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Petit historique

Recherche médicale : retour progressif du LSD dans nos laboratoires

Banni depuis les années 1970 du monde de la recherche, le LSD est de retour depuis une dizaine d'années dans les laboratoires. Focus sur cette substance controversée à l'occasion de l'exposition sur le livre "LSD : mon enfant terrible" qui se tient actuellement à Berne, en Suisse. 

Recherche médicale : retour progressif du LSD dans nos laboratoires Rost-9D/iStock

  • Publié 13.10.2018 à 09h48
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Le LSD revient sur le devant de la scène médicale. Considéré depuis 1971 par les Nations unies comme un psychotrope illicite, cette substance hallucinogène a été bannie de la recherche pendant près de 40 ans jusqu’à il y a quelques années, relate l’Agence France Presse à l’occasion d’une exposition qui se tiendra jusqu’au 11 janvier prochain à la bibliothèque nationale suisse à Bernes (Suisse) sur le livre LSD : mon enfant terrible. Cet ouvrage controversé a été rédigé par le Dr Albert Hofmann (1906-2008), qui après avoir découvert cette drogue, a passé le reste de son existence à essayer de prouver ses vertus thérapeutiques.  

Aujourd’hui, quelques recherches à base de LSD sont à nouveau autorisées. En 2014, une étude de phase II réalisée par le Dr Peter Gasser, un psychiatre et psychothérapeute suisse, avait été particulièrement médiatisée. Financée par un institut californien, le Multidisciplinary Association for Psychedelic Studies (MAPS), elle tentait de comprendre comment le LSD pourrait aider les malades à gérer leurs angoisses après le diagnostic d'un cancer à un stade avancé.  

"Un des volontaires était un homme de 57 ans atteint d’un cancer de l’œsophage. Il avait eu une histoire difficile et un rapport conflictuel avec son père, décédé 20 ans auparavant. Avec le LSD il a eu l’impression que son corps se dissolvait, puis de monter, monter, de voler dans le ciel. Et, là, il a rencontré son papa. Qui lui a adressé un signe d’acceptation. Nous avons pu ensuite travailler sur ce sujet et il avait un sentiment de réconciliation, d’apaisement, de libération", avait alors rapporté le Dr Peter Gasser au quotidien Le Matin.

Avec le LSD, "mieux comprendre les pensée des malades"

C’est en 1938, dans un laboratoire de Bâle que le Docteur Hofmann découvre le LSD lors d’une recherche pour fabriquer un médicament contre la migraine. Alors qu’il manipule une 25ème déclinaison de molécule d’ergot de seigle, il ressent quelque chose d’étrange. Curieux, il en ingère une large dose et se met alors à avoir de puissantes hallucinations. Le Professeur Arthur Stoll, qui dirige la recherche, propose alors à son fils, psychiatre, de le tester avec des patients pour essayer d’atténuer leurs névroses et angoisses avant de finalement le distribuer plus largement à titre expérimental. A cette époque, la notice remise aux médecins leur explique que cette substance déclenche une sorte de psychose artificielle passagère pouvant leur permettre de mieux comprendre les pensées de leurs malades.

A partir du milieu des années 1950, les publications relatives au LSD commencent à intéresser les intellectuels au-delà de l’univers médical, et sans surprise, la drogue fait son apparition dans les milieux artistiques et littéraires, notamment via la figure du professeur de psychologie Timothy Leary, qui sera finalement renvoyé de son poste à Harvard pour avoir partagé la drogue avec ses étudiants.  

Une interdiction progressive du LSD à partir du milieu des années 60

Les années passent et le LSD devient un emblème de la contre-culture américaine : de la beat génération d’abord puis des hippies. Des personnalités tels qu’Allen Ginsberg ou Ken Kessy en prônent ouvertement l’usage. Mais avec l’augmentation de la consommation de cette substance, arrivent les récits de bad trips. Parmi les effets rapportés - ces derniers pouvant durer de cinq à douze heures - les consommateurs mentionnent de l’euphorie avec des fous rires, des crampes musculaires, des tremblements, une modification de la sensation de pesanteur, des troubles du rythme cardiaque, de l’hypotension, une dilatation de la pupille, des nausées ou encore des vomissements. 

Et si la plupart des gens s’en remettent, chez certaines personnes, le LSD engendre des accidents psychiatriques graves et durables dès la première prise, les hallucinations pouvant provoquer des angoisses, des phobies ou encore des bouffées délirantes aigues. 

C’est pourquoi, en 1966, l’Etat de Californie, alors dirigé par Ronald Reagan, interdit son usage. Le LSD passe d’un produit populaire à produit dangereux et, aux quatre coins du globe, les autorités se mettent à l'interdire progressivement. En 1968, c’est au tour de la Suisse, son pays de naissance, de le bannir de ses frontières. Tentant tant bien que mal de défendre "son bébé", le Dr Hofmann publie alors son fameux LSD: mon enfant terrible. "Si l'on arrivait à savoir mieux utiliser, dans une pratique médicale en relation avec la méditation, les capacités du LSD, à provoquer des expériences visionnaires dans certaines conditions, alors, je crois que d'enfant terrible, il pourrait devenir enfant prodige ", écrit-il.

Un retour timide dans les laboratoires

Ne lui en déplaise, cinq ans plus tard, une convention sur les stupéfiants classe cette drogue dans la liste des "substances ayant un potentiel d’abus présentant un risque grave pour la santé publique et une faible valeur thérapeutique" : le LSD est officiellement mondialement illégal et banni des laboratoires. Jusqu’en 1988, où la Suisse autorise à nouveau des thérapeutes à l’utiliser pour traiter les troubles du comportements alimentaires des états dépressifs. Les recherches seront arrêtées en 1993.

En 1991, la FDA autorise un protocole d’essai avec des pyschédéliques pour un traitement des addictions. Puis, en 2012, une méta-analyse portant sur six études met en évidence un lien entre une prise unique du LSD et la baisse d’abus d’alcool chez les alcooliques. Toutefois, on est encore bien loin d'un retour en grâce de la drogue.

"Un tabou a été brisé. Mais pour l’industrie pharmaceutique ce n’est pas un 'business' car on ne prendrait au maximum que 3-4 fois du LSD dans une vie dans le cadre d’une thérapie. Quant aux universités elles hésiteront pour des questions d’image, de crainte d’être liées à ce produit à la réputation sulfureuse qui suscite beaucoup de rejet", explique le Dr Peter Gasser au Matin. Et de préciser : "attention, je ne suis pas du tout un prophète de la libéralisation ou de je-ne-sais-quoi. On parle d’un produit qui peut être dangereux. Je dis simplement que le LSD n’est ni le diable ni un produit magique offrant la révélation. Mais une substance qui, avec un encadrement sérieux et des connaissances adéquates, a un potentiel important en psychothérapie".

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