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QUESTION D'ACTU

Addictologie

Alcoolisme : "il faut laisser le baclofène trouver ses patients"

Alors que l'Agence du médicament vient de rendre un avis défavorable à la commercialisation du baclofène pour le traitement de l'alcoolisme, Amine Benyamina, jeune chef de service à l’hôpital Paul Brousse spécialisé dans l’addictologie et président de la Fédération française d’addictologie, revient sur l'art et la manière d'utiliser le produit controversé. 

Alcoolisme : \ GeorgeRudy / stock

  • Publié 08.07.2018 à 08h00
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Amine Benyamina : En lisant les conclusions de l’Agence du Médicament sur le baclofène, nous avons eu l’impression qu’elle n’avait pas élargi les périmètres d’investigation sur ce médicament. A priori, les experts se sont prononcés sur des résultats qui avaient déjà prévalu la décision de brider la prescription du baclofène à 80 grammes. On verra si cette analyse est confirmée le jour on nous serons auditionnés, du moins si ce jour arrive.

Que reprochez-vous à l’Agence nationale du médicament ?

Notre reproche ne porte pas sur la démarche en elle-même. Lorsque l’ANSM évalue le baclofène, elle est dans son rôle.

C’est plutôt sur le fait que les conclusions de l’agence ne prennent pas en compte l’importance de la prescription du baclofène en France et l’importance de la stabilité qu’avaient un certain nombre de patients qui étaient sous des posologies élevées.

Là-dessus, la décision qui a été prise l’été dernier de réduire à 80 mg/j, contre 300 mg/j auparavant, les doses maximales de baclofène prescrites n’a pas pris suffisamment en compte la réalité sur le terrain. Les experts qui composent le comité de l'ANSM en sont trop loin.

Le baclofène soigne-t-il efficacement les patients souffrant d’alcoolisme ?  

Il peut en soigner certains. On a pu le constater, ce sont des réalités cliniques. Et, c’est important de le souligner, nous n’avons pas besoin de prescrire des fortes doses pour avoir de bons retours.

Le message que je veux faire passer avec mes confrères, c’est en quelque sorte qu’il faut laisser faire. Il faut laisser le baclofène trouver ses patients, ce qui n’est pas le cas pour l’instant.

Pour traiter l'addiction à l’alcool, notre arsenal thérapeutique nous met bien des médicaments à disposition qui ne sont ni plus, ni moins efficaces que le baclofène.

La prescription du baclofène doit-elle être automatique en cas d'addiction à l’alcool?  

Non. Déjà parce que le baclofène n’est pour le moment prescrit que quand les stratégies de soin traditionnelles sont inefficaces ou peu performantes pour les patients.

Ensuite parce que pour lutter contre l’alcoolisme, la prise en charge doit toujours être médico-sociale.

Le comité a estimé que le Baclofène présentait "un risque potentiellement accru de développer des événements indésirables graves (y compris des décès, NDLR) en particulier à des doses élevées" et que cela pouvait conduire "à considérer que le rapport bénéfice-risque est négatif". Quels sont les effets secondaires du baclofène que vous avez pu constater dans votre pratique ?

A la baisse, les effets secondaires du baclofène sont principalement la réapparition des signes de manque et une augmentation de l’envie de consommer de l’alcool. Attention, ce sont bien des effets secondaires d'ordre psychologique, pas de d'ordre psychiatrique.

L’effet secondaire du baclofène à la hausse est essentiellement de la sédation.

Y a-t-il un moyen plus efficace que tout les autres pour combattre l’alcoolisme aujourd’hui ?

Le seul moyen dont on dispose actuellement pour combattre efficacement l'alcoolisme, c’est une prise en charge globale du patient. C’est-à-dire un travail de psychologie, de psychothérapie, un aménagement de l’environnement social et la prise de médicaments qui ont l’autorisation de mise sur le marché (AMM).

Baclofène ou pas baclofène, les médicaments à eux seuls ne peuvent pas arriver à bout de cette maladie, qui est une pathologie multifactorielle.

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