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Addiction

Dépénalisation du cannabis: ce que disent les spécialistes

Si les médecins ne nient pas les effets néfastes du cannabis, certains font valoir qu'il n'est pas plus toxique que l'alcool ou le tabac. Mais la plupart des spécialistes veulent dissocier la question médicale du débat de société.

Dépénalisation du cannabis: ce que disent les spécialistes ALFRED/SIPA

  • Publié 17.10.2012 à 08h00
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Pour ou contre la dépénalisation ? Le cannabis fait polémique chez les politiques au point même de déstabiliser le Premier ministre. Sur un plan médical, cette susbstance psychoactive, qui agit au niveau des neurones, fait aussi débat chez les blouses blanches. Que le cannabis soit néfaste pour la santé, aucun médecin ne le nie. « Pour le cannabis, comme toute substance psychoactive, on ne peut pas dire que sa consommation soit sans danger, rappelle le Pr Michel Lejoyeux, addictologue à l’hôpital  Bichat à Paris. Mais quel est le degré de toxicité du cannabis ? De quelles pathologies est-il le terreau ? Faut-il ou non le comparer au tabac, à l’alcool, à l’héroïne ou à la cocaïne ?

Certains estiment que sa toxicité est sous-estimée, à l’inverse d’autres prétendent qu’elle est inférieure aux autres substances… Chacun brandit ses arguments. Pour le Pr Jean Costentin, pharmacologue au CHU de Rouen, membre de l’Académie de médecine, aucun doute possible, le cannabis est une substance dangereuse. «  Deux nouvelles études publiées en septembre le confirment. La première publiée dans la revue Cancer   faisait état du doublement du risque d’une variété fréquente et grave de cancer du testicule, chez des utilisateurs erratiques de cannabis. La seconde relatait la survenue d’

une baisse importante, de près de 8 points, du quotient intellectuel d’individus consommateurs réguliers de cannabis, étudiés sur une période de 35 années de leur vie. »Le cannabis augmente le risque de psychose schizophrénique. Il y aurait un risque 2,5 fois plus élevé chez les fumeurs de cannabis selon des études menées en Nouvelle-Zélande. Autre conséquence, le cannabis agirait sur les processus de mémorisation. Il y a un an des chercheurs de l’université de Bristol ont mis en évidence des perturbations cérébrales chez le rat. Sous l’effet de la drogue, certains circuits neuronaux se déconnectent et l’animal devient incapable de retrouver un chemin qu’il connaissait avant l’administration de la substance…

Pour le Dr Marc Valleur, addictologue et directeur de l’hôpital Marmottan, il faut mettre quelques bémols à ces études. « L’usage au long cours avait un impact sur les cognitions, mais uniquement sur les personnes qui ont consommé avant 18 ans, c’est-dire au moment de l’adolescence ou de la pré-adolescence, explique-t-il. Et puis, c’est une étude unique qui ne doit pas faire la loi. Sur la corrélation entre schizophrénie et cannabis, le lien de causalité entre la consommation et la maladie n’est pas si évidente ».

Le Pr Costentin a publié en février dernier « Pourquoi il ne faut pas dépénaliser l’usage du cannabis » aux Editons Odile Jacob. Et pour lui, la liste n’est pas terminée, d’autres organes seraient touchés. Au niveau des poumons, la combustion du cannabis produit 7 fois plus de goudron cancérigène que celle du seul tabac ». Mais là, d’autres travaux apportent des résultats contraires. Une large étude publiée en janvier 2011  qui a comparé la fonction pulmonaire de fumeurs de cannabis et de fumeurs de tabac sur plus de vingt ans, montre que l’exposition au cannabis seul n’altèrerait pas les poumons.
Les vaisseaux sanguins et le cœur ne seraient pas épargnés. En mars 2011, une équipe française du CHU de Starsbourg a démontré un lien entre accident vasculaire cérébral chez les jeunes et la consolmation de cannabis (étude publiée dans Stroke ). Et d’autres travaux  ont montré que la consommation de cannabis multiplierait par cinq le risque d’infarctus du myocarde.

Cette liste non exhaustive des conséquences probables du cannabis sur la santé ne permettrait pas de classer le cannabis comme plus toxique que les autres substances psychoactives comme l’alcool, l’héroïne, les opiacés, le tabac, la cocaïne… « Si on compare la toxicité du cannabis à celle d’autres susbtances psychoactives le cannabis viendra toujours en dernier, le premier, c’est l’alcool » pour le Dr Marc Valleur, qui a signé la charte en faveur d’une autre politique sur les addictions lancée en juillet dernier par la Fédération Addiction.
Ecouter le Dr Marc Valleur, psychiatre, « Toutes les tentatives de classifications qui ont été faites aboutissent à ce résultat ».

 

De plus, au crédit du cannabis, il faut aussi faire un point sur ses effets anti-douleur. Une équipe canadienne, des départements d'anesthésie et de médecine familiale de l'Université McGill de Montréal, a montré que le cannabis permettrait d'affaiblir les douleurs neuropathiques chroniques. Leur recherche a porté sur 21 adultes souffrant de ces douleurs à la suite d'un traumatisme ou à d'une intervention chirurgicale. Le cannabis est aussi utilisé dans certains Etats américains dans le traitement des douleurs cancéreuses. Dans ce contexte d'usage thérapeutique, une équipe californienne  a constaté qu’un élément actif de la marijuana, le cannabidiol, pourrait réduire les tumeurs dans un cancer du poumon.

Mais pour le Pr Michel Lejoyeux, il faut sortir du classement comparatif entre substances, notamment sur sa capacité à rendre une personne dépendante.

Ecouter le Pr Michel Lejoyeux,  addictologue, hôpital Cochin« Cela va dépendre de l’état individuel de la personne. »
 

« Il faut accepter l’idée qu’il y a deux questions. Une question dans le champ du social et du politique qui est : faut-il ou non dépénaliser ? Et puis, il y a une question médicale, qui est de repérer les addictions sans illusion, c’est-à-dire sans avoir l’illusion que la dépénalisation aura  un effet magique sur les syndromes de dépendance, et que la mise en prison des malades n’est évidemment pas non plus une manière de les soigner… » souligne l’addictologue. « Donc mon souci en tant que professeur de médecine, c’est de rester dans une approche médicale. Ni complaisance, ni répression. Et n’oublions pas les malades. »

Ecouter Michel Lejoyeux« On n’a pas assez d’intérêt pour les malades ».
 

 

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