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Enfants bilingues : choisir la langue qui convient le mieux

La France compte nombre d’enfants qui, ayant des parents étrangers, grandissent en percevant plusieurs langues. Un phénomène répandu, qui peut s’inscrire sans pression dans les familles autour d’un projet linguistique.

Enfants bilingues : choisir la langue qui convient le mieux MATHILDE GIRAULT/SIPA

  • Publié 12.01.2013 à 12h00
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Le petit Mads, qui habite à Paris, parle en français avec ses amis et en allemand avec ses parents. A cinq ans, il fait l’apprentissage simultané de deux langues. Loin d’être isolé, son cas reflète celui de nombre de petits qui grandissent et sont scolarisés en France mais dont la langue maternelle des parents n’est pas le français. Or, ces enfants sont l’objet de nombreuses inquiétudes pour leurs parents, qui se demandent comment « procéder » pour que leur apprentissage se déroule bien. Comme  en témoignent les nombreuses questions sur les réseaux sociaux.

Réfléchir à ce que l’on souhaite pour l’enfant

En premier lieu, il n’y a pas de « méthode », encore moins de « règles rigides » à instaurer : c’est plutôt un « projet linguistique » qu’il faut mettre en place, explique Barbara Abdelilah-Bauer, linguiste et psychosociologue (1). En d’autres termes, il faut se poser la question de savoir ce que l’on souhaite pour l’enfant. Désire-t-on que celui-ci puisse parler un jour la langue de son père ou de sa mère ? Si oui, « il faut essayer de parler au maximum la langue minoritaire avec l’enfant », conseille la psychologue. Car, si au fil des années les parents parlent de plus en plus français avec l’enfant, cette langue va prendre une place grandissante (d’autant plus renforcée avec l’entrée à l’école). Et le bilinguisme ne va pas s’installer.

Choisir de parler la langue avec laquelle on se sent bien

La situation familiale influe sur le projet linguistique. « On conseille encore, surtout aux parents immigrés, de parler français avec les enfants pour favoriser leur intégration. C’est une erreur, il est préférable de parler la langue dans laquelle on se sent bien, dans laquelle on est à l’aise », avise Barbara Abdelilah-Bauer.


Ecoutez Barbara Abdelilah-Bauer, linguiste et psychosociologue : « Il est préférable de parler la langue dans laquelle on peut tout transmettre, notamment le côté culturel. »

 

« L’enfant apprend ces langues non pas parce qu’il les aime, mais parce qu’il aime les personnes qui les parlent », ajoute Nicole Denni-Krichel, orthophoniste. Oliver, le papa allemand de Mads, ainsi que la maman elle aussi allemande, ont intuitivement fait le choix de parler leur langue maternelle avec leur fils. Le bilinguisme n’est pas sans effet sur Mads. « Cela pose des problèmes pour lui, c’est compliqué. Il vit ses histoires en français à l’école avec ses amis, puis veut nous les raconter en allemand. Et il mélange les deux langues. Parfois, il veut dire quelque chose, et il manque un mot », raconte Oliver. Pour autant, le papa ne semble pas alarmé quant au déroulement de l’apprentissage chez son fils. Il a en effet toutes les raisons de rester serein.


Ne pas craindre l’apparition de troubles du langage

Le fait que l’enfant mélange les deux langues, ait moins de vocabulaire, parle plus tard que les autres enfants monolingues, ne signifie pas qu’il y a un problème. « L’enfant peut refuser d’entrer dans une nouvelle langue, pour diverses raisons », explique Barbara Abdelilah-Bauer. Ou encore, faire semblant de ne pas comprendre ce qu’on lui dit dans une langue. Cela peut être frustrant pour les parents. « Il faut laisser le temps aux enfants. Il ne faudrait pas que la langue devienne un enjeu », poursuit la psychosociologue. « Le mélange des langues est un passage fréquent chez les enfants bilingues. Il faut réagir lorsque l’enfant ne progresse pas dans sa langue maternelle », précise Nicole Denni-Krichel. Et ne pas le comparer aux enfants monolingues.


Ecoutez Nicole Denni-Krichel, orthophoniste, présidente de la Fédération nationale des orthophonistes : « Si je fais une évaluation du langage d’un enfant, il faut que je prenne en compte le nombre de mots dans les deux langues. »


Par ailleurs, le bilinguisme est indépendant des troubles langagiers de l’apprentissage. « Un enfant qui a des troubles du langage les aura dans toutes les langues », note Nicole Denni-Krichel. Pour Oliver, en tout cas, voir son fils Mads parler français est un vrai plaisir : « C’est charmant et j’adore ça. La façon dont il a appris le français, c’est génial. C’est tellement mignon ».

 

(1) Auteure du Guide à l’usage des parents d’enfants bilingues, Editions La Découverte, 2012.

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