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QUESTION D'ACTU

Sodas, laits infantiles

Le croisade du maire de New York pour la santé publique

De la lutte contre l’obésité à la promotion de l’allaitement maternel, Michael Bloomberg impose des mesures de santé publique à ses administrés. Au prix de leur libre choix ?  

Le croisade du maire de New York pour la santé publique Conférence de presse des responsables santé de la mairie de New-York pour présenter les quantités de sucre contenues dans les sodas XXL (Richard Drew/AP/SIPA)

  • Publié 18.09.2012 à 06h00
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La nounou. C’est le surnom dont ses détracteurs ont affublé le maire de New York Michael Bloomberg, en raison de « son obsession à décider de ce que vous mangez ». De détracteurs, il n’en manque pas depuis qu’il a décidé d’interdire la vente des sodas de plus de 47 centilitres dans les fast foods, les restaurants et les lieux publics tels que les stades. « C’est un grand pas que fait la municipalité pour réduire l’obésité », s’est réjouit le maire en rappelant que 5 000 New-Yorkais décèdent chaque année de problèmes de santé liés à l’obésité.

Mais Michelle Obama a beau avoir fait de l’obésité sa grande cause nationale, l’argument ne fait pas l’unanimité au pays des libertés individuelles. Un collectif de consommateurs, appuyé par les fabricants de sodas, s’est offert en juin dernier une pleine page dans les quotidiens new-yorkais pour ridiculiser ce maire nounou : « Et après ? Il va limiter la largeur de la part de pizza, la taille du hamburger ou la quantité de fromage dans votre bagel ? »


Inciter à l'allaitement maternel
Il faut dire que Michael Bloomberg n’en est pas à sa première croisade de santé publique. En 2003, il a été l’un des pionniers de l’interdiction de fumer dans les bars et les restaurants, qu’il a étendue l’an dernier aux parcs de la grosse pomme.
Et depuis le début du mois, ses détracteurs ont un grief supplémentaire : le maire de New York s’immisce jusque dans le choix de l’allaitement maternel ! « 27 des 40 maternités de la ville se sont engagées avec la municipalité. La promotion des laits infantiles est interdite, l’allaitement maternel est expliqué et recommandé aux femmes qui viennent d’accoucher et les laits maternisés ne sont disponibles que sur prescription médicale comme les médicaments », raconte Michel Trajster, un médecin français résidant à New York. Pas question d’obliger les femmes à allaiter contre leur gré, se défendent les maternités concernées, seulement de promouvoir la meilleure option pour la santé du nouveau-né. Les réseaux sociaux bouillonnent. La nounou Bloomberg est désormais taxée de dictateur et de tyran.  

L’interdiction de fumer dans les restaurants puis dans les parcs n’a pas suscité cette levée de boucliers. L’argument du tabagisme passif a probablement beaucoup pesé. Dans la lutte contre l’obésité, c’est l’impact sanitaire et économique de l’épidémie qui pousse le législateur à intervenir.

Ecoutez Jean-Paul Moatti, économiste de la santé à l’Université d’Aix-Marseille et directeur de l’Unité Inserm Sciences économiques et sociales de la santé : « Une somme de comportements individuels peut menacer la pérennité de nos systèmes de santé »



Pour Jean-Paul Moatti, co-auteur d’un ouvrage intitulé Le principe de prévention, le culte de la santé et ses dérives, cet argumentaire, très plébiscité aux Etats-Unis où l’épidémie d’obésité est majeure, oriente vers une pente glissante. « Si on pousse le raisonnement jusqu’au bout, on en arrive très vite à s’interroger sur le bien-fondé de rembourser des soins à ces personnes qui par leurs comportements individuels coûtent très cher à la solidarité nationale. C’est une dynamique sociale très discutable », alerte cet économiste.

« Il s’agit d’enjeux sociétaux, il est normal qu’il y ait débat, affirme Jean-Paul Moatti. En revanche, l’enjeu du débat doit être de trouver le bon équilibre dans toute la palette de mesures de santé publique qui vont de la simple information à l’interdiction en passant par les incitations sociales ou économiques sous forme de taxes par exemple ». Or, le débat américain est pour le moment déplacé vers cette opposition liberté individuelle contre contrôle collectif. « Les lobbys industriels ont tout intérêt à orienter le débat vers l’idéologie, c’est une stratégie visiblement plus efficace que la relativisation du risque qu’ils pratiquaient jusqu’ici », souligne l’économiste.

Ecoutez Jean-Paul Moatti: « On doit juger une mesure de régulation sur sa finalité, comme on le fait pour la taxation des contribuables les plus riches. »


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