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Hôpital de Flers

Orne : une femme brûlée par un bistouri électrique

Une femme enceinte a été grièvement brûlée lors de sa césarienne. Elle présente des lésions sur 15 % du corps. L’utilisation du bistouri électrique est en cause.

Orne : une femme brûlée par un bistouri électrique starman963/epictura

  • Publié 13.10.2017 à 17h31
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L’accident est rarissime, mais spectaculaire. A Flers (Orne), une femme a été grièvement brûlée. Accouchée par césarienne en urgence, la patiente a pris feu alors que l’équipe réalisait une incision avec un bistouri électrique, rapporte Ouest France.

D’après les informations de nos confrères, la brûlure s’étend sur 15 % du corps de la malchanceuse. Les lésions sont au 3e degré. Ses jours ne sont pas en danger, mais elle a été transférée au service des grands brûlés du CHU de Nantes (Loire-Atlantique).

Une enquête interne a été diligentée par l’hôpital, afin de faire la lumière sur les erreurs qui auraient pu être commises. Mais pour la justice, le déroulé des faits est précis. « La patiente aurait pris feu. Ce serait lié à l’utilisation d’un bistouri électrique », explique le procureur de la République, Hugues de Phily.

Un matériel vétuste

L’annonce peut paraître surprenante, aux yeux des non-initiés. Mais pour les chirurgiens, le risque est bien connu. « Les cas sont rares mais peuvent survenir », confirme le Dr Balla Diop, contacté par Pourquoi Docteur. Chirurgien à l’hôpital militaire Ouakam à Dakar (Sénégal), il est l’auteur d’une étude parue dans Annals of Burns and Fire Disasters. Aux Etats-Unis, 20 à 100 cas seraient recensés par an. En France, la MACSF n'a déclaré qu'un cas pour l'année 2015. 

Le Dr Diop le reconnaît volontiers, certains contextes favorisent les brûlures liées au bistouri électrique. « J’exerce dans un pays où les moyens sont insuffisants, explique-t-il. Notre activité chirurgicale est souvent réalisée avec un équipement daté ou mal entretenu. » Or, le bon état de fonctionnement des dispositifs est essentiel pour prévenir les incidents.

En France, le matériel est plus moderne et inclut des mesures de sécurité. D’ailleurs, 98 % des blocs opératoires sont équipés de ces bistouris. « Une alarme se déclenche si le contact n’est pas bon, explique à Pourquoi Docteur le Pr Jean-Marc Canard, gastro-entérologue à Paris. L’appareil ne peut être utilisé que si tout est bien placé. »

De multiples précautions

Mais même sécurisé, le bistouri exploite du courant électrique. Branché au secteur, il module sa puissance grâce à un transformateur. L’intensité du courant produit de la chaleur qui fait coaguler le sang ou permet une incision. Une méthode efficace mais qui nécessite de la prudence.

Les produits utilisés pour désinfecter la peau, par exemple, ne sont pas tous adaptés à ce bistouri. « Les brûlures avec la plaque peuvent survenir si de l’alcool a été utilisé en tant que désinfectant et que la peau n’est pas sèche », abonde Jean-Marc Canard. Un élément que ne méconnaît pas la Haute Autorité de Santé (HAS), qui évoque le risque dans ses évaluations. L’éther est lui aussi connu pour favoriser les brûlures.

Les précautions ne s’arrêtent pas là. Le matériel métallisé est très présent en salle d’opération, jusqu’à la table d’intervention. « Les tables d’opération sont généralement bien isolées, mais si un membre du patient entre en contact avec le fer de la table ou le bras de la perfusion, un risque de brûlure existe », rappelle le Pr Canard. De même, le nylon de certains sous-vêtements est à éviter en présence d’un tel appareil.

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Un mode à risque

Dans l’ensemble, tous les gestes opératoires associés au bistouri électrique appellent à la prudence. Mais certains semblent plus propices à un incident. « Les interventions au niveau du cou et de la tête sont un peu plus à risque de brûlures », opine Balla Diop.

Un constat confirmé par le gastro-entérologue français. « L’utilisation de la ventilation avec beaucoup d’oxygène augmente le risque. Selon la chaleur appliquée, un arc électrique peut se créer et le patient prend feu », résume Jean-Marc Canard. Et les brûlures sont généralement profondes.

Comme l’explique le Dr Diop dans son étude, un mode d’utilisation du bistouri est particulièrement risqué : le mode mono-polaire. « Une électrode est placée à distance, le plus souvent au niveau du dos ou des mollets, et l’autre se situe dans le bistouri », illustre le chirurgien. Lorsque la plaque est défaillante ou mal placée, une brûlure survient aisément au niveau de l’électrode distante.


Source : Annals of Burns and Fire Disasters


Le mode bipolaire, plus sécurisé, est de plus en plus utilisé. Mais les deux praticiens s’accordent sur un point : la meilleure des préventions reste l’entretien du matériel. « Le contrôle est assez similaire à celui effectué sur les voitures, illustre le Pr Canard, et de nouveaux bistouris apparaissent tous les 4 à 5 ans. Ceux-ci ont un très haut niveau de sécurité. »

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