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Thomas Pesquet, prêt à faire avancer la recherche

Durant son séjour de 6 mois dans l'espace, Thomas Pesquet participera à des expériences visant à mieux comprendre le vieillissement accéléré du coeur, des artères et du squelette. 

Thomas Pesquet, prêt à faire avancer la recherche ESA–Stephane Corvaja, 2016

  • Publié 17.11.2016 à 13h15
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Ce jeudi 17 novembre 2016 à 21h30 heure de Paris, Thomas Pesquet s’envolera pour une mission de 6 mois dans la station spatiale internationale (ISS). Il est le 10ème astronaute français de l’Histoire. Dès son arrivée au cosmodrome de Baïkonour (Kazakhstan) le 1er novembre dernier, lui et ses acolytes, l’Américaine Peggy Whitson de la NASA et Oleg Novitskiy de l’Agence spatiale russe, ont été placés en quarantaine. Pas question d’attraper un rhume, ou pire. Car à bord de l’ISS, les astronautes auront beaucoup à faire au cours de ces 185 jours. Et en premier lieu, faire avancer la recherche scientifique.

L'âge de ses artères...

En orbite, Thomas Pesquet réalisera notamment des expériences conçues par des équipes de l’Inserm. Deux de ces projets ont pour objectif d’étudier les effets de l’espace sur le cœur, les vaisseaux sanguins et le squelette. Ils évalueront en particulier le vieillissement accéléré de ces organes.

« Thomas Pesquet va garder le même âge. Il va simplement vieillir de 6 mois, mais on sera peut être surpris de constater que ses artères ont vieillit plus vite, explique à Pourquoidocteur le Pr Stéphane Laurent, directeur de l’unité Inserm « Physiopathologie, pharmacologie et imagerie des grosses artères ». Apesanteur, radiations ionisantes, stress, conditions de vie… Les facteurs expliquant ce vieillissement prématuré sont multiples.

Sur Terre, ce vieillissement prématuré existe aussi. Il peut être la conséquence d’une maladie comme les rhumatismes. Suivre son évolution renseigne les médecins sur l’état de santé des malades. « Chez un hypertendu, cela signifie que le traitement doit être intensifié, ou que la glycémie d’un diabétique n’est pas assez contrôlée », précise le spécialiste.

 

Ecoutez...
Stéphane Laurent, directeur de l’unité Inserm « Physiopathologie, pharmacologie et imagerie des grosses artères » : « En vieillissant nos artères deviennent rigides. On souhaite bien entendu qu’elles restent le plus longtemps souples mais inévitablement elles se rigidifient... »

 

Retombées médicales

Pour mieux comprendre ce phénomène, l’espace est un incroyable laboratoire. L’astronaute devra donc prendre régulièrement sa pression artérielle et mesurer la rigidité de ses artères en posant des capteurs au niveau de son artère carotide située dans le cou et l’artère fémorale dans la cuisse.

Avec son équipe, le médecin a même prévu de continuer ces mesures une fois de retour sur la terre ferme. Ils espèrent découvrir que ce phénomène est réversible. « En connaissant mieux les facteurs favorisant la rigidité artérielle dans l’espace, on connaîtra mieux les moyens thérapeutiques de les faire régresser sur Terre », indique le médecin.

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Son squelette à la loupe

Le squelette de Thomas Pesquet suscite également l’intérêt. Avant sa mise en orbite, Thomas Pesquet a subi un scanner entier de son squelette pour mesurer sa densité osseuse et connaître la microarchitecture de ses os. L’état de son squelette sera également mesuré tout au long de l’année suivant son retour.

Les scientifiques s’intéressent aux modifications osseuses dues au vol spatial depuis les années 1970. « Le squelette est notre tissu de soutien majeur et il lutte contre la gravité depuis des milliers d’années, explique le Dr Laurence Vico, directrice de l’unité Inserm SAINBIOSE (Santé ingénierie biologie Saint-Etienne). Mais lorsque nous sommes en état d’apesanteur, nous n’avons plus vraiment besoin de lui, surtout les membres inférieurs ». Résultat : notre squelette s’adapte à ce nouvel environnement. Une perte osseuse est observée au niveau des jambes alors qu’au dessus de la taille une augmentation de la densité minérale osseuse est constatée.

 

Ecoutez...
Laurence Vico, directrice de l’unité Inserm SAINBIOSE : « Depuis les tout premiers vols habités comme Gemini, Apollo ou Sylab, nous soupçonnons à un impact osseux... »

 

Des modifications profondes qui ne reviennent pas forcément dans l’ordre une fois le pied posé sur Terre. « On se demande même si certaines régions du squelette vont pouvoir récupérer un jour », s’inquiète la spécialiste. Le suivi d’une dizaine d’astronautes a en effet montré que la réadaptation osseuse à la gravité terrestre pose problème, en particulier au niveau du tibia. La disparition osseuse observée dans cet os porteur serait permanente. Plus inquiétant, chez des souris envoyées un mois dans l'espace, les scientifiques ont constaté une mort cellulaire très importante des ostéocytes, des cellules indispensables à la production de l’os. « Or, chez un organisme adulte, ces cellules vivent plus de 10 ans. Il faudrait attendre très longtemps avant qu’elles soient remplacées », précise la médecin.


Préparer la conquête de Mars

Ces séquelles du voyage spatial pourraient ainsi fragiliser durablement le squelette des astronautes. Il serait même possible qu’ils soient plus à risques d’ostéoporose. « C’est bien une inquiétude légitime que nous avons. Mais aujourd’hui nous n’avons pas le recul suffisant pour le dire car les astronautes ne sont pas suivis suffisamment longtemps », explique Laurence Vico qui aimerait beaucoup étudier tous ceux qui sont aujourd’hui à la retraite.

Mieux comprendre les conséquences de l’espace sur le cœur, les artères et le squelette aura sûrement des retombées importantes pour la médecine terrestre. Mais elle apportera surtout des informations précieuses aux agences spatiales qui rêvent d’horizons encore plus lointains. « L’idée aussi est de préparer le voyage sur Mars qui durera beaucoup plus longtemps qu’une mission dans la station internationale », rappelle le Pr Stéphane Laurent .

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