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Maladie du sommeil : le parasite dans la peau

Le parasite de la maladie du sommeil peut se cacher dans la peau, ce qui expliquerait pourquoi les tests sont positifs alors qu'aucun parasite n'est retrouvé dans le sang. 

Maladie du sommeil : le parasite dans la peau Photo courtesy of Oregon State University)

  • Publié 23.09.2016 à 14h49
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Chaque année entre 4 000 et 8 000 personnes sont touchées par la maladie du sommeil, aussi appelé la trypanosomiase humaine africaine car elle sévit exclusivement dans 36 pays d’Afrique subsaharienne. Cette maladie parasitaire transmise par la piqûre de la mouche tsé-tsé peut être fatale si elle n’est pas traitée et atteint le cerveau.

« Au cours des derniers siècles, la maladie du sommeil a failli être éliminée d’Afrique de l’Ouest à deux reprises, expose Brice Rotureau, chef du groupe Transmission des Trypanosomes dans l’unité de Biologie cellulaire des trypanosomes (Institut Pasteur/Inserm). Mais à chaque fois l’épidémie repartait car de nombreux sujets infectés passaient vraisemblablement entre les mailles du filet lors des campagnes de dépistage et continuaient à transmettre le parasite Trypanosoma brucei gambiense à son vecteur, la mouche tsé-tsé. »

L’un des principaux défis de la lutte contre la maladie du sommeil réside dans le dépistage. La grande majorité des populations exposées vivent dans des zones reculées où elles ont peu accès au dépistage. Autre problème : les résultats contradictoires difficiles à interpréter. Environ 30 % des malades ont un test positif alors qu’aucun parasite vivant n’est retrouvé dans leur sang. Des scientifiques de l’Institut Pasteur et de l’Inserm, en collaboration avec l’université de Glasgow (Grande-Bretagne) et de Kinshasa (République démocratique du Congo), ont alors cherché à savoir où le parasite pouvait bien se cacher. Ils présentent leur découverte dans la revue e-Life.


Optimiser la transmission

Afin de comprendre son mode d’action dans l’organisme et le débusquer, les chercheurs utilisé des parasites fluorescents et bioluminescents. Ils ont d’abord infecté des mouches tsé-tsé qui ont ensuite contaminé des souris. « Nous avons vu de très nombreux parasites dans la peau, en quantité bien plus importante que dans le sang, décrit Brice Rotureau. Et à l’échelle tissulaire, nous avons pu voir les trypanosomes, à la base du derme, nager dans la matrice en dehors du système vasculaire. Les parasites y étaient distribués de manière très homogène, comme s’ils optimisaient leurs chances d’être prélevés par une mouche tsé-tsé afin d’être transmis à un nouvel hôte. »

Pour savoir si cette stratégie mise au point par les parasites fonctionne, les chercheurs ont exposés des mouches tsé-tsé naïves, soit encore jamais infectées par le parasite, et des souris malades. Résultat : lorsque les insectes prennent leur repas de sang dans une région de la peau riche en parasites, ils s’infectent. En revanche, si les mouches piquent dans une région cutanée dépourvue de parasite, elles ne deviennent pas vectrices de la maladie du sommeil.

Ces résultats obtenus chez le rongeur ont été confirmés par la suite chez des patients d’Afrique subsaharienne, notamment chez des personnes ne présentant pas de symptôme de la maladie. « Ces patients étaient donc, en réalité, des porteurs sains, qui constituaient des réservoirs pour le parasite Trypanosoma brucei gambiense, et qui auraient dû être traités », indique l’Institut Pasteur.


Développer un outil de dépistage

Ces découvertes offrent un nouvel espoir pour la prise en charge des malades. Les chercheurs se penchent actuellement sur le développement d’un outil de dépistage non invasif capable de repérer les parasites cachés sous la peau.

« Maintenant que l’on sait où chercher, on peut penser de manière très sérieuse à éliminer la maladie du sommeil en Afrique de l’Ouest dans un futur assez proche. D’autant que la situation épidémiologique, avec un nombre de patients qui n’a jamais été aussi bas, est idéale pour intervenir. Nos travaux fourniront, nous l’espérons, un outil précieux, qui devrait permettre à l’OMS de déployer une campagne d’élimination, sur tous les fronts, intégrant le dépistage, puis le traitement des patients et des porteurs sains, parallèlement à des opérations de lutte anti-vectorielle », conclut Brice Rotureau

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