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Interview

Journée mondiale de la procrastination : “Parfois la meilleure chose à faire est de différer !”

À l’occasion de la journée mondiale de la procrastination, Diane Ballonad-Rolland, consultante en organisation et gestion du temps, fondatrice et dirigeante du cabinet Temps & équilibre et autrice de “J’arrête de procrastiner” publié aux éditions Eyrolles, nous décrit comment se sortir de cet état. Et explique que, parfois, reporter à plus tard est bon pour la santé.

Journée mondiale de la procrastination : “Parfois la meilleure chose à faire est de différer !” Diane Ballonad-Rolland

  • Publié le 25.03.2021 à 12h30
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- Pourquoi Docteur - Qu’est-ce que la procrastination ?

Diane Ballonad-Rolland - C’est une tendance, que partagent beaucoup de gens, à reporter au lendemain ce qu’ils pourraient potentiellement faire aujourd’hui ou même maintenant. C’est le fait de différer. Quand on procrastine, on sait que l’on procrastine. C’est une action consciente qui s’appuie sur des ressorts inconscients.

En général ce sont des tendances ciblées qui visent une action particulière. Parfois, cela peut être le symptôme ou la conséquence de certaines maladies comme la dépression où le moindre geste semble disproportionné et où l’on manque d’énergie. Cela concerne tout le monde, même les personnes qui paraissent très organisées mais qui vont bloquer sur une simple tâche comme le tri des encombrements ou la prise de rendez-vous notamment médicaux.

- Pourquoi procrastinons-nous ? 

Les causes sont multiples. On est tous un peu procrastinateur dans des domaines différents : certains le sont plus dans le domaine professionnel, d’autres dans des sphères personnelles. La phobie administrative dont on a tant parlé ces derniers temps s’inscrit aussi dans ce schéma. 

Cela peut être lié à l’éducation. Nous prenons souvent de mauvaises habitudes pendant les études que l’on a tendance à reproduire dans la vie active. Il y a également ceux qui sont perfectionnistes et qui vont avoir du mal à passer à l’action avant d’être certains de produire quelque chose d’abouti. Ils vont avoir des difficultés à faire ce qui leur apparait comme des ébauches ou des brouillons mais qui peuvent parfois suffire. Toutes ces étapes intermédiaires peuvent être difficiles à vivre et ils vont mettre en place des stratégies pour ne pas livrer ce qu’ils doivent livrer. Ce qui revient également souvent c’est le manque d’intérêt. J’ai questionné de nombreux adolescents lorsque j’ai commencé à écrire mon livre et ils m’ont très vite avoué ne pas passer à l’action par manque d’envie ou par l’envie de faire autre chose. Il y en a encore qui procrastinent par peur de l’échec ou du jugement de l’autre.

- Comment peut-on sortir d’un état de procrastination ?

La première des choses est de poser un diagnostic et de comprendre pourquoi je procrastine. Il est important de prendre le temps de se poser cette question et de mettre de la conscience sur cet état de fait. Il faut avoir suffisamment de recul sur soi et de capacité d’auto-analyse. Si la procrastination devient un problème, en général c’est que l’on en a conscience.

Il faut faire attention parce que cela peut avoir un impact sur l’estime de soi que l’on perd progressivement, notamment dans notre capacité à aller au bout des choses. Cela peut engendrer un cercle vicieux puisque plus je procrastine plus je vais stresser et ma charge mentale concernant la tâche à effectuer va augmenter. Il est important de rompre ce cercle et de retrouver la confiance dans sa capacité à aller au bout des choses et ses actions. Dans certains cas, cela peut être très pénalisant et handicapant et nécessite des accompagnements médicaux. 

Dans mon livre, je propose un état des lieux en 7 étapes : identifier ce que j’ai tendance à reporter, préciser ce qui me rebute, définir ce qui m’empêche de m’y mettre, faire le point sur les fausses bonnes excuses pour ne pas faire, prendre conscience du prix de ma procrastination avec un rapport coût/bénéfice et oser me confronter à mes peurs.

Il faut aller chercher dans les tâches qui m’amènent à procrastiner pour décortiquer et comprendre pourquoi je procrastine dans ce domaine en particulier. Il faut identifier précisément ce qui me rebute parce que parfois ce n’est pas la tâche qui me bloque mais une partie de celle-ci. Par exemple, certaines des personnes n’aiment pas faire la vaisselle et lorsque l'on creuse, on s’aperçoit que ce n’est pas la vaisselle en elle-même qui bloque mais l’action de vider la vaisselle qui est en train de sécher. Un autre levier peut être de calculer ce que ça a coûté à la personne d’avoir procrastiné, que ce soit au niveau professionnel, financier ou du temps. Cela permet d’avoir plus de motivation.

Le but final c’est de définir la stratégie pour passer de l’inaction à l’action. On peut y aller à petit pas. Je préconise souvent d’y aller en douceur. On peut mettre une stratégie de temps limité pour ne pas s’imposer quelque chose de trop gros. L’effort le plus dur est de s’y mettre et ensuite, en général, on arrive plus facilement à continuer.

- Y a-t-il des bons côtés à la procrastination ?

Plein ! Je défends ce que l’on appelle la procrastination positive. Dans certains cas, procrastiner a du bon. Cela peut être bon quand on a la possibilité de faire, quand on manque d’énergie, quand on sent que le mieux à faire c’est de décompresser pour mieux reprendre son activité. Parfois, la meilleure chose à faire est de différer. C’est bon pour la santé mentale. On ne peut pas toujours être dans le faire ou dans ce qu’on doit faire, dans les injonctions. On a besoin, pour rester vivant, de temps où l’on rejette les contraintes. Je trouve cela plutôt rassurant et sain d’un point de vue de la santé mentale. Je l’encourage parfois. Procrastiner de temps en temps, quand c’est justifié et que c’est pour faire mieux après, c’est de la procrastination positive et c’est très bien.

Il y a également ce que l’on appelle la précrastination qui est le fait d’être toujours dans la planification, l’organisation. Cela se retrouve chez des gens plus anxieux qui veulent tout contrôler et anticiper. Pour avoir un bon équilibre, il vaut mieux ne pas toujours vouloir tout contrôler. Il faut essayer de trouver ce subtil équilibre.

Pour écrire mon livre, et je l’explique dedans, j’ai procrastiné et cela m’a aidé. J’ai dû trouver moi-même des stratégies pour arriver à m’y mettre. Il faut sortir de cette culpabilisation de ne pas s’y mettre qui devient une charge mentale que l’on traîne. Plus on sort de ce côté culpabilisant plus on retrouve facilement le chemin de l’action.

- Les mesures de restrictions sanitaires ont-elles modifié nos habitudes de procrastination ?

Oui et non. Avec le développement du télétravail, on observe qu’il y a beaucoup de personnes qui sont dans l’action et même un peu trop parce qu’ils oublient de prendre des pauses. On sent que le travail s’est intensifié. Ils ont plus de mal à déconnecter. Pendant le premier confinement, de nombreuses personnes ont été coupées de leur métier. Ce que l’on observe aussi c’est que l’une des raisons pour lesquelles nous pouvons procrastiner c’est lorsque l'on est face à un trop plein des contraintes. Les personnes qui procrastinent sont dans une forme de rejet des contraintes, notamment chez les femmes à la retraite qui étaient dans une sur-activité pendant leur vie active et qui, une fois à la retraite, avec également les enfants partis de la maison ont rejeté toute forme de contrainte temporelle et de pression qui les ont amenées à ne plus entretenir maison ou à faire de l’administratif. C’est la conséquence d’un ras-le-bol et rejet des contraintes.

Avec le télétravail, certains sont encore aujourd’hui dans l’adaptabilité. Tout le monde n’est pas fait pour télétravailler et souvent il y a un débordement de la vie professionnelle sur la vie personnelle. Il y a également plus de procrastination parce qu’il n’y a pas de moment pour décompresser. Les gens manquent de soupapes de décompression comme les pauses ou des moments informels que peuvent être des petites discussions avec les collègues qui font que cela nous permet de supporter le reste. Le cerveau a besoin de temps de rien et de ne pas être constamment dans l’action.

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