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QUESTION D'ACTU

La chronique du Docteur Lemoine

Vivre avec un dépressif est difficile... Il faut l’aider en s’en sortir mais aussi à faire le diagnostic

C’est encore plus compliqué pendant un confinement… Accepter la dépression d’un proche, le comprendre, c’est déjà l’aider dans sa démarche vers la guérison. C’est une maladie pénible, très pénible. 340 millions de malades dans le monde. C’est la première cause d’incapacité, selon l’OMS. La dépression heureusement se soigne… à condition qu’elle soit diagnostiquée.

Vivre avec un dépressif est difficile... Il faut l’aider en s’en sortir mais aussi à faire le diagnostic tadamichi / iStock

  • Publié le 14.04.2020 à 08h00
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Les personnes souffrant de troubles dépressifs importants attendent en moyenne presqu’un an avant de consulter un médecin. Pire, le diagnostic n’est posé qu’après 5 consultations, ce qui retarde d’autant le recours au traitement.

La raison de ce « retard » au diagnostic est dû au 72% de personnes dépressives qui ignorent que souffrir de maux de tête, de troubles intestinaux ou autres douleurs inexpliquées ne signifie pas nécessairement migraine, arthrose ou désordres digestifs, mais souvent premiers signes d’une dépression. Une dépression non diagnostiquée peut avoir de très sérieuses conséquences : plus une personne déprimée reste sans traitement, plus sa dépression risque de devenir chronique, et plus ses chances de guérison complète diminuent. Et c’est dommage, car le terme de guérison complète n’est pas un fantasme,

L’entourage a un rôle primordial

Le dépressif, sans l’exprimer, a toujours besoin d’aide. Le soutien est apporté par le médecin ou le psychothérapeute, mais surtout par l’entourage. Cette aide doit être mesurée, discrète, tout en étant concrète dans le geste et la parole.

En effet, le déprimé est malheureux. Il souffre dans son esprit. Il a conscience d’infliger un spectacle difficile à supporter.

Accepter, tout en proposant des solutions, les signes de la maladie.

Le dépressif est fatigué. D’abord une fatigue physique, puis intellectuelle. Par exemple, un dépressif ne pourra pas faire une longue marche ou regarder un film entièrement. C’est surtout l’absence d’envie qui domine, avec une irritabilité particulière à la moindre remarque.

Il faut donc proposer sans le forcer une aide au dépressif pour qu’il retrouve une activité physique ou intellectuelle.

On doit être tolérant vis-à-vis de l’inaction, car il est conscient de se trouver dans une situation de blocage. Les réactions ne sont pas normales, mais cette anormalité fait partie de la maladie. Il faut supporter la fatigue toujours présente dans la dépression, souvent cause des arrêts de travail et qui existe même au réveil. La prise de médicaments, gage de stabilisation, puis de guérison doit être régulière. Il faut savoir que le traitement est long (plusieurs mois) et que les médicaments peuvent avoir des effets gênants, au début, en particulier la somnolence.

Enfin, attention à la consommation d’alcool, souvent utilisé pour diminuer l’anxiété mais incompatible avec les médicaments.

Aider mais aussi se déculpabiliser

Les proches, les amis, la famille se culpabilisent toujours et se sentent responsables du dépressif. Les réactions du malade paraissent incompréhensibles à l’entourage, le risque suicidaire étant un facteur supplémentaire d’angoisse.

La maladie dépressive impose parfois une hospitalisation, surtout quand le risque suicidaire est évident ou que le traitement est un échec. Il ne faut pas hésiter à appeler le médecin, qui décidera de l’intérêt de cette hospitalisation. Car ce n’est pas une punition pour le malade, ni pour l’entourage. Une personne déprimée n’est pas hospitalisée chez “les fous”. Elle va surmonter une situation difficilement tenable à la maison. Enfin, l’entourage doit collaborer avec le médecin, si possible hors de la présence du malade, pour apporter des précisions sur une situation que le dépressif n’a pas pu ou pas voulu dire au médecin.

L’Organisation Mondiale de la Santé estime que 340 millions de personnes souffrent de dépression dans le monde, et que 3/4 d’entre elles ne sont pas traitées. C’est devenu la première cause d’incapacité dans le monde.

Docteur Jean-François Lemoine

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