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QUESTION D'ACTU

Antibiorésistance

Le rejet des déchets humains dans la nature favorise les superbactéries

Dans les pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire, le rejet des déchets humains dans la nature contamine les eaux urbaines environnantes et contribue à la propagation des superbactéries.

Le rejet des déchets humains dans la nature favorise les superbactéries Fabeha Monir/iStock

  • Publié le 18.07.2021 à 19h00
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L'ESSENTIEL
  • Au Bangladesh, l’antibiorésistance est favorisée par le rejet des déchets humains dans les eaux urbaines.
  • Les habitants se servant de ces eaux pour se baigner, préparer la cuisine ou laver leur linge ont plus de chance que ces bactéries atteignent leur intestin.

Des chercheurs ont étudié les eaux de plusieurs régions du Bangladesh - Mymensingh, Shariatpur et Dhaka - afin de voir si le rejet des déchets humains y favorisait le développement de superbactéries. Leurs travaux ont été publiés dans la revue mSystems. Lors de leurs analyses, ils ont trouvé plus de coliformes - c’est-à-dire des bactéries qui vivent dans les intestins - fécaux résistants aux antibiotiques dans les eaux de surface urbaines que dans les zones rurales. D’après l’exemple du Bangladesh, ils concluent que la contamination des lacs urbains, des rivières et des eaux en général par les déchets humains crée des réservoirs de bactéries antibiorésistantes dans des pays à faible revenu (PFR) ou des pays à revenu intermédiaire (PRI). Néanmoins, ils estiment que l'amélioration de l'accès à l'eau potable et aux infrastructures d'assainissement pourrait aider à protéger la santé des habitants.

Pas d’antibiotiques en agriculture pour préserver les milieux ruraux

"Les rivières et les lacs de Dhaka sont entourés de bidonvilles très peuplés dans lesquels les déchets humains sont directement rejetés dans l'eau, explique Willem van Schaik, principal auteur de l’étude. La présence de bactéries intestinales humaines associée aux niveaux élevés de gènes résistants aux antibiotiques suggère qu'une telle contamination est à l’origine de la présence de ces "superbactéries" (bactéries antibiorésistantes) dans les eaux.” En effet, Dhaka a une population d'environ 16 millions d'habitants, avec une densité urbaine qui se classe parmi les plus élevées de toutes les mégalopoles. Actuellement, moins de 20 % des ménages ont accès aux infrastructures d'assainissement. "Les interventions visant à améliorer l'accès à l'eau potable et aux infrastructures d'assainissement peuvent donc être cruciales pour réduire le risque de propagation de l’antibiorésistance au Bangladesh et dans d'autres PFR et PRI, assure Willem van Schaik. Bien que les niveaux de gènes résistants aux antibiotiques soient considérablement plus bas en milieu rural qu'en milieu urbain, nous avons constaté que les antibiotiques sont couramment utilisés dans la pisciculture et que d'autres politiques doivent être élaborées pour réduire leur utilisation.” Selon lui, il faut donc éviter au maximum l’utilisation d’antibiotiques dans l’agriculture pour préserver les milieux ruraux. 

De plus en plus de bactéries résistantes aux antibiotiques

L’antibiorésistance est un phénomène qui consiste, pour une bactérie, à devenir résistante aux antibiotiques. La principale raison à ce phénomène est l’utilisation abusive d’antibiotiques. Ainsi, les bactéries qui y sont souvent exposées évoluent et développent des mécanismes de défense. Les antibiotiques ne sont alors plus efficaces pour lutter contre ces bactéries. Cela concerne aussi bien les bactéries  pathogènes que celles inoffensives et présentes dans l’environnement. La résistance d’une espèce bactérienne peut se propager à d’autres. Aujourd’hui, de plus en plus de bactéries sont résistantes aux antibiotiques, ce qui cause de nouvelles infections pouvant parfois mener à une augmentation de la mortalité. 

Selon l'étude, les eaux urbaines du Bangladesh seraient particulièrement riches en bactéries antibiorésistantes. La majorité sont associés à des plasmides, des molécules d’ADN qui participent à la dissémination des gènes présents dans une bactérie. Cela signifie que ces bactéries antibiorésistantes pourront plus facilement se multiplier et se propager dans la population. De plus, leur mode de transmission à l’homme se fait souvent dans les rivières, les lacs et les zones côtières où les habitants se baignent, lavent leurs vêtements ou encore préparent leurs aliments. Le risque que les bactéries antibiorésistantes arrivent jusqu’à l’intestin de ces populations est donc très élevé et dangereux aussi bien au niveau national qu’international. Selon le ministère des Solidarités et de la Santé en France, les résistances microbiennes seraient responsables de 700 000 morts par an sur l’ensemble de la planète. Si rien ne change, les maladies infectieuses d’origine bactériennes pourraient redevenir en 2050 l’une des premières causes de mortalité dans le monde, en provoquant jusqu’à 10 millions de morts.

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