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QUESTION D'ACTU

Plan Priorité Prévention

Prévention : que sont les premiers secours en santé mentale présentés par le gouvernement ?

À l’occasion de son plan de prévention en santé, le gouvernement a annoncé vouloir introduire des formations aux premiers secours en santé mentale. Encore inconnu en France, ce type de programme connaît déjà un grand succès à l’étranger.

Prévention : que sont les premiers secours en santé mentale présentés par le gouvernement ? Evgeny Gromov / iStock

  • Publié 31.03.2018 à 11h30
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Le 26 mars dernier, le Premier ministre Édouard Philippe a dévoilé le plan du gouvernement pour la prévention en santé, baptisé Priorité Prévention. L’occasion pour l’exécutif de dévoiler une série de 25 mesures élaborées par le ministère de la Santé, où figure notamment la volonté de généraliser les formations aux premiers secours.

« Actuellement l’on estime que seulement 20 % de la population française a suivi une formation », indique le gouvernement, qui s'assigne l'objectif ambitieux de former 80 % de la population. L’accent sera mis sur les jeunes générations : la formation PCS1, dispensée en troisième pour apprendre les gestes qui sauvent, sera doublée d’un « rattrapage » dans l’enseignement supérieur pour les étudiants n’ayant pas leur brevet de secourisme. Une initiation est aussi envisagée avant le collège.

Mais une autre annonce, passée plus inaperçue, constitue pourtant une nouveauté radicale dans l'Hexagone : l’introduction d’une formation aux premiers secours en santé mentale (PSSM). « Il s’agit de former la population pour mieux connaître et repérer les troubles psychiques et connaître la conduite à tenir en cas de problème ou de crise », peut-on lire dans le dossier de presse.

L'initiative se déploiera initialement en milieu étudiant, sous la forme d'un projet pilote. Contacté par Pourquoi Docteur, le cabinet d'Agnès Buzyn précise que « le dispositif est encore en cours de discussion » et préfère s'abstenir de communiquer à ce stade.

Venu d'Australie

 « C’est l’adaptation à la France d’un programme né en 2001 en Australie », explique Jacques Marescaux, président de Santé Mentale France. La fédération, qui regroupe plusieurs associations gestionnaires d’établissements pour personnes handicapées psychiques, s’était mobilisée auprès de Santé Publique France et du ministère pour que le « mental health first aid » soit transposé en France. Elle semble avoir été entendue. L'Unafam, une association de parents d'enfants handicapés psychiques reconnue d'utilité publique, et l'Infipp, un organisme lyonnais de formation professionnelle en santé mentale, sont aussi associés au projet.

Déjà présents dans plus de 20 pays dans le monde, les premiers secours en santé mentale visent à sensibiliser le grand public aux divers troubles mentaux, mal compris et souvent stigmatisés. « Il s’agit de pouvoir déceler les changements de comportements, d’adopter une attitude adaptée, mais aussi de pouvoir conseiller et orienter les personnes au besoin », complète Jacques Marescaux. La formation de base dure environ 12 heures, réparties sur deux jours.

Un concept en vogue

Troubles psychotiques (schizophrénie, délire), conduites addictives (alcool, tabac, drogues), troubles anxieux (angoisse, crises de panique) ou de l’humeur (bipolarité, dépression) : la plupart des problèmes de santé mentale sont d’autant mieux soignés qu’ils sont identifiés tôt et pris en charge dans les structures adaptées. D’après Marie-Odile Krebs, psychiatre à Sainte-Anne, l’intervention précoce permet de réduire d’environ un tiers le nombre de patients à risque qui développent une psychose.

Les premiers soins en santé mentale ont été expérimentés en 2001 à Canberra, sous l’impulsion de l’infirmière Betty Kitchener, assistée de son mari Tony Jorm, chercheur en psychologie. En moins de cinq ans, l’initiative a essaimé dans toute l’Australie, avant de faire florès dans le reste du monde : Amérique du Nord, Grande-Bretagne, Pays-Bas ou Finlande. « Désormais la France et la Suisse sont sur le rang, et l’Allemagne aussi est intéressée », précise Jacques Marescaux.

Encore au stade d’ébauche

 « C’est intéressant que le ministère ait privilégié le milieu étudiant, car les troubles mentaux graves apparaissent souvent entre 15 et 25 ans », remarque Jacques Marescaux, « C’est un copain qui commence à ne plus voir personne, à s’isoler, etc. » L’adolescence et le début de vie active sont aussi des périodes privilégiées pour les conduites addictives et suicidaires : le suicide est la deuxième cause de décès chez les adolescents (15 %), derrière les accidents de la route.

À quand la mise en place des premières formations ? « Nous allons rencontrer la délégation australienne de Mental Health First Aid en juillet, afin d’assurer la formation d’une dizaine d’instructeurs », explique le président de Santé Mentale France. Ces instructeurs, recrutés dans le champ de la santé mentale et du handicap, pourront à leur tour assurer la formation des formateurs. Les premières interventions pourraient prendre place au cours du premier trimestre 2019.

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