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QUESTION D'ACTU

Ophtalmologie

Les recherches de pointe d'un institut visionnaire

Rétine artificielle, nouveaux traitements du glaucome, unique en son genre en France, l'Institut de la Vision va rassembler  chercheurs et industriels autour de l'innovation.


  • Publié 21.03.2008 à 00h00
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Au troisième étage de l'Institut de la Vision, un bâtiment flambant neuf en plein coeur de l'hôpital parisien des Quinze-Vingts, l'équipe de Christophe Baudouin est dans les starting-blocks. Cet ophtalmologiste, chef de service aux Quinze-Vingts, avait été le premier à mettre en évidence le rôle irritant des conservateurs des collyres anti-glaucome. Cet effet nocif, source de symptômes très gênants, est rencontré chez 40 à 50% des personnes traitées au long cours pour un glaucome.
Désormais à la tête du département thérapeutique de l'Institut de la Vision, le Pr Baudouin va tenter de mettre au point de nouveaux collyres pour mieux traiter cette affection ophtalmologique. L'un des objectifs sera aussi de comprendre la genèse de cette maladie génétique qui touche plus d'un million de personnes en France, les menaçant d'une cécité définitive.
La tâche est ardue. « Supprimer les conservateurs des collyres, tels le chlorure de benzalkonium, paraît simple, mais cela fait près de quinze ans que l'on se bat pour cela et c'est très complexe, notamment en raison d'intérêts économiques », explique ce spécialiste. Il espère également identifier de nouvelles cibles thérapeutiques pour prévenir ou retarder l'évolution des glaucomes.
Non loin de là, l'équipe de Serge Picaud, chef du département « traitement des informations visuelles », s'attelle à un défi tout aussi ambitieux: concevoir une rétine artificielle high-tech, capable de redonner à des patients aveugles une vision suffisante pour lire et se déplacer de façon autonome.  

Un implant rétinien posé chez un patient en France
En attendant que ces prothèses de nouvelle génération d'une résolution d'environ 600 pixels, puissent être testées chez l'homme, le Pr José-Alain Sahel, à la tête de l'Institut de la Vision, vient lui d'implanter une rétine artificielle moins sophistiquée (avec 60 électrodes soit autant de pixels) chez un patient français. Développé par la firme américaine second sight , ce prototype a déjà été implanté chez dix patients aux Etats-Unis. Des recrutements sont en cours en Europe, en Suisse et en Angleterre , dans le cadre d'un essai international dénommé ARGUS II.
Deux autres départements sont également en phase d'installation, l'un consacré à la génétique et l'autre à la biologie du développement oculaire. Celui-ci sera l'une des premières unités en Europe à bénéficier de la technologie d'imagerie Brainbow. Mise au point par le chercheur Jean Livet en utilisant des souris transgéniques, cette technique permet de visualiser en différentes couleurs les neurones cérébraux. Les images sont spectaculaires.
Un partenariat public-privé unique en France A terme, le bâtiment de 6000 mètres carrés devrait accueillir 400 à 500 personnes, dont une quinzaine d'équipes de recherche à recrutement international. Celles-ci côtoieront –et c'est là l'une des grandes originalités de la structure- des entreprises privées, et un centre d'investigation clinique. Au moins quinze partenaires industriels, dont des laboratoires pharmaceutiques -notamment Fovea-pharma, une spin-off du laboratoire de José-Alain Sahel- et des firmes spécialisées dans la domotique pour les aveugles, sont attendues.
Deuxième structure de ce type au niveau européen (derrière l'institut ophtalmologique de Londres, le plus grand du monde), sans équivalent en France dans d'autres disciplines, l'Institut de la Vision est le fruit d'un long combat, témoigne son directeur José-Alain Sahel. Né concrètement il y a cinq ans, ce projet de lieu 2/3 public 1/3 privé, consacré à l'innovation ophtalmologique dans toutes ses directions, a dû faire appel à de nombreux financeurs (Inserm, région Ile de France, ville de Paris, université Pierre et Marie Curie, fondations…) pour boucler ses budgets. « Le projet a été sévèrement critiqué, il était jugé trop ambitieux, démesuré », raconte José-Alain Sahel, dont la première (mauvaise) surprise avait été de constater qu'aucun financement n'était prévu pour le bâtiment . En l'absence d'un financement conséquent pour les différents programmes de recherche, les équipes ne comptent plus non plus les dépôts de dossiers auprès de multiples organismes, dont l'Agence nationale de la recherche. 

 

Questions à Serge Picaud, Institut de la vision (Inserm)

 

Prothèses rétiniennes "Les candidats sont nombreux"
 


Quel est le principe des prothèses rétiniennes ?

Serge Picaud. Dans la rétine, il y a des photorécepteurs, c'est-à-dire des capteurs de lumière, puis tout un réseau de neurones qui traitent l'image. Le principe des prothèses rétiniennes est de remplacer des photorécepteurs qui ont dégénéré par une sorte de photorécepteur électronique. Ces capteurs numériques doivent être capables d'activer le réseau de neurones qui fait le traitement de l'image.

Quels types de malades peuvent en bénéficier ?
S.P. Ce type de prothèses s'adresse aux patients qui ont perdu leurs photorécepteurs, par exemple dans le cadre d'une rétinopathie pigmentaire ou d'une dégénérescence maculaire liée à l'âge. Il y a donc beaucoup de candidats potentiels. Les rétinopathies pigmentaires représentent en effet une naissance sur 4000. Quant aux DMLA, elles touchent de plus en plus de personnes, du fait du vieillissement de la population.

Où en sont les recherches ?
S.P.
Le concept de prothèse rétinienne a été validé lors d'expérimentations sur l'homme réalisées notamment aux Etats-Unis et en Allemagne. Il a été ainsi possible de créer des images visuelles. Les patients peuvent même suivre des cibles lumineuses ou reconnaître des objets très simples sur des fonds contrastés. Ces prototypes sont constitués de 16 électrodes, c'est à dire 16 pixels. Les nouvelles prothèses devraient en contenir environ 60. Toutefois, on sait que pour permettre la lecture ou la locomotion indépendante, il faut 600 pixels. Il y a donc nécessité d'un saut technologique.

Quels sont les particularités de votre projet de rétine artificielle à l'Institut de la Vision ?
S.P.
L'idée est de développer des matrices beaucoup plus biocompatibles (avec des nanocristaux de diamant NDLR) et de leur associer des structures d'électrodes un peu particulières pour permettre d'augmenter la résolution des électrodes de stimulation. Nos prototypes sont actuellement testés sur des rats qui présentent une dégénérescence des photorécepteurs comme les patients. Nous bénéficions d'un accompagnement de la fondation Altran qui souhaite nous aider à faire de ce projet un véritable projet industriel, pour que les prototypes puissent être utilisés assez rapidement chez les patients.
A quelle échéance ?
S.P.
Il est toujours difficile de faire des pronostics sur les délais, mais nous espérons pouvoir tester ces prototypes chez l'homme d'ici environ cinq ans.
Entretien avec S.C  

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