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QUESTION D'ACTU

Accès aux soins

“Deuxiemeavis.fr” a 4 ans : “Nous sommes un accélérateur de mise en relation avec les spécialistes”

Le site "Deuxiemeavis.fr" fête ses 4 ans. Il permet d'obtenir, sur dossier médical, un second diagnostic ou un autre regard sur la prise en charge d'une maladie grave donné par les meilleurs spécialistes dans chaque pathologie. Qu'apporte aux patients ce nouveau service, quelle est sa place dans le parcours de soins ? Les réponses de la co-fondatrice de cette plateforme, Pauline d'Orgeval, aux questions de Pourquoi Docteur.

“Deuxiemeavis.fr” a 4 ans : “Nous sommes un accélérateur de mise en relation avec les spécialistes” Wavebreakmedia/iStock

  • Publié le 27.01.2020 à 10h30
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- A quels besoins des patients répond la plateforme "Deuxiemeavis.fr" ?

Pauline d'Orgeval : Le point de départ de la démarche qui a abouti à la création de cette plateforme est qu'il n'y a pas, pour tous les patients en France, les mêmes chances de qualité de prise en charge et donc de guérison. Ceux qui habitent au bon endroit, qui n'ont pas de problème de mobilité ou qui ont accès à un bon réseau médical ont clairement plus de chances d'accéder à l'expertise médicale. Et l'autre constat que nous avons fait, c'est qu'il y a depuis une dizaine d'années une surexpertise liée à l'accélération des progrès de la médecine et que certains médecins experts ne le sont plus au niveau d'une spécialité mais au niveau d'une pathologie précise dans cette spécialité.

Il y a 10 ou 15 ans, le médecin généraliste avait son réseau de spécialistes et cela lui suffisait pour orienter son patient. Aujourd'hui, il sait qu'il aura de plus en plus de mal à jouer ce rôle d'orientation. Nous sommes dans une situation où le généraliste doit pouvoir s'appuyer sur un spécialiste en ville ou à l'hôpital mais avec une possibilité de troisième recours auprès d'un spécialiste d'une pathologie. A travers notre plateforme de télémédecine, nous proposons un accès plus facile à ce troisième recours, nous sommes un accélérateur de mise en relation avec les spécialistes.

"Certains spécialistes ne peuvent pas être au point sur chaque pathologie"

- Cela veut dire que certains spécialistes ne seraient plus en mesure de bien prendre en charge les patients ?

P. d'O. : Il y a aujourd'hui, avec les progrès de la médecine, tellement de publications qui sortent régulièrement sur chacune des pathologies que certains praticiens ne peuvent pas, parce qu'ils n'en ont pas le temps et qu'ils sont souvent confrontés à des problèmes de logistique pour l'accès aux plateaux techniques, être au point sur chaque pathologie de leur spécialité.

- Mais comment les experts qui rendent des avis sur votre plateforme ont, eux, cette capacité à suivre au plus près ces progrès de la médecine ?

P. d'O. : Le fait que nos experts qui sont sélectionnés sur des critères qualitatifs très précis rendent leur avis à partir de l'examen d'un dossier médical leur permet d'étudier chaque cas à n'importe quel moment de la journée, du week-end, ou même pendant un congrès ou un colloque puisque ces experts suivent tous des grands rendez-vous de la médecine.

"Dans le cancer, une démarche de réassurance"

- Quelles sont les pathologies sur lesquelles "Deuxiemeavis.fr" est le plus sollicité ?

P. d'O. : Il y a plusieurs grandes familles de pathologies. D'abord -et cela représente environ 55% des patients qui s'adressent à nous- l'orthopédie et la rhumatologie, notamment pour valider la nécessité ou non d'une intervention chirurgicale puisque les options proposées varient beaucoup en fonction des techniques ou du matériel chirurgical disponibles. L'autre grande famille, c'est le cancer où l'on est plutôt dans une démarche de réassurance puisqu'il y a des directives qui définissent les protocoles de prise en charge. La troisième famille concerne tout ce qui est intime, les problèmes de fertilité féminine ou masculine, l'endométriose, les maladies gynécologiques: le fait que ces cas soient étudiés "en ligne", sans présence physique, facilite les échanges.

- Justement, comment le 2ème avis peut se faire en dehors du colloque singulier, sans consultation physique ?

P. d'O. : Il faut d'abord rappeler que l'organisation actuelle des hôpitaux ou des cliniques -parmi les critères de recrutement de nos experts, il ya la direction d'un service de référence- fait que les délais pour obtenir une consultation peuvent dépasser 6 mois ! L'intérêt de l'avis sur dossier est qu'il permet de tenir la promesse d'une réponse en moins de 7 jours. Et puis dans les pathologies graves, le dossier médical est un élément essentiel: en consultation physique, on sait qu'un patient sur trois arrive sans ce dossier alors qu'aller voir un expert sans ses résultats d'examen, cela ne sert à rien !

"Il y a encore beaucoup de freins sur le sujet du dossier médical"

- La France n'avance pourtant pas très vite sur le sujet du dossier médical, et il y a des réserves sur ce sujet de la part de nombreux patients. Que se passe-t-il lorsque l'un d'eux s'adresse à vous sans avoir un dossier complet ?

P. d'O. : Il y a effectivement beaucoup de demandes qui n'aboutissent pas parce qu'il y a encore beaucoup de freins sur le sujet du dossier médical pour le grand public. Nous expliquons à ces patients comment nous avons travaillé avec nos experts sur l'interrogatoire permettant de constituer le dossier, avec la liste des examens impératifs à transmettre. Mais c'est vrai que tant que le dossier médical partagé (DMP) ne sera pas opérationnel, nous aurons des difficultés : beaucoup de patients n'osent pas demander leur dossier à leur médecin traitant -et là encore il y a des inégalités entre ceux qui ont l'habitude et les informations pour challenger leur médecin et les autres ...- parce qu'il ont le sentiment de trahir leur médecin traitant. Mais que le patient dispose de son dossier est un droit depuis la loi Kouchner de 2002, il faut le rappeler !

- Après quatre ans de fonctionnement de la plateforme "Deuxiemeavis.fr", quelle proportion de diagnostics ou d'avis divergents avez-vous constaté ?

P. d'O. : Au global, nous devons être à environ 25% d'avis divergents par rapport au diagnostic ou à la prise en charge posés en premier recours. Il n'y a pas d'étude en France pour savoir si ce chiffre correspond à une "norme" en matière de divergences sur les diagnostics ou les traitements. des chiffres existent aux Etat-Unis mais la situation est là-bas très différente, parce que le système de santé est différent mais aussi parce que l'expertise médicale est meilleure en France.

"Nous sommes accessibles pour un Français sur quatre"

- Combien coûte au patient le recours à votre plateforme ?

P. d'O. : Cela ne coûte rien au patient ! Nous travaillons en partenariat avec des complémentaires santé et nous sommes accessibles pour 16 millions de leurs adhérents, c'est à dire environ un Français sur quatre.

- Votre service n'est pas pris en charge par l'Assurance Maladie ?

P. d'O. : Pour l'instant, notre service n'est pas remboursé par l'Assurance Maladie. Nous les sollicitons régulièrement mais nous n'avons pas de discussions avancées. Cela nous paraîtrait assez logique que le 2ème avis soit un acte nomenclaturé, donc pris en charge. 

- Pourtant la télémédecine dont vous êtes un des acteurs, est désormais prise en charge ...

P. d'O. : Mais nous sommes encore un OVNI dans la télémédecine ! Tout le monde se bat aujourd'hui sur la téléconsultation prise en charge par l'Assurance maladie depuis septembre 2018, et depuis février 2019 il y a aussi une rémunération pour les médecins qui pratiquent la téléexpertise pour un de leurs confrères, mais nous sommes, nous, un peu entre les deux, plutôt proches de la téléexpertise mais avec une transmission du dossier par le patient ...

- A l'heure de votre quatrième anniversaire, que pensez-vous avoir apporté aux patients ?

P. d'O. : Au-delà, il faut le rappeler, d'apporter plus de chances d'accéder à l'expertise médicale, nous constatons aussi l'importance de l'écrit dans les échanges entre patients et médecins. Au début, nous pensions proposer un service en visio-consultation, ce qui n'a pas été possible puisque l'on se retrouvait face au manque de temps des spécialistes. Nous avons donc choisi le 2ème avis sur dossier un peu par défaut. Or on se rend compte que c'est un des points forts de notre service : le patient a le temps de remplir un dossier très complet et reçoit un retour très personnalisé. C'est finalement plus humain qu'un rendez-vous physique attendu des mois et durant lequel le médecin est obligé d'aller à l'essentiel sans pouvoir toujours prendre ce temps d'écoute dont la patient a besoin.

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