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QUESTION D'ACTU

Santé mentale

Les malades mentaux victimes de la double peine

L'espérance de vie d'un schizophrène ou d'une personne bipolaire est amputée de 20 ans. Cette inégalité témoigne des lacunes du système de soins.

Les malades mentaux victimes de la double peine LANCELOT FREDERIC/SIPA/SIPA

  • Publié 30.01.2012 à 06h00
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C’est un chiffre dramatiquement stable depuis plusieurs décennies. L’espérance de vie d’un malade mental sévère est amputée de vingt ans. Une étude menée en Europe du Nord et récemment publiée dans le British Journal of Psychiatry confirme le constat. Entre 1987 et 2006, l'espérance de vie des patients hospitalisés en psychiatrie a progressé parallèlement à celle de la population générale mais le fossé de 20 ans entre les 2 courbes n’a, lui, pas bougé. Sont concernées les personnes souffrant de schizophrénie, de troubles bipolaires mais aussi de certaines formes de dépression ou de troubles anxieux.


Les causes de cet écart sont clairement identifiées. Dans l’ordre : le suicide, les accidents, pour un large part liés aux tentatives de suicide, les maladies cardiovasculaires et les cancers. Autrement dit, des causes sur lesquelles on devrait pouvoir agir par la prévention et le dépistage. Ce que le système de soins psychiatriques est jusqu’ici visiblement incapable de faire.
 

Pr Christophe Lançon, psychiatre, hôpital Sainte Marguerite à Marseille : « Est-ce que la psychiatrie peut faire de la prévention ? La preuve est absolument non »



Le reproche est souvent fait à la psychiatrie de se désintéresser du corps de ses malades pour se focaliser uniquement sur les souffrances de leur esprit. Historiquement même, cette spécialité médicale ne s’est pas construite pour sauver la vie de ses malades mais plutôt pour les ramener à la raison ou les isoler du reste de la société. Mais la psychiatrie n'est pas la seule responsable de cette surmortalité. C’est l'ensemble du système de soins qui peine à prendre en charge les patients souffrant de pathologies mentales. Pourtant, il est connu que leurs conditions de vie dans l’isolement et la précarité socio-économique, la consommation excessive d’alcool, tabac et cannabis ainsi que certains de leurs traitements médicamenteux exposent davantage ces patients au surpoids, à l’hypertension ou au diabète. 

 

Pr Christophe Lançon, psychiatre, hôpital Sainte Marguerite à Marseille : « Le diagnostic de maladie mentale vous exclut du système de soins habituel ».



Les soignants non psychiatres se disent souvent en difficultés face à ce type de patients imprévisibles. Christophe Lançon propose donc que les psychiatres assurent eux-mêmes cette mission de prévention au sens large, de la recherche d’idées suicidaires aux conseils d’hygiène de vie pour un patient en surpoids. Cette position est loin de faire l’unanimité parmi les psychiatres. Une grande majorité d’entre eux juge également stigmatisante la création de dispositifs spécifiques qui permettraient aux patients souffrant de troubles mentaux d’avoir accès aux soins dits somatiques. Les associations de patients, comme la FnaPSY (Fédération nationale des usagers en psychiatrie) sont convaincues du contraire et militent pour la création à proximité des hôpitaux psychiatriques de maisons médicales dédiées aux soins somatiques et à la prise en charge des addictions.

Reste à savoir quelles orientations seront retenues dans le plan Psychiatrie et Santé mentale 2011-2015 dont les grandes lignes sont attendues pour le mois prochain.

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