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Santé dentaire : le prosecco crée des tensions entre Anglais et Italiens

Les Italiens réagissent à l'avis d'experts dentaires britanniques, qui critiquent le prosecco pour ses effets délétères sur les dents.

Santé dentaire : le prosecco crée des tensions entre Anglais et Italiens Melissa Wang/flickr

  • Publié 05.09.2017 à 14h39
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Entre Italie et Royaume-Uni souffle actuellement une tempête dans un verre d’eau. Avec un peu d’alcool, et quelques bulles. Les attaques fusent autour du prosecco, ce vin blanc sucré et pétillant en provenance de la région de Venise, au Nord-Est de la botte italienne.

L’objet du délit : le message d’experts dentaires britanniques, qui ont osé critiquer ses effets délétères sur les dents de ses consommateurs. Ils sont même allés jusqu’à leur donner un petit nom : le « prosecco smile ». Le sourire prosecco, en français. Sacrilège !

Consommateur n°1

Dans un article du Daily Mail intitulé « Comment le prosecco pourrit les dents de la nation », le Dr Mervyn Druian, du Centre londonien de dentisterie cosmétique, avertit ses concitoyens : « Il est acide et contient beaucoup de sucre. Si en boire quelques verres ne pose pas de problème, une consommation excessive est source de problèmes ».

Il faut dire que les Britanniques sont particulièrement friands de la boisson vénitienne. En 2016, ils en ont bu 40 millions de litres soit… un tiers de la production mondiale ! Le vin, bon marché et visiblement adapté au palais local, a conquis les supermarchés de l’île. Ces dernières années, les grandes enseignes ont multiplié les promotions. La dernière en date : Lidl proposait cet été un carton de six bouteilles pour moins de 22 euros.

Acidité, sucre, alcool

Le prosecco aurait, d’après les experts britanniques, plusieurs éléments pour attaquer les dents. En premier lieu, l’acidité : le vin est acide de nature et le dioxyde de carbone des bulles en rajoute une couche. En outre , le prosecco est très sucré, beaucoup plus que le champagne, par exemple. Il contient environ une cuillère à soupe de sucre par flûte. L’alcool est, lui aussi, mauvais pour les dents. « Une triple malédiction », estime le Pr Damien Walmsley, conseiller scientifique de l’Association de dentisterie britannique.

Le problème, pour les dentistes, réside en partie dans le mode de consommation du prosecco : contrairement à d’autres vins acides qui accompagnent les repas, il est plutôt consommé en apéritif ou – la plupart du temps – en soirée. Le vin a tout le loisir de faire son effet sur les dents.

« Le sourire prosecco apparaît lorsque les gencives commencent à se rétracter, précise le Dr Druian. Cela commence avec une ligne blanche juste en dessous de la gencive qui, en sondant, apparaît un peu molle. C’est la voie royale vers la carie dentaire, qui mène à l’obturation et des travaux dentaires plus importants. »

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Une affaire d’état

Outragés, piqués dans leur fierté, les Italiens ont réagi. Sur les réseaux sociaux, dans la presse, et jusqu’au gouvernement ! Maurizio Martina, le ministre de l’Agriculture, a répondu au Guardian, qui avait repris le combat anti-prosecco du Daily Mail en listant les raisons d’abandonner ce vin italien.
Dans un tweet, effacé depuis, elle déclarait « Cher Guardian, dites la vérité : le prosecco donne aussi le sourire aux Britanniques ! S’il vous plaît, arrêtez les fake news ! »

Luca Zaia, le président de la région de Vénétie, y est aussi allé de son commentaire : « Ça n’a aucun sens. C’est comme s’ils disaient que la tarte Sacher (un gâteau allemand au chocolat, ndlr) donnait mal à l’estomac. L’idée selon laquelle le prosecco enlève le sourire me fait rire », a-t-il déclaré avec une pointe d’humour.

Une guerre du Brexit ?

L’affaire, qui prend de l’ampleur, prête en effet à sourire. Les échanges par presse interposée et réseaux sociaux sont finalement cordiaux, mais l’enjeu derrière la petite guerre n’est pas anodin.
Avec 40 millions de litres et 366 millions d’euros par an, le Royaume-Uni est le premier consommateur mondial de prosecco. Un débouché conséquent et en pleine expansion pour les producteurs italiens, qui ont misé sur le marché britannique, qu’ils refusent de voir disparaître.

Boris Johnson, l’ancien maire de Londres et aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, avait provoqué sourires et crispation sur le sujet. En 2016, lors d’une réunion avec Carlos Calenda, le ministre italien de l’Économie, il avait déclaré à propos du Brexit que, de toute manière, l’Italie accorderait à la Grande-Bretagne un accès au marché européen, car elle avait trop peur de perdre son marché du prosecco.

La guerre du prosecco cristalliserait-elle, sur un ton léger et crispé, les tensions autour du Brexit ? Carlos Calenda avait répondu, dans une interview sur Bloomberg TV : « OK, vous vendrez aussi moins de fish and chips. Mais je vendrai moins de prosecco dans un seul pays, alors que vous vendrez moins dans 27 ». Ambiance.

Vers un apaisement

Sur le plan médical, le syndicat des producteurs de prosecco s’est permis un commentaire, faisant remarquer qu’aucune étude scientifique ne venait étayer les paroles des experts. Le Dr Druian et le Pr Walmsley, à l’origine de la polémique, ne pensaient pas que leur intervention prendrait une telle ampleur.

« Avec la situation politique actuelle, on a cru que je prenais position sur le Brexit », s’est presque excusé le Dr Druian. Son confrère de préciser que le même genre de recommandations a été émis pour les sodas, le champagne et les smoothies maison. Le prosecco n’est donc pas stigmatisé.

L’Association britannique de dentisterie tente, elle, la conciliation : elle réfute l’idée de fake news, mais appelle tous les consommateurs à être « plus vigilants sur l’impact de toutes les boissons sur la santé orale ».

En attendant la réaction des Maisons de Champagne…

 

 

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