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QUESTION D'ACTU

Polémique sur les statines

Cholestérol: "des milliers de patients vont arrêter leur traitement"

"Il n'y a pas de mauvais cholestérol". Dans un livre polémique, le Pr Philippe Even dénonce les dogmes et les traitements inutiles. Les médecins rappellent les conditions de prescriptions que les patients doivent continuer à observer.

Cholestérol: \\ john rowley / Mood Boar/REX/SIPA

  • Publié 14.02.2013 à 13h25
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« Il n’y a pas de mauvais cholestérol. » « Un taux élevé de cholestérol, c’est une maladie inventée. Il n’y a aucun bénéfice à la traiter ». Le Pr Philippe Even met à nouveau les pieds dans le plat avec son livre « La vérité sur le cholestérol », dont le Nouvel Observateur vient de publier des extraits. Dans cet ouvrage à paraître le 21 février, le pneumologue critique donc la prescription de statines. Selon lui, ces médicaments anti-cholestérol ne devraient être prescrits qu’à 100 000 personnes alors qu’ils le sont à quelque 5 millions de Français.

« C’est un jugement à l’emporte-pièce, dogmatique et très provocateur, » estime le Pr Jean-Luc Harousseau. Pourtant, le président de la Haute autorité de santé reconnaît bien volontiers une part de vérité dans les propos du Pr Even. Il faut dire que les chiffres de l’Assurance maladie lui donnent en partie raison.

La France, n°2 européen de la consommation de statines

En 2011, comme en 2010 et en 2009, les statines occupaient les deux premières places au palmarès de dix médicaments les plus prescrits. En outre, selon une étude de la Cnamts datant de 2006, la France caracole en tête des dépenses et des volumes consommés de médicaments anti-cholestérol. Et concernant les statines, la France se situe au 2ème rang européen. La consommation moyenne de statines est de 25 comprimés par an et par habitant alors qu’en Allemagne, elle est de 15 comprimés.

Consciente de cette consommation excessive, l’Assurance maladie a mené des actions dès 2005, qui ont rapidement porté leurs fruits. En 2006 et en 2007, les dépenses de statines ont baissé de 4,4% par an, alors qu’elles enregistraient des hausses de l’ordre de 15% les années précédentes. Un « infléchissement » cependant « insuffisant » aux yeux de la Cnamts qui lance en 2008 une campagne à destination des médecins et des patients. Les objectifs sont clairement afficher : « éviter la prescription systématique de statines », commencer le traitement par des dosages faibles, déterminer un niveau de LDL-cholestérol à atteindre en fonction du risque cardiovasculaire de chaque patient… En clair, l’Assurance maladie souhaite que les médecins rentrent dans les clous et respectent les recommandations officielles.


Ecoutez le Pr Jean-Luc Harousseau, président de la Haute autorité de santé : « Il y a deux situations où l’intérêt des statines n’est pas remis en doute ».



En revanche, le Pr Harousseau rejoint la position du Pr Even sur un point : « Il n’y a pas de preuve que les statines aient un intérêt chez les patients qui ont une augmentation du cholestérol mais pas d’autres facteurs de risque, » tels qu’une hypertension, un tabagisme, des antécédents de maladies cardiaques... Et pour cause, ces patients sont à faible risque cardiovasculaire.

Les recommandations sur les statines ne sont pas respectées
Ces recommandations, contestées par le Pr Even, sont certes critiquables mais quoi qu’il en soit, elles ne sont pas appliquées à la lettre. En 2008, l’Assurance maladie notait déjà que « 40% des patients nouvellement traités par statines étaient des patients en prévention primaire à faible risque cardiovasculaire. »

Sur le terrain, certains médecins ne sont pas dupes. « Il y a une partie des patients qui se porteraient mieux s’ils ne prenaient pas leurs statines, affirme le Dr Jean-Luc Gallais, médecin généraliste à Paris. Selon lui, certaines études ont en effet tendance à être sur-interprétées. « Elles démontrent que les statines réduisent la mortalité de 30%. Mais, on oublie de dire qu’il faut traiter un millier de patients pour mesurer cette réduction de mortalité chez 2 ou 3 d’entre eux, souligne le Dr Gallais. Autrement dit, dans la vraie vie, on n’arrive pas à reproduire ces résultats. » Par ailleurs, les statines ne doivent en aucun cas se substituer aux conseils d'hygiène de vie, qui ont fait la preuve de leur efficacité.

Ecoutez le Dr Jean-Luc Gallais, médecin généraliste à Paris :"Si vous croyez contrôler un facteur de risque avec une statine, c'est un leurre."


Pour autant, faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ? Non, répond le Pr Harousseau parce qu’ « il y a bien une relation statistique entre le taux de cholestérol et la fréquence des accidents cardiaques. »


Ecoutez le Pr Claude Le Feuvre
, président de la Fédération française de cardiologie : « Il y a un lien établi depuis de nombreuses années entre le cholestérol et les maladies cardiovasculaires. »



Arrêter brutalement son traitement présente des risques

En revanche, faire baisser sans discernement chez tout le monde le taux de cholestérol n’est pas la bonne stratégie. « Lower is better », « Le taux le plus bas est le mieux » n’est plus du tout à l’ordre du jour. Le taux de cholestérol idéal n’existe pas. Par exemple, une femme fumeuse ayant un taux de LDL cholestérol de 2,50g/l doit viser un taux de 1,90g/l. En revanche, un homme ayant déjà fait un infarctus devra viser le seuil de 1g/l. La cible à atteindre est donc différente et la stratégie diffère aussi.

Il n’y a donc pas une vérité sur le cholestérol et les statines mais des vérités. Dans le climat actuel de suspicion vis-à-vis des médicaments, ces nuances ne sont pas toujours perceptibles. Du coup, bon nombre de médecins craignent que des patients arrêtent leur traitement hypolipémiant, sans même les en informer.


Ecoutez le Pr Claude Le Feuvre :
"C’est plus qu’une crainte, c’est une certitude. Des milliers de patients vont arrêter leur traitement. »


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