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QUESTION D'ACTU

2e épisode

Histoire (presque secrète) de la première greffe cardiaque : le coeur d'un noir

Le Pr Jean-Noël Fabiani est un des rares chirurgiens à avoir greffé des dizaines de cœurs pendant sa carrière de chef du prestigieux service de chirurgie cardiaque de l’hôpital Georges-Pompidou à Paris. Jeune retraité, il se consacre désormais à l’histoire de la médecine en publiant des best-sellers d’une très grande qualité*. Il va nous faire vivre, en 3 épisodes, la formidable épopée de la première greffe du cœur réalisée par le Pr Christiaan Barnard il y a juste 50 ans. Un donneur noir au pays de l'apartheid. * Ces trente histoires insolites qui ont fait la médecine. Jean-Noël Fabiani. Plon éditeur 2017

Histoire (presque secrète) de la première greffe cardiaque : le coeur d'un noir medarus.org

  • Publié 30.11.2017 à 23h45
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Le malade était un bon cas. Christiaan connaissait bien Philip Blaiberg. C’était un dentiste de cinquante-neuf ans qui avait déjà fait plusieurs infarctus et dont la vie était devenue impossible. Plus capable d’aller chercher son journal au bas de la rue, et surtout de remonter chez lui. Assez jovial et du tempérament avec ça :

— Allez-y, docteur Barnard, si vous avez besoin d’un bon cobaye pour une transplantation, je suis partant. Je sais bien que je n’irai plus bien loin maintenant comme cela.

Il n’avait pas pu être le premier cas, les groupes sanguins ne concordaient pas. Il serait le second. Mais il restait un petit problème : le donneur.

Le type qui s’était écroulé hier sur la plage, ce jour d’été austral, était un jeune de vingt-quatre ans, dont l’arrêt cardiaque avait été récupéré immédiatement, mais, malgré les efforts des urgentistes, le cerveau ne répondait plus. Il était hospitalisé en réanimation avec un électroencéphalogramme totalement plat. Le cœur, lui, battait correctement. Un donneur idéal. Mais, détail important au pays de l’apartheid : il était noir...

Barnard en avait parlé à Blaiberg. Comme lui, Blaiberg était opposé à la politique raciale de son pays et, bien entendu, cela ne le gênait absolument pas qu’on lui greffât le cœur d’un Noir :

— Tout le monde est rose à l’intérieur, je le sais bien. Moi, je suis juif ! avait-il plaisanté.

Ils avaient cependant décidé de taire l’identité de ce jeune Clive Haupt, pour éviter les problèmes avec toute la bande d’imbéciles qui ne manqueraient pas de s’exprimer à tort et à travers. Certains en Afrique du Sud pensaient réellement que les Noirs n’étaient pas de la même espèce que les Blancs. Et, au moindre rejet, Barnard entendait déjà les : « On vous l’avait bien dit. Pourquoi pas transplanter un cœur de babouin pendant que vous y êtes... »

D’ailleurs, un cœur de babouin, il faudrait y penser. Chris Barnard avait déjà depuis longtemps l’idée en tête.

Tout était prêt, donc. L’équipe était sur le pont. Marius, son frère, pourrait l’aider en salle d’opération, et Hamilton ferait le prélèvement du cœur chez le donneur comme il l’avait déjà fait la première fois. Puis, quand il aurait fini le prélèvement, il viendrait les rejoindre pour leur donner un coup de main.

Indispensable Hamilton... Le plus habile de tous.

Mais, là encore, il faudrait être discret. Si les journaux apprenaient qui était vraiment Hamilton Naki, on irait vers un scandale épouvantable et tout le monde, y compris lui-même, tout brillant Dr Christiaan Barnard qu’il était, risquait de se retrouver en prison. Alors il fallait encore une fois de la discrétion et faire appliquer la loi du silence. Heureusement, le contexte de la transplantation s’y prêtait.

 

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