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QUESTION D'ACTU

Conflit d'intérêt

Vent de révolte à Harvard

Les étudiants en médecine d’Harvard exigent que leurs enseignants soient transparents sur les liens qu’ils entretiennent avec l’industrie.


  • Publié le 21.04.2010 à 21h25
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Les étudiants de l’une des plus prestigieuses facultés de médecine américaines sont en colère. Et 200 d’entre eux l’ont fait bruyamment savoir en organisant un mouvement de protestation. A l’origine de cette rébellion, une mauvaise note. Pas celle d’un étudiant mais celle que l’association nationale des étudiants en médecine américains a attribué à la faculté.

Harvard a tout simplement écopé de la plus mauvaise note, F. Ce qui lui vaut ce camouflet, serait son piètre « contrôle des financements industriels ». En clair, Harvard est accusé de ne pas surveiller les liens que ses enseignants entretiennent avec l’industrie. Ces derniers sont du coup suspectés de partialité. Sous la pression des étudiants, l’université a vite corrigé le tir en obligeant les professeurs et les conférenciers à exposer en classe, directement devant les étudiants, les liens éventuels qu’ils ont établis avec des firmes, notamment pharmaceutiques. A l’occasion, ils ont découvert que l’un de leurs vénérés professeurs avait des connexions avec pas moins de 47 sociétés !

En Grande-Bretagne, le débat sur les conflits d’intérêts dans l’enceinte des facultés de médecine est aussi plutôt vif. Un article paru dans le British Medical Journal en janvier dernier révélait que, dans certaines universités, les cours de pharmacologie étaient dispensés directement par des laboratoires pharmaceutiques. Les étudiants de la Brighton and Sussex medical school se déplacent carrément au siège du laboratoire pour suivre leur cours. Pour les facultés, c’est un moyen de faire des économies – les firmes ne se font pas payer pour délivrer cet enseignement – et de combler la pénurie de pharmacologues.

 

Des étudiants peu regardants

Et en France ? La situation n’est évidemment pas comparable. « Tout d’abord parce que nos professeurs sont des fonctionnaires, » explique le Pr Jean-Pierre Farcet. Pour autant, le doyen de la faculté de médecine Paris XII ne nie pas le problème. « Le lien avec l’industrie pharmaceutique est donc moins immédiat en France qu’aux Etats-Unis mais cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas. Notamment parce que les enseignants hospitalo-universitaires conduisent des essais cliniques pour l’industrie. »
Du côté des étudiants, la préoccupation ne les taraude pas. L’Association nationale des étudiants de médecins en médecine de France (Anemf) n’est pas prête de noter les universités sur leur capacité à juguler les conflits d’intérêts. « On pourrait se poser la question aussi en France, reconnaît Paul-Henri Auboiroux, vice-président de l’Anemf. Mais les étudiants ne sont pas prêts à se mobiliser sur le sujet. » Antoine Berthelon, le secrétaire général de l’association, avoue lui aussi ne pas avoir réellement d’esprit critique vis à vis des professeurs. « Nous leur faisons confiance et je pense que nous n’avons pas les connaissances suffisantes pour repérer un éventuel double discours ».

Les syndicats sont plus critiques, et très logiquement c’est le syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) qui est le plus regardant sur ces problèmes d’indépendance. En 2004, il avait notamment alerté l’opinion sur les agissements de la faculté de médecine de Toulouse. A l’occasion de la rentrée universitaire, un CD-Rom intitulé « Entretiens en médecine générale : asthme » avait été distribué aux généralistes maîtres de stage de la région mais il avait été réalisé par un laboratoire pharmaceutique. Pour le SNJMG, ce n’est rien d’autre qu’une « opération de marketing » dont la faculté s’était rendue complice. Il avait alors demandé « aux ministres de la Santé et de l’Education nationale de condamner de telles pratiques ». Le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) s’interroge lui aussi sur les moyens de lutter contre ces conflits d’intérêts. Lors de son dernier congrès, trois représentants de la faculté de Saint-Etienne ont tenté de démontrer l’intérêt d’une déclaration exhaustive des liens avec l’industrie. Ils ont aussi prôné les bienfaits d’une formation des professionnels de santé à la gestion des conflits d’intérêts. Selon eux, c’est un moyen « promouvoir la notion d’informations potentiellement biaisées ».
Ces outils d’auto-régulation paraissent d’autant plus pertinents qu’aucune instance ne joue pour le moment le rôle du gendarme.

Questions au Pr Jean-Pierre Farcet, doyen de la faculté de médecine Paris 12


 Evaluer l’indépendance des enseignants  

 

 Vous êtes-vous déjà interrogé sur les liens que les enseignants de la faculté pouvaient entretenir avec l’industrie ?

Dr Jean-Pierre Farcet. Je ne m’en suis jamais préoccupé depuis trois ans que j’exerce mes fonctions de doyen. Et à ma connaissance, aucun de mes confrères ou prédécesseurs n’a fait d’enquête auprès de ses enseignants-chercheurs pour savoir jusqu’à quel point ils étaient impliqués avec l’industrie pharmaceutique et si cela pouvait avoir des retentissements sur leur manière d’enseigner.

 

Quelle instance pourrait jouer le rôle du gendarme ?
Dr J.-P. F. 
Il existe depuis peu en France l’agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement (AERES). Elle a pour projet d’évaluer les facultés de médecine tous les quatre ans, ce qui n’a pas encore été fait. Je pense que ce pourrait être son rôle. L’indépendance des enseignants pourrait être un élément de l’évaluation.

 

Faut-il que les facultés soient aussi évaluées sur ce thème ?
Dr J.-P. F. 
J’y serai d’autant plus favorable que les universités vont évoluer vers l’autonomie. Nous serons donc encouragés à aller chercher des fonds propres, indépendamment des dotations du ministère. Et bien sûr, ces fonds ne seront pas donnés sans contre-partie. Quant aux étudiants, quel que soit le cycle, ils sont à 100 000 lieux de ce problème. 

Entretien avec C.C.



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