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Drogue

Cocaïne : pourquoi certains deviennent plus facilement addicts

Chez les consommateurs qui développent une addiction se déclenche une augmentation massive de la sérotonine. Celle-ci agit comme un frein à la surexcitation du système de récompense provoquée par la dopamine.

Cocaïne : pourquoi certains deviennent plus facilement addicts ALFSnaiper/iStock

  • Publié le 12.09.2021 à 11h00
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L'ESSENTIEL
  • La cocaïne a une sorte de frein naturel qui est efficace quatre fois sur cinq, faisant qu'environ 20% des consommateurs développent une addiction.
  • L'addiction survient lorsqu'un déséquilibre se crée entre les deux neurorégulateurs et que la dopamine dépasse la sérotonine.

Entre 15% et 20% des consommateurs de cocaïne développe une addiction. Des chercheurs suisses en neuroscience de l’université de Genève ont cherché à mieux savoir ce qu’il se passe dans leur cerveau lorsqu'ils perdent le contrôle de leur consommation. Dans une étude parue le 10 septembre dans la revue Science, ils mettent en évidence un mécanisme cérébral spécifique à la cocaïne, qui a la particularité de déclencher une augmentation massive de la sérotonine en plus de l'augmentation de la dopamine.

Bien différencier addiction et dépendance

L'addiction se définit comme la recherche compulsive d'une substance malgré les conséquences négatives, alors que la dépendance se caractérise par la survenue d'un symptôme de sevrage. “Le même principe s'applique à tous les produits potentiellement addictifs, affirme Christian Lüscher qui a dirigé la recherche. Ici en Suisse, par exemple, presque tous les adultes consomment de temps en temps de l'alcool, qui est un puissant stimulateur du système de récompense. Cependant, seule une petite proportion d'entre nous deviendra alcoolique.” 

Pour évaluer comment la dépendance à la cocaïne survient dans le cerveau, l'équipe de chercheurs a mené une série d'expériences. Ils ont d'abord appris à un grand groupe de souris à s'auto-administrer volontairement de la cocaïne avant d’ajouter une contrainte : à chaque fois qu'elles s'auto-administraient de la cocaïne, les souris recevaient un stimulus légèrement désagréable - choc électrique ou jet d'air.

La dépendance triple sans sérotonine 

Parmi les souris, deux groupes se sont formés. Le premier, le plus important puisqu’il a réuni 80% des rongeurs, a arrêté de consommer. Le deuxième, composé de 20% des souris, a continué malgré le désagrément. “Ce comportement compulsif est précisément ce qui définit l'addiction, qui touche 20% des individus, aussi bien chez la souris que chez l'homme”, a souligné Vincent Pascoli, co-auteur de cette étude.

L'expérience a ensuite été répétée avec des souris chez lesquelles la cocaïne n'était plus liée au transporteur de la sérotonine, de sorte que seule la dopamine augmentait lorsque la substance était prise. La dépendance s’est alors constatée chez 60% d’entre elles. “Si la sérotonine est administrée à ce dernier groupe, le taux de dépendance tombe à 20%, affirme Christian Lüscher. La cocaïne a donc une sorte de frein naturel qui est efficace quatre fois sur cinq.”

Et les autres drogues ?

Lorsque la cocaïne est consommée, deux forces sont à l'œuvre dans le cerveau : la dopamine d'une part, dont l'augmentation soudaine conduit à la compulsion, et la sérotonine de l'autre, qui agit comme un frein à la compulsion. L'addiction survient lorsqu'un déséquilibre se crée entre ces deux neurorégulateurs et que la dopamine dépasse la sérotonine. “La dopamine déclenche un phénomène de plasticité synaptique, par le renforcement des connexions entre les synapses du cortex et celles du striatum dorsal, précise Christian Lüscher. Cette intense stimulation du système de récompense déclenche alors la compulsion. La sérotonine a l'effet inverse en inhibant le renforcement induit par dopamine pour garder le système de récompense sous contrôle.”

Les chercheurs souhaitent désormais s’intéresser aux autres drogues pour comprendre les mécanismes du cerveau sui sont déclenchés, notamment avec les opiacés qui sont plus addictifs que la cocaïne et la kétamine qui l’est moins. L'objectif est de comprendre en détail comment le cerveau réagit à ces substances et pourquoi certaines personnes sont beaucoup plus vulnérables à leurs effets nocifs que d'autres.

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