.

- La maladie serait aussi une cause de discriminations, voire l'objet de dissimulation. Le diabète serait-il une maladie honteuse ?

Il y a effectivement dans cette enquête la mise en exergue de l’aspect « honte » d’avoir cette maladie. Et cela concerne les deux formes de la maladie. Dans la forme qui concerne des sujets relativement jeunes qui sont traités par insuline, ils n’ont pas envie d’être perçus comme dépendants de ce traitement, d’avoir cette contrainte. C’est quelque chose qui, heureusement, évolue plutôt dans le bon sens, c’est-à-dire que c’est moins stigmatisant qu’avant même si ça le reste, indéniablement. Et beaucoup de jeunes diabétiques préfèrent ne pas le faire savoir, y compris à leur compagne ou compagnon tant qu’ils ne sont pas véritablement en couple.

Quant aux diabétiques de type 2, même s’ils ne sont pas traités par insuline, ils vivent une situation dans laquelle on leur reproche souvent leur mode de vie ou d’alimentation. On a tendance à leur dire – alors que lorsque l’on n’est pas diabétique, souvent on ne fait pas ces efforts alors qu’ils seraient nécessaires !- que la maladie est liée à leur comportement et c’est assez stigmatisant.

- Comment évolue la prise en charge du diabète ?

On a deux catégories de progression. Pour les diabétiques de type 1, ceux qui sont à l’insuline pour toute leur vie sans espoir de guérison à proprement parler, les progrès ont été accomplis il y a maintenant une vingtaine d’années avec l’apparition des pompes à insuline qui ont changé beaucoup la donne. Avoir une pompe, c’est ne pas avoir la contrainte de s’injecter de l’insuline à plusieurs reprises dans la journée puisque c’est un débit qui est ajusté par le patient et qu’en plus il y a maintenant des capteurs de glycémie qui permettent aux diabétiques de savoir à tout moment où ils en sont avec une levée de l’anxiété par exemple lorsqu’ils doivent faire du sport ou prendre le volant. La nouveauté en plus et la France dans cette recherche se situe très bien, c’est que l’on peut coupler la pompe à insuline avec ces capteurs pour avoir ce que l’on appelle la « boucle fermée », c’est-à-dire que le débit de la pompe est réglé automatiquement, sauf au moment des repas. Mais c’est un progrès remarquable et on peut dire que le fardeau des patients diabétiques de type 1 et de tous ceux qui ont besoin d’injections d’insuline a été considérablement réduit.

Les autres avancées technologiques, c’est effectivement les objets connectés, les stylos qui injectent l’insuline avec un débit programmé en fonction des besoins du patient et avec des algorithmes qui informent en retour le patient pour lui donner des conseils de gestion de son diabète. Et il y a aussi l’existence de plateformes qui permettent des échanges très faciles entre patients et diabétologues. Au bout de tout cela, il y a des améliorations des glycémies qui sont spectaculaires avec l’espoir de ne plus exposer les patients aux complications de la maladie.

- Et pour le diabète de type 2, celui qui concerne le plus grand nombre de patients ?

Pour le diabète de type 2, on a eu surtout des progrès en termes de pharmacopée. Il y a de nouveaux médicaments qui s’administrent par voie orale ou par injection qui apportent des bénéfices très nets sur les glycémies, sur le poids et sur la protection cardiaque ou rénale. Cela change beaucoup par rapport à une période allant jusqu’aux années 2010 où l’on était relativement pauvres sur le plan de la pharmacopée. Ces nouvelles molécules changent vraiment la vie des patients ! Mais il reste le problème de l’accès à ces traitements, d’abord dans certains pays, mais aussi en France où il reste de grandes disparités liées au milieu social, à la capacité de se centrer sur sa maladie. Certains patients portent des fardeaux sociaux qui ne leur permettent pas de mettre leur énergie dans le fait de se soigner et nos progrès sont à faire aussi de ce côté-là !

 * Etude IFOP pour Sanofi réalisée ne ligne du 12 au 16 octobre 2021 sur un échantillon de 5 022 personnes âgées de 18 ans et plus et résidant en France dont 782 personnes atteintes par le diabète

 

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