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QUESTION D'ACTU

Poison des Antilles

Chlordécone : une faible exposition affecte la fertilité sur plusieurs générations

Le chlordécone, un pesticide qui empoisonne les Antillais depuis des dizaines d'années, a un impact néfaste sur les spermatozoides des bébés souris exposés in utero. Ce scandale sanitaire n'a pas fini de faire des victimes. 

Chlordécone : une faible exposition affecte la fertilité sur plusieurs générations vchal / stock

  • Publié le 24.07.2018 à 13h16
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Les Antillais ne sont pas près d’arrêter d’en souffrir. L’Inserm vient de démontrer qu’une exposition au chlordécone a des effets transgénérationnels sur la production de spermatozoïdes chez la souris.

Dans les années 70, le chlordécone commence à être massivement utilisé aux Antilles pour tuer le charançon du bananier, un insecte qui détruisait les cultures, fer de lance de l’économie locale. L’insecticide est classé "comme cancérogène possible" dès 1979 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais reste quand même autorisé jusqu’en septembre 1993 par François Mitterrand et ses ministres de l’agriculture Louis Mermaz et Jean-Pierre Soisson. Résultats : les sols sont contaminés pour des siècles, tout comme les rivières, le littoral marin, le bétail, les volailles, les poissons, les crustacés et les légumes.

Impact du poison sur la troisième génération

Des chercheurs de l’Inserm viennent de démontrer que l’exposition de souris gestantes au chlordécone entraine chez leur descendance mâle une diminution du nombre de cellules souches germinales (à l’origine des spermatozoïdes), une atteinte de leur différenciation et une diminution du nombre de spermatozoïdes matures. Ces travaux, publiés dans la revue Scientific Reports, évoquent même un impact du poison sur la troisième génération de souris contaminées.

Des souris pleines (enceintes) ont été exposées par voie orale à une dose journalière de chlordécone assez faible (100 μg par kg de poids corporel). La période d’exposition choisie, du 6ème au 15ème jour embryonnaire, correspond à une fenêtre critique pour la transmission d’information épigénétique aux générations suivantes. "L’ensemble de la lignée germinale chez le mâle est affecté soit de manière quantitative soit de manière qualitative et ce, après deux générations", indique Fatima Smagulova, chercheuse à l’Inserm, responsable scientifique de ce travail. La portée de ces résultats sur la fertilité des hommes résidants aux Antilles ayant été exposés au chlordécone lors de leur vie prénatale ne peut donc qu’inquiéter.

Cancer de la prostate

Selon une récente enquête de Santé Publique France, la quasi-totalité des Guadeloupéens (95%) et des Martiniquais (92%) sont contaminés au chlordécone. Le pesticide peut être à l’origine de sèvères troubles neurologiques - troubles de la motricité, de l’humeur, de l’élocution et de la mémoire immédiate, mouvements anarchiques des globes oculaires - et de troubles testiculaires. Une étude menée au Centre hospitalier de Pointe-à-Pitre par le Dr Pascal Blanchet, urologue, a par ailleurs établi "un lien formel" entre le cancer de la prostate, qui touche de nombreux hommes en Guadeloupe, et l'exposition au chlordécone.

Le poison a aussi des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons, et augmente le risque de prématurité, comme l'ont prouvé des chercheurs de l'Inserm en 2014. Pour évaluer l’impact de l’exposition au chlordécone sur le déroulement de la grossesse, une équipe franco-belge a mis en place, en Guadeloupe, une grande cohorte mère-enfant baptisée TIMOUN (enfant en créole). Plus de 1000 femmes ont été incluses au cours de leur troisième trimestre de grossesse entre 2005 et 2007, principalement au CHU de Pointe à Pitre/Abymes et au centre hospitalier de Basse Terre. L’exposition au chlordécone a été estimée par son dosage dans le sang maternel prélevé lors de l’accouchement.

Un risque augmenté de prématurité

La conclusion de l'Inserm est sans appel : "l'exposition maternelle au chlordécone a été retrouvée associée de manière significative à une durée raccourcie de grossesse ainsi qu’à un risque augmenté de prématurité, quel que soit le mode d’entrée au travail d’accouchement, spontané ou induit." L'Institut rajoute que "ces associations pourraient être expliquées par les propriétés hormonales, oestrogéniques et progestagéniques du chlordécone."

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