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Alcool, dépression, chemsex : les célibataires français sont-ils devenus une population à risque ?

Dans son livre-témoignage Célibatrip, Anne Berland, 30 ans, raconte sa longue période de célibat, à laquelle elle attribue le développement de nombreux comportements à risque. Doit-on pour autant y voir l'expression d'une vraie tendance sociétale ? Enquête. 

Alcool, dépression, chemsex : les célibataires français sont-ils devenus une population à risque ? bernardbodo / stock

  • Publié 11.07.2018 à 15h35
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"C’est le cercle infernal de l’alcool et du célibat. Tu es seul, tu bois pour baiser, tu baises mal, tu es seul. (…) La consommation de stupéfiant devient également un acte banal. Pas simplement les joints que tu fumes avant de te coucher pour te détendre. La drogue dure, coke, MDMA, héro, speedball, poppers, kétamine, GHB". Quand on lit, pressée par toutes ses copines trentenaires, l’excellent livre-témoignage d’Anne Berland (Célibatrip, édition Michel Lafon), une question se pose : les célibataires sont-ils devenus une population plus à risque que les autres ?

"Devenus", car en un demi-siècle, le célibat est passé d’un état marginal à une véritable catégorie sociale. Depuis les années 50, la part des femmes mariées à 25 ans est passée de 78 à 10 %. Idem chez les hommes, où seulement 5% sont engagés au même âge, contre 63% auparavant. Au-delà du statut marital, seulement 1 Français sur 5 de moins de 24 ans est en couple, Paris comptant même 44% de célibataires. "Des études montrent en effet que les célibataires sont en moins bonne santé que les personnes en couple, principalement parce que la rupture est un facteur de vie fragilisant, confirme Jean-Victor Blanc, psychiatre spécialisé dans le soin apporté aux générations Y et Z (hôpital Saint Antoine, Assistance Publique - Hôpitaux de Paris). La rupture est un premier élément déstabilisateur, auquel s’ajoute la solitude, si le célibat s’installe dans le temps. Il y alors moins de facteurs protecteurs humains, surtout chez les adultes qui ne vivent plus chez leurs parents."

"La majorité des célibataires que je reçois sont des gros consommateurs de substances addictives"

Sans petit(e) ami(e), personne donc pour nous dire qu’on fume trop, qu’on boit trop ou qu’on se drogue trop, et ce d’autant plus que les cercles sociaux proches sont souvent dans la même dynamique. "Les amis célibataires, tu les fréquentes en priorité, car ils sont comme toi, dans la détresse. (…) Et puis il y a… Les Autres, tes amis en couple, ceux qui sont passés de l’autre côté et dont la vie t’est insupportable", décrit encore Anne Berland. Patrick Harris, coach en séduction (www.coach-seduction.com), envoie la plupart de ses clients chez son partenaire hypno-thérapeute, spécialisé dans les addictions. Il renchérit : "il arrive fréquemment que des célibataires que je reçois soient des gros consommateurs de substances addictives, que se soit l’alcool, le tabac ou le cannabis, parfois les trois en même temps."

Ce sont pourtant des produits très dangereux pour la santé, à long comme à court terme. En 2015, la consommation de tabac et d’alcool a coûté à la population mondiale la perte de plus de 250 millions d’années de vie. Une cigarette par jour suffit à augmenter les risques de maladie cardiaque ; se souler, même une  fois par semaine ("binge drinking"), fait flancher la mémoire et perturbe les cycles de sommeil. Quand aux drogues dures, abusivement appelées "drogues festives" par les médias, on peut en mourir à chaque fois qu’on en prend.

"Tout ça, on le sait, mais sur le coup, on s’en fou"

"Tout ça, on le sait, mais sur le coup, on s’en fou", raconte Salie*, 31 ans, avocate. "A force d’enchainer les échecs amoureux, je n’avais plus du tout confiance en moi. C’était devenu pathologique. L’alcool, ça désinhibe, mais ça rend malade et ça fait dormir. La cocaïne, tu as l’impression d’être Beyonce, sans les effets de l’alcool. A chaque fois que j’en prenais, je choppais. J’ai fini par en prendre à toutes mes grosses soirées, donc tous les samedis soirs". La jeune femme enchaine de plus en plus les week-ends sans sommeil. Sa première trace consommée aux alentours de 22 heures, elle reste éveillée jusqu’à 10 heures le lendemain. A 28 ans, son nouveau partenaire sexuel depuis quelques mois, rencontré sur le site Adopteunmec.com, lui dit qu’il n’est pas amoureux, comme ses cinq crush précédents. S’en suivront deux tentatives de suicide. Paniquée, sa mère signe, contre la volonté de Salie, un internement psychiatrique qui durera plusieurs semaines. Un an de dépression sévère parachèvera l’épisode.

Au-delà des substances addictives, c’est souvent la déstructuration du quotidien qui amène aux sorties de route les plus graves. "Cela faisait un moment que je ne me sentais pas bien du tout, témoigne Julia, 32 ans, professeure de français. Je n’arrêtais pas de pleurer, de faire des malaises et de vomir. J’ai fini par aller voir mon médecin généraliste, qui m’a arrêté un mois d’office. Mes examens médicaux ont montré que je souffrais d’anémie grave". La jeune femme pèse 54 kilos pour 1m72. Célibataire depuis trois ans, elle a la flemme de cuisiner pour elle toute seule. Les légumes et les fruits ne font plus partie de son univers gustatif, et les seuls plats qu’elle consomme sont des mets tout préparés, achetés en portion individuelle au supermarché. Obnubilée par le souci de garder la ligne pour plaire, elle se nourrit quasi exclusivement de sachets de quinoa réchauffés au micro-onde et de mozzarella.

De graves problèmes médicaux

Tout comme Salie, Julia sait qu’un déséquilibre alimentaire, même léger, peut provoquer de graves problèmes médicaux. Elle a aussi lu dans la presse que la plupart des plats tout préparés sont bourrés d’acides gras trans, responsables de plus de 500 000 décès par maladie cardiovasculaire chaque année dans le monde, mais la quête de l’amour a fait passer sa santé au second plan.

Mal vécu, le célibat peut aussi développer des rapports pathologiques au sexe. "J’ai franchi la barre des 200 partenaires sexuels cette année", résume Hugo, 27 ans, designer. Impossible de l’interviewer sans être interrompu par son téléphone, qu’il ne lâche littéralement jamais des yeux. Homosexuel, il évolue sur Grindr.com depuis des années. Désespéré de ne pas réussir à s’installer dans une relation durable, "je couche car c’est ma seule source d’affection", résume-t-il, s’inscrivant en plein dans le symptôme d’une addiction sexuelle.

Le tableau est-il trop noir ?

Le Monde a également fait récemment état du chemsex, nouvelle tendance au sein des célibataires de la communauté gay, qui consiste à avoirdes relations sexuelles sous psychotropes. L’exercice peut durer pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours. Consommées dans de telles conditions, GHB, méthamphétamine , cathinones et cocaine participent au maintien de la dynamique de l’épidémie de VIH et à l’augmentation des infections par le virus de l’hépatite C (Source : Inserm).

Le tableau est-il trop noir ? Sans aucun doute, car chacun traverse son célibat différemment. Là où certains sombrent, d’autres s’y épanouissent. On peut aussi le vivre ni particulièrement bien, ni particulièrement mal. "Je compare souvent cet état à une période de chômage. Les personnes qui vivent, coup sur coup, le choc du licenciement et la recherche d’un autre emploi à un moment où elles sont psychologiquement fortes s’en sortiront sans dommages particuliers. Ceux qui y sont confrontés alors qu’ils sont plus fragiles peuvent en revanche y laisser quelques plumes", conclut, fort joliment, le docteur Jean-Victor Blanc. Quand ce n’est pas le corps entier.

*Tous les noms ont été modifiés. En revanche, les professions et les âges de chacun sont véridiques.

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